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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103640

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103640

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2021, Mme C D, représentée par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation et lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de procédure et méconnait plus particulièrement le principe du contradictoire ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'il emporte pour sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il porte une atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet de la Haute-Garonne a considéré qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006;

- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante sénégalaise, est entrée en France pour la première fois le 4 décembre 2016 munie d'un passeport revêtu d'un visa long séjour " visiteur " valable du 4 décembre 2016 au 4 juillet 2017. Après avoir quitté le territoire français le 10 avril 2017, elle y est de nouveau entrée le 29 juin 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa long séjour. Le 7 novembre 2018, elle a sollicité son admission en France au bénéfice de l'asile. Le 20 décembre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande. Le 20 juillet 2020, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet. Le 11 septembre 2020, elle fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Le 20 novembre 2020, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en France, au titre de la vie privée et familiale sur le fondement des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, ainsi qu'en qualité d'étudiant sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995. Le 7 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a pris à son encontre un arrêté portant refus de titre de séjour. Par sa requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la motivation circonstanciée de l'arrêté attaqué démontre que celui-ci a été précédé d'un examen particulier de la demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit être écarté.

5. En troisième lieu, à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, la requérante a été conduite à préciser à l'administration les motifs pour lesquels elle demandait que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui était aussi loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En outre, lorsqu'elle sollicite la délivrance d'un titre de séjour, la personne étrangère, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, elle pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et, plus particulièrement, du droit d'être entendu, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, Mme D se prévaut de ce qu'elle entretiendrait de nombreux liens amicaux en France et de la présence, sur le territoire français, de son demi-frère. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme D, entrée en France pour la dernière fois le 29 juin 2017, après avoir vécu la majorité de sa vie dans son pays d'origine, le Sénégal, est célibataire, sans charge de famille et sans ressources propres. S'il est vrai que la requérante a un demi-frère régulièrement présent sur le territoire français, celui-ci n'y réside que sous le couvert d'un titre de séjour temporaire mention " étudiant ", ce qui ne lui donne pas vocation à rester durablement en France. Par ailleurs, la requérante n'apporte aucun élément montrant être privée d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée aurait porté une atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale tel que protégé par le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dans l'application de cet article doivent être écartés. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

7. En cinquième lieu, outre les éléments factuels énoncés au paragraphe précédent, la requérante fait valoir qu'elle est investie en tant que bénévole dans le milieu associatif et fait état de son inscription en première année de sociologie à l'Université Toulouse 2 Jean Jaurès de Toulouse pour l'année 2019/2020. Elle indique en outre être bien intégrée dans la société française. Toutefois, ni ces éléments, ni aucun autre élément invoqué ou versé au dossier ne démontrent l'existence de considération humanitaire ou de motifs exceptionnels propres à l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 4, paragraphe 42, de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces articles sera donc écarté.

8. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que, si Mme D s'est inscrite en première année de sociologie à l'Université Toulouse 2 Jean Jaurès de Toulouse pour l'année 2019/2020, elle ne justifie pas de l'obtention d'un diplôme, ni du moindre progrès dans ses études. Au demeurant, la requérante ne justifie pas des moyens d'existence suffisants pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " au titre de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'absence de caractère sérieux des études poursuivies.

9. En septième lieu et enfin, aucun des éléments dont se prévaut Mme D énoncés aux points précédents ne permettent, en l'absence d'autres considérations, de caractériser une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences que l'arrêté attaqué emporterait sur la situation personnelle de l'intéressée ou une erreur manifeste d'appréciation dans l'utilisation par le préfet de son pouvoir de régularisation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Chalbos, première conseillère,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

L'assesseure la plus ancienne

C. CHALBOS

Le président-rapporteur,

D. ALa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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