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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102393

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102393

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantZEMIHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2021, M. D A, représenté par Me Zemihi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de l'admettre au séjour et de lui délivrer le certificat de résidence sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de cette même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet aurait dû, eu égard à sa situation personnelle et familiale, en particulier à son mariage avec une ressortissante française, user de son pouvoir discrétionnaire de régularisation et lui délivrer le titre de séjour sollicité ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 5 août 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 octobre suivant.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, déclare être entré en France le 6 novembre 2017. A la suite de son mariage le 23 août 2019 avec une ressortissante française, il a sollicité, le 23 septembre 2020, son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale en qualité de conjoint d'une ressortissante française sur le fondement de l'article 6 (2°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié. Le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande par une décision du 1er décembre 2020. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme F C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet de ce département du 7 octobre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, d'une délégation à l'effet de signer " les décisions () établi[e]s dans le champ de compétence de sa direction () " et, notamment, en matière de police des étrangers, " les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, la décision attaquée comporte l'exposé des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment des éléments suffisants sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni de l'arrêté litigieux ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation du requérant préalablement à son édiction. Le moyen tiré de l'absence de cet examen ne peut donc qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " () Le certificat de résidence portant la mention ''vie privée et familiale'' est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ". Ces stipulations régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il appartient néanmoins au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. M. A, qui ne conteste pas ne pas remplir la condition de la régularité de son entrée en France posée par les stipulations précitées, soutient toutefois que le préfet aurait dû user de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Il fait valoir à cet égard qu'il est marié depuis le 23 août 2019 avec une ressortissante française rencontrée en France en janvier 2018 et avec laquelle il vit de manière ininterrompue depuis la fin de l'année 2018. Il se prévaut de témoignages, notamment de colocataires, d'amis et des parents du couple, attestant de la solidité des liens qui unissent les époux. Il soutient par ailleurs que sa condamnation par le tribunal correctionnel de Toulouse le 29 novembre 2018 à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour recel d'un bien provenant d'un vol est ancienne et isolée et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré au plus tôt en France à la fin de l'année 2017, à l'âge de 34 ans, que son mariage est récent et que le couple ne justifie d'une vie commune que depuis la fin de l'année 2018. De plus, nonobstant son investissement associatif, la circonstance qu'il est apprécié de sa belle-famille et les liens amicaux développés en France, il ne justifie pas d'une intégration particulière, alors que, comme il vient d'être dit, il a été condamné à une peine délictuelle d'emprisonnement avec sursis. Enfin, M. A n'est pas sans lien dans son pays d'origine, l'Algérie, puisque ses parents et ses sœurs y résident. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Le moyen doit donc être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées, ne peut qu'être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " À partir de l'âge nubile, l'homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l'exercice de ce droit ".

10. La décision attaquée, qui se borne à refuser la délivrance d'un titre de séjour, n'est pas de nature à remettre en cause le mariage contracté par le requérant. Par suite, le moyen tiré de ce que l'intéressé est privé de son droit à " vivre pleinement son mariage " ne peut être accueilli.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne en date du 1er décembre 2020 doivent être rejetées. Les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Zemihi et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

T. B

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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