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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103764

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103764

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 juin 2021, le 18 novembre 2021 et le 25 juillet 2022, Mme B D, représenté Me Laclau, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté attaqué, en toutes ses décisions :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé en fait et comporte des contradictions qui révèlent un défaut d'examen suffisant de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et méconnaît les dispositions de l'article L.313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle justifie des conditions pour bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et méconnaît les dispositions des articles L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention franco-marocaine du 9 octobre 1987, en ce qu'elle justifie des conditions pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire ;

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-marocaine du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Philippe, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante marocaine née le 27 juillet 1988, est entrée pour la première fois en France le 17 décembre 2003 et a bénéficié d'une carte de séjour temporaire d'un an valable du 5 juillet 2007 au 4 juillet 2008, puis d'une carte de résident valable du 5 juillet 2008 au 4 juillet 2018. Le 23 avril 2018, elle a sollicité le renouvellement de sa carte de résident de dix ans. En raison de son absence du territoire national entre 2009 et 2013, le préfet de la Haute-Garonne lui a opposé un arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire. Mme D a formé un recours pour excès de pouvoir contre cet arrêté, lequel recours a été rejeté par jugement du tribunal administratif de Toulouse du 29 juin 2020. La requérante n'a pas interjeté appel de ce jugement et s'est maintenue de manière irrégulière sur le territoire français. Le 9 octobre 2020, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'en qualité de salariée sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par arrêté du 30 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de la mesure d'éloignement. Par sa requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridique :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté attaqué, en toutes ses décisions :

3. En premier lieu par l'arrêté n°31-2020-04-29-0001 du 29 avril 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°31-2021-122 du même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département et notamment tous les actes, demandes et requêtes pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L.211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. En l'espèce, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il contient. La motivation de l'arrêté attaqué est ainsi suffisante au regard des exigences posées par les dispositions précitées. En outre la circonstance que la requérante ne partage pas les appréciations de l'administration contenues dans cette motivation ne saurait, à elle seule, démontrer une absence d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation de la requérante doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

6. Aux termes de de l'article L.313-11 (7°) : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ". Aux termes l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur: " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ". Aux termes des stipulations l'article 3 de la convention franco-marocaine du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. "

7. Mme D, âgée de 33 ans à la date de la décision attaquée, soutient, d'une part, que le centre de sa vie privée et familiale se situe en France où elle réside depuis sept ans, eu égard notamment à la présence de son père qu'elle aide dans ses prises de rendez-vous médicaux, d'une sœur et de demi-frères et sœurs, et des relations qu'elle a nouées auprès de ses collègues et élèves du lycée dans lequel elle travaille. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante a vécu au Maroc de sa naissance jusqu'à l'âge de 15 ans, puis de l'âge de 21 ans à l'âge de 24 ans. En outre, Mme D, qui est célibataire et sans enfants, ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, le Maroc, où résident deux de ses sœurs. Par ailleurs, elle ne démontre pas que l'aide qu'elle apporte à son père dans la prise de ses rendez-vous médicaux ne pourrait être apportée par une tierce personne.

8. Si Mme D se prévaut d'une promesse d'embauche ainsi qu'une demande d'autorisation de travail pour un poste d'accompagnant d'élève en situation de handicap dans le cadre d'un contrat de travail à temps partiel et à durée déterminée, réalisée le 25 janvier 2021 par le rectorat de Toulouse, elle ne justifie ni bénéficier d'un visa long séjour ni bénéficier d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes ni encore d'une adéquation entre ses études en " science de la matière physique " et l'emploi proposé. Dans ces conditions, Mme D ne démontre aucune circonstance exceptionnelle ni motif humanitaire propre à la faire bénéficier d'une régularisation au titre de la vie privée et familiale ou à titre salarié. Par suite, la décision de refus de titre de séjour attaquée n'est entachée d'aucune erreur de droit ni d'aucune erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision pour contester l'obligation de quitter le territoire français.

10. En second et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. En l'espèce, et pour les mêmes raisons que celles exposées au point 7, Mme D ne démontre ni que le centre de sa vie privée et familiale se situe en France, ni être isolée dans son pays d'origine, le Maroc. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

12. Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire n'étant pas entachées d'illégalité, Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de ces décisions pour contester la décision portant fixation du pays de destination.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à Mme D.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Laclau et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Chalbos, conseillère,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

L'assesseur la plus ancienne,

C. CHALBOS

Le président-rapporteur,

D. ALa greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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