jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104701 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 août 2021, M. A B, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 10 juin 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de huit jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire ;
- le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à un examen attentif et individualisé de sa situation et n'a tenu compte ni de sa situation particulière, ni de son état de vulnérabilité ;
- il s'est placé à tort en situation de compétence liée ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La procédure a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas produit d'écritures.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2022.
La clôture d'instruction a été fixée au 21 décembre 2022 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Petri, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien né le 25 juin 1992, a introduit une demande d'asile qui a été enregistrée le 14 mai 2018. Par une décision du 10 juin 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B a formé, le 25 juin 2021, un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 10 juin 2021 précitée.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ".
3. Conformément aux dispositions citées au point 2, M. B a introduit un recours administratif préalable obligatoire, par un courrier du 25 juin 2021 transmis par courriel le même jour, à l'encontre de la décision du 10 juin 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Une décision implicite de rejet qui s'est substituée à la décision initiale prise le 10 juin 2021 est née du silence gardé par l'administration sur ce recours. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, dirigées contre la décision du 10 juin 2021, sont irrecevables et doivent être regardées comme dirigées contre la décision implicite de rejet qui s'y est substituée. Cette dernière décision, née le 25 août 2021, doit être regardée comme fondée sur le même motif que celui de la décision initiale.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
4. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, qui sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, le recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge prévu par les dispositions citées au point 2 de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit, ainsi que cela a été dit au point 3, que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale, qui est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Néanmoins, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, dans la limite de ses compétences et sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours demeure soumise elle-même au principe de légalité.
6. En l'espèce, M. B ne peut toutefois invoquer utilement le moyen tiré de ce que la décision du 10 juin 2021 serait insuffisamment motivée, dans la mesure où cette irrégularité est un vice propre à la décision initiale et a disparu avec elle. En tout état de cause, le requérant ne soutient ni même n'allègue avoir formulé, dans le délai de recours contentieux, une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet que l'administration lui a opposé à la suite du recours administratif préalable obligatoire qu'il a introduit le 25 juin 2021, fondée sur les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration qui dispose : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la substitution par la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire de la décision initiale ne fait pas obstacle à ce que soit invoqué à l'encontre de cette dernière décision un moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie préalablement à son édiction.
8. Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". L'article D. 551-18 du même code dispose : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ". Selon l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".
9. Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit, préalablement à l'édiction d'une décision portant refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil, l'obligation de mettre en œuvre une procédure contradictoire, étant précisé que les dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit une telle procédure qu'en cas d'édiction d'une décision de retrait du bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil et qu'en tout état de cause, la décision du 10 juin 2021 fait suite à une demande de M. B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
10. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision du 10 juin 2021 que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à l'examen de la situation personnelle et familiale du requérant. Si l'intéressé soutient qu'il n'a été tenu compte ni de sa situation particulière, ni de son état de vulnérabilité, il ne produit qu'un compte rendu d'hospitalisation indiquant qu'il souffre d'une spondylarthrite ankylosante. En l'absence de tout autre élément relatif à sa situation personnelle, cette seule pièce, au demeurant postérieure à la décision du 10 juin 2021 portant refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil, ne suffit pas à établir que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.
11. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision du 10 juin 2021 que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration se serait placé en situation de compétence liée. Si le requérant se prévaut également, sur ce point, de ce qu'il avait des éléments pertinents à faire valoir quant à son état de vulnérabilité, il ne l'établit pas.
12. En dernier lieu M. B, en se bornant à alléguer qu'il est isolé en France, qu'il est dépourvu de revenus ainsi que d'un hébergement et qu'il n'a pas pu se rendre à l'entretien prévu à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en raison d'un vol dont il a été victime, n'établit pas qu'une erreur manifeste d'appréciation aurait été commise par le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, étant précisé qu'il ne produit aucune pièce probante. Par ailleurs et ainsi que cela a été dit au point 10, si l'intéressé se prévaut d'un compte rendu d'hospitalisation indiquant qu'il souffre d'une spondylarthrite ankylosante, cette pièce est postérieure à la décision du 10 juin 2021 et ne suffit pas à démontrer dans quelle mesure il se trouve dans une situation vulnérable.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteure,
M. PETRI
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026