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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102219

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102219

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102219
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantPETER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2021 et des mémoires enregistrés le 16 mai 2021, 17 et 19 juin 2021 et 6 décembre 2021, Mme B D doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1) d'annuler la décision du 26 novembre 2020 par laquelle la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Aveyron lui a refusé le bénéfice de l'aide médicale de l'État (AME), ensemble la décision du 17 février 2021 par laquelle la CPAM des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours préalable ;

2) d'enjoindre à la CPAM de l'Aveyron de lui accorder le bénéfice de l'AME ;

3) de condamner la CPAM de l'Aveyron aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle réside en France depuis 2003, date à laquelle l'OFPRA a conservé l'original de son passeport, et ne dispose désormais que d'une copie incomplète de celui-ci ;

- elle a déjà bénéficié de l'AME pour la période de décembre 2017 à décembre 2018, et dispose des mêmes documents que lors de sa première demande ;

- elle est victime de pressions et menaces visant à la dissuader de poursuivre ses démarches administratives auprès de la mairie de Rodez et de la CPAM de l'Aveyron et ayant conduit à son hospitalisation et à l'aggravation de son état de santé général ;

- elle souhaite se défendre sans l'assistance d'un avocat.

Par un mémoire enregistré le 5 juillet 2021, la CPAM de l'Aveyron conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D une somme de 500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile.

Elle fait valoir que Mme D n'a pas fourni de pièce d'identité mentionnée par l'article 4 du décret n° 2005-860 du 28 juillet 2005, cette justification de l'identité étant une des conditions indispensables à l'attribution de l'aide médicale de l'État.

La CPAM des Bouches-du-Rhône, qui a pris la décision de refus d'attribution de l'AME pour le compte de la CPAM de l'Aveyron en raison d'une mutualisation nationale des demandes, a demandé à être mise hors de cause, la défense du recours contentieux formé par Mme D incombant à la CPAM de l'Aveyron.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021 mais a exprimé son souhait de ne pas être assistée par un avocat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2005-860 du 28 juillet 2005 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. C de Hureaux pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C de Hureaux a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a demandé à être admise au bénéfice de l'AME pour une personne seule en déclarant des ressources annuelles nulles le 11 août 2020. Par une décision du 26 novembre 2020, la CPAM de l'Aveyron a rejeté sa demande initiale, et la CPAM des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours administratif préalable le 17 février 2021. Par la présente, Mme D doit être regardée comme demandant l'annulation de cette dernière décision, prise sur recours administratif préalable obligatoire, qui s'est substituée à la décision du 26 novembre 2020.

Sur l'appel en cause de la CPAM des Bouches-du-Rhône :

2. La décision du 17 février 2021 a été prise par la CPAM des Bouches-du-Rhône pour le compte de la CPAM de l'Aveyron, qui reste néanmoins responsable de la gestion des dossiers contentieux face à ses propres assurés sociaux. En conséquence, c'est à juste titre que la requête de Mme D est uniquement dirigée contre la CPAM de l'Aveyron et il y a lieu de mettre hors de cause la CPAM des Bouches-du-Rhône.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 février 2021 :

3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version applicable au litige : " Tout étranger résidant en France de manière ininterrompue depuis plus de trois mois, sans remplir la condition de régularité mentionnée à l'article L. 160-1 du code de la sécurité sociale et dont les ressources ne dépassent pas le plafond mentionné à l'article L. 861-1 de ce code a droit à l'aide médicale de l'État () ". Aux termes de l'article L.252-3 du même code : " L'admission à l'aide médicale de l'État des personnes relevant du premier alinéa de l'article L. 251-1 est prononcée, dans des conditions définies par décret, par le représentant de l'État dans le département, qui peut déléguer ce pouvoir au directeur de la caisse primaire d'assurance maladie des travailleurs salariés. Cette admission est accordée pour une période d'un an. () "

4. Aux termes de l'article 4 du décret n° 2005-860 du 28 juillet 2005 relatif aux modalités d'admission des demandes d'aide médicale de l'État : " Conformément à l'article 44 du décret du 2 septembre 1954 susvisé, le demandeur de l'aide médicale de l'État doit, préalablement à la décision d'admission, fournir un dossier de demande comportant, pour la vérification de son identité et des conditions légales de résidence en France et de ressources, les pièces justificatives respectivement indiquées ci-après : 1° Pour la justification de son identité et de celle des personnes à sa charge, l'un des documents énumérés ci-après : a) Le passeport ; b) La carte nationale d'identité ; c) Une traduction d'un extrait d'acte de naissance effectuée par un traducteur assermenté auprès des tribunaux français ou par le consul, en France, du pays rédacteur de l'acte ou du pays dont l'intéressé a la nationalité ; d) Une traduction du livret de famille effectuée par un traducteur assermenté auprès des tribunaux français ou par le consul, en France, du pays rédacteur de l'acte ou du pays dont l'intéressé a la nationalité ; e) Une copie d'un titre de séjour antérieurement détenu ; f) Tout autre document de nature à attester l'identité du demandeur et celle des personnes à sa charge. () ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

6. Par la décision attaquée, la CPAM de l'Aveyron a rejeté la demande d'admission à l'AME présentée par Mme D au motif que son justificatif d'identité n'était pas conforme à la liste des pièces admises au titre de l'article 4 du décret du 28 juillet 2005. Mme D soutient que l'original de son passeport a été conservé par l'OFPRA à son arrivée en France en 2003, et que la copie dont elle fait état a toujours suffit pour effectuer ses démarches administratives, ainsi que l'atteste l'attribution de l'AME pour l'année 2018.

7. Il résulte de l'instruction que Mme D réside en France depuis 2003 et que depuis cette date il est constant que sa copie de passeport est considérée comme une pièce d'identité valide aux yeux des services administratifs, médicaux et policiers. Si pour justifier sa décision, la CPAM de l'Aveyron fait état de la nécessité pour l'assuré social de fournir la copie de toutes les pages de son passeport, le décret du 28 juillet 2005, dont la rédaction est restée inchangée depuis sa version initiale, ne fait pas état d'une telle exigence. En outre, il est constant que Mme D a bénéficié de l'AME pour l'année 2018 en ayant présenté le même justificatif d'identité que pour sa demande de 2020. En conséquence, Mme D, qui justifie par ailleurs des conditions de résidence et de ressources au titre de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles, et dont la santé, suite à son accident et son opération chirurgicale, requiert des frais médicaux qu'elle ne peut couvrir étant donné son absence de ressources, est fondée à demander l'obtention de l'aide médicale de l'État.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision du 17 février 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

10. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la CPAM de l'Aveyron de faire droit à la demande d'aide médicale de l'État de Mme D pour une durée d'un an, sur le fondement de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des frais de procès :

11. En l'absence de dépens, la demande de Mme D tendant à la condamnation de la CPAM de l'Aveyron aux dépens ne peut qu'être rejetée.

12. Mme D, qui a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021, a refusé le bénéfice de cette aide et indiqué qu'elle souhaitait se défendre seule. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la CPAM de l'Aveyron la somme que demande Mme D sur ce fondement. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Par suite, les conclusions de la CPAM de l'Aveyron, qui doivent être regardées comme présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 février 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aveyron d'attribuer l'aide médicale de l'État à Mme D pour une durée d'un an.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aveyron tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme D et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aveyron.

Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

Le magistrat désigné

Alain C de Hureaux La greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,N°2102219

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