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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104749

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104749

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 août 2021 et 25 novembre 2022, Mme E D, représentée par Me Laclau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Richard, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante malgache, née le 19 juillet 1971, est entrée en France, le 17 janvier 2020 sous le couvert d'un passeport revêtu d'un visa de 63 jours portant la mention " ascendante non à charge ", valable du 15 janvier 2020 au 13 avril 2020. Le 15 septembre 2020, l'intéressée a sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, en qualité de mère d'un enfant français sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur. Par une décision du 11 février 2021, dont elle sollicite l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu par l'arrêté n° 31-2020-12-15-001 du 15 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°31-2020-290 du même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département et notamment tous les actes, demandes et requêtes pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. Il ressort des termes mêmes de la décision en litige qu'elle comporte, de façon suffisamment circonstanciée, l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise l'ensemble des textes dont elle fait application, notamment le 6° l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter la demande d'admission au séjour présentée par la requérante. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de la décision attaquée, ainsi qu'il vient d'être dit, que le préfet de la Haute-Garonne, qui a notamment fait état des liens personnels et familiaux de Mme D, se serait abstenu de procéder à un examen sérieux et circonstancié de la situation de la requérante, contrairement à ce que se borne à alléguer cette dernière.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant () ".

7. Mme D fait état de sa qualité de mère d'un enfant, né le 23 octobre 2003, reconnu par un ressortissant français le 20 février 2010, auprès des autorités malgaches et le 2 avril 2019 auprès des autorités françaises Il ressort des énonciations de la décision en litige que, pour refuser à l'intéressée le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne a considéré que l'auteur de la reconnaissance de paternité, de nationalité française, ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Il n'est, par ailleurs, pas allégué qu'il aurait vécu avec la requérante et son fils. Si Mme D produit notamment des attestations et des échanges de messages, ces seuls éléments ne sont pas suffisant à justifier des liens entretenus entre le père et son fils, alors, qu'au demeurant et selon ses propres déclarations il ne contribue pas économiquement à son entretien. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu'il aurait vu son fils depuis son arrivée en France. En outre, il n'existe aucune décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne pouvait légalement refuser à Mme D la délivrance du titre de séjour sollicité sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Et aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

9. Mme D se prévaut de la présence en France de sa fille majeure et de nationalité française avec qui elle est entrée sur le territoire français, le 17 janvier 2020. Toutefois, à supposer qu'elle établisse l'intensité des liens entretenus avec elle, cette seule circonstance n'est pas de nature à lui ouvrir un droit au séjour. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée n'a jamais vécu avec le père de ses enfants qui ne justifie pas entretenir de liens d'une particulière intensité avec son enfant mineur, alors qu'il ne contribue ni à son entretien ni à son éducation. La requérante n'établit pas, non plus, ne plus disposer d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-neuf ans, où sa cellule familiale a vocation à se reconstituer et où réside notamment un autre de ses enfants majeurs. Enfin, la seule promesse d'embauche, en tout état de cause postérieure à la décision attaquée, et les attestations produites ne suffisent pas à justifier d'une intégration particulière, ni même de liens anciens, stables et intenses sur le territoire français. Dans ces conditions et eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité, ne porte pas à Mme D une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le préfet de la Haute-Garonne n'a ainsi méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée.

10. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

11. Mme D fait valoir que l'intérêt supérieur de son enfant impose qu'un titre de séjour lui soit délivré afin qu'elle puisse s'occuper de son fils de nationalité française, qui est atteint de plusieurs handicaps. Toutefois, elle n'apporte aucun élément probant de nature à démontrer les pathologies de son fils, ni que ce dernier ne pourrait être pris en charge et scolarisé normalement dans son pays d'origine. A cet égard, le seul compte rendu médical produit par la requérante, qui ne mentionne pas la qualité de son auteur, n'est pas circonstancié. Par ailleurs, la décision contestée n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer Mme D de son enfant. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant, tel que protégé par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, en refusant à Mme D le titre de séjour sollicité.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de la décision du 11 février 2021 du préfet de la Haute-Garonne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle présente à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le président-rapporteur,

T. A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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