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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102873

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102873

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCHAMBARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 mai et le 11 septembre 2021, et les 2 et 3 août 2022, M. C A, représenté par Me Chambaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé d'abroger l'arrêté du 20 mai 2020 par lequel cette autorité lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi que la décision portant rejet de son recours gracieux à l'encontre de ce même arrêté ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant rejet de son recours gracieux :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son recours gracieux n'était pas tardif ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'abrogation :

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistré le 15 juillet et le 5 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Chambaret, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant tunisien, né le 1er octobre 1994, est entré sur le territoire français le 9 mars 2019 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée le 16 septembre 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis, le 20 février 2020, par la Cour nationale du droit d'asile. Par décision du 19 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté, d'une part, le recours gracieux formé par M. A le 8 décembre 2020 à l'encontre de l'arrêté du 20 mai 2020 portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et, d'autre part, sa demande d'abrogation de ce même arrêté. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 20 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, ainsi que celle du 19 mars 2021 rejetant son recours gracieux, et, d'autre part, la décision du 19 mars 2021 portant refus d'abrogation de l'arrêté du 20 mai 2020.

En ce qui concerne l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté du 20 mai 2020 portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et demande l'annulation de la décision rejetant ce recours gracieux. Bien qu'il ait dirigé les conclusions de sa requête contre la décision prise sur recours gracieux, il doit être regardé comme demandant également l'annulation de la décision initiale du 20 mai 2020.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 mai 2020 portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, ainsi que celles du 19 mars 2021 rejetant son recours gracieux :

4. Aux termes de l'article L. 512-1 I bis du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " () I bis.- L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1°, 2°, 4° ou 6° du I de l'article L. 511-1 et qui dispose du délai de départ volontaire mentionné au premier alinéa du II du même article L. 511-1 peut, dans un délai de quinze jours à compter de sa notification, demander au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision mentionnant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. () ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions du I bis de l'article L. 512-1 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2°, 4° ou 6° du I de l'article L. 511-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 743-3 du même code ". L'article R. 776-5 du même code énonce pour sa part que : " () II.- () les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de sa demande d'asile, M. A a indiqué à la préfecture de la Haute-Garonne comme adresse postale " forum des réfugiés cosi, DOM n° 4974, 394 route de Saint-Simon CS - 93793, 31037 Toulouse cedex 1 ". L'arrêté attaqué, pris sur le fondement du 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui comporte la mention des voies et délais de recours, lui a été notifié par lettre recommandée avec accusé de réception présentée le 2 juin 2020 ainsi qu'en atteste la vignette apposée sur l'enveloppe. Le pli recommandé est toutefois revenu à la préfecture de la Haute-Garonne le 25 juin 2020 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". En outre, le préfet a aussi produit devant le tribunal une copie d'écran d'un tableau de suivi fournie par les services postaux établissant que le pli en litige ne lui a été retourné qu'à l'issue du délai de quinze jours réglementaire. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve que les garanties que confère la réglementation postale au destinataire d'un pli ont été respectées et l'arrêté du 20 mai 2020 doit ainsi être regardé comme ayant été régulièrement notifié le 2 juin 2020. Dès lors, le recours gracieux introduit par M. A le 8 décembre 2020 était tardif. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, ainsi que celle du 19 mars 2021 rejetant son recours gracieux, sont tardives et doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne la décision portant refus d'abrogation de l'arrêté du 20 mai 2020 :

6. En premier lieu, s'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice des communautés européennes que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. En l'espèce, le requérant a sollicité l'abrogation de l'obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours qui lui a été notifiée le 2 juin 2020. Il a pu, à l'occasion de cette demande, faire valoir l'ensemble des observations et pièces devant, selon lui, conduire à cette abrogation. S'il indique qu'il avait demandé à être entendu avant l'intervention de toute décision défavorable, aucun principe du droit, ni aucun texte ne faisait obligation à l'administration d'assurer une telle entrevue. Enfin, M. A ne se prévaut d'aucun élément pertinent de nature à établir qu'il aurait été privé de faire valoir des éléments qui auraient pu influer sur le contenu de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait son droit à être entendu doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision litigieuse que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () / 6° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

10. M. A fait valoir qu'il est le père d'un enfant français né le 24 septembre 2019 qu'il a reconnu le 19 décembre 2019 et qui est issu de sa relation avec une ressortissante française de laquelle il est séparé. S'il produit deux récépissés d'émission Western Union, difficilement lisibles, qui font état de versement au profit de la mère de l'enfant, au mois de septembre 2020 (150 euros) et au mois de décembre 2020 (100 euros), ces seuls éléments ne sauraient suffire à établir que l'intéressé participe à l'entretien de l'enfant. Si par un jugement du 31 août 2020, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Toulouse a fixé l'exercice de l'autorité parentale commune aux deux parents, a fixé la résidence habituelle de l'enfant chez sa mère, a défini les modalités du droit de visite et d'hébergement du requérant et a fixé le montant de la pension alimentaire qu'il doit verser, M. A n'allègue ni même n'établit assurer l'accueil de l'enfant selon les prescriptions de cette ordonnance et par suite l'intensité et la stabilité de son implication dans sa parentalité. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant au sens des dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par ailleurs, M. A soutient qu'il s'est marié avec une ressortissante française le 18 juin 2022 avec laquelle il entretenait une relation amoureuse depuis le mois de novembre 2019. Toutefois, à la date de la décision en litige, cette relation était récente et M. A n'apporte aucun élément de nature à établir à ce moment-là la réalité de leur vie commune. Enfin, le requérant ne conteste pas ne pas être dépourvu d'attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et ne justifie d'aucune intégration particulière au sein de la société française. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est fondé à demander l'annulation ni de l'arrêté du 20 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et de la décision du 19 mars 2021 rejetant son recours gracieux, ni de la décision du 19 mars 2021 portant refus d'abrogation de l'arrêté du 20 mai 2020. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. David Katz, président,

Mme Camille Chalbos, première conseillère,

Mme Camille Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

C. PEAN

Le président,

D. KATZLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

N°2102873

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