jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104864 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CAZANAVE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 août 2021, Mme A E, représentée par Me Cazanave, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros à verser à son conseil au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique, ou à défaut d'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble de l'arrêté attaqué :
- il est entaché d'un défaut de compétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation laissant apparaître un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle méconnait les dispositions de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte au respect de son droit à la vie privée une atteinte disproportionnée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en ce qu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporterait pour sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte au respect de son droit à la vie privée une atteinte disproportionnée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en ce qu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants ;
- elle méconnait les dispositions de l'article l.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en ce qu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2022.
Mme A E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G A E, ressortissante gabonaise née le 14 février 1978, est entrée en France le 10 septembre 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa court séjour valable du 21 juillet 2017 au 21 octobre 2017. Le 30 juillet 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ainsi que son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement des articles L.313-11 et L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 26 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur la légalité externe de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, par l'arrêté n°31-2020-12-15-001 du 15 décembre 2020, régulièrement publié au recueil administratif spécial n°31-2020-290 le même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme F C en tant que directrice des Migrations et de l'Intégration pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, si Mme A E soutient que l'arrêté attaqué ne fait état que d'une motivation incomplète et stéréotypée, il ressort de cet arrêté qu'il comporte l'énoncé de l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il contient. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé. En outre, la motivation dudit arrêté ne fait pas ressortir que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen particulier et sérieux de l'ensemble de la situation de l'intéressée.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A E, est entrée en France le 10 septembre 2017 avec ses trois enfants, N H I E,M I E et D L E. Si la requérante se prévaut de son aide bénévole au Secours catholique depuis juin 2020, de la scolarisation de ses trois enfants, et du suivi de son enfant D L E par une orthophoniste, ces seuls faits ne sauraient caractériser une intégration particulière en France, ni constituer des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires qui pourraient justifier sa régularisation. En outre, Mme A E ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, le Gabon, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Dans ces conditions, le préfet, en refusant le titre de séjour demandé, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni porté une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Par ailleurs, aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Les enfants ont droit à la protection et aux soins nécessaires à leur bien-être. Ils peuvent exprimer leur opinion librement. Celle-ci est prise en considération pour les sujets qui les concernent, en fonction de leur âge et de leur maturité. 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt. "
7. Si Mme A E soutient que la décision attaquée porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants, il ressort de ladite décision que celle-ci n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner la requérante et ses enfants du territoire français, mais seulement de lui refuser son admission exceptionnelle au séjour. En outre, aucun des éléments du dossier ne permet d'établir, d'une part, que les enfants de K A E ne pourraient suivre leur mère hors de France, ni, d'autre part, que la plus jeune fille de la requérante ne pourrait recevoir, hors du territoire français les soins nécessités par son état de santé. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a ni méconnu les normes internationales citées au point précédent, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.
Sur la légalité interne de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, la décision portant obligation de quitter le territoire ne se trouve aucunement privée de base légale.
9. En deuxième lieu, si Mme A E fait valoir que ses trois enfants sont scolarisés en France et que sa fille, D L E fait l'objet d'un suivi par une orthophoniste, il ressort des pièces du dossier que l'entrée en France de ces enfants, aux âges respectifs d'un an, six ans et dix ans, est récente. En outre, la requérante qui se borne à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation personnelle de ses trois enfants, ne démontre pas l'impossibilité pour eux de poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine, le Gabon. Dans ces conditions, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 5, le préfet, par sa décision portant obligation de quitter le territoire, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au respect du droit à la vie privée et familiale de la requérante en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 7, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989, ni celles de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Sur la légalité interne de la décision portant fixation du pays de destination :
11. En premier lieu, la mesure d'éloignement n'étant pas entachée d'illégalité, la décision portant fixation du pays de destination ne se trouve aucunement privée de base légale.
12. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. Mme A E soutient qu'elle encourt des risques personnels graves en cas de retour dans son pays d'origine, le Gabon. Toutefois, les considérations générales dont elle fait état et les statistiques qu'elle produit ne permettent pas de considérer qu'elle serait personnellement exposée à des risques pour sa vie dont les autorités gabonaises ne pourraient la protéger. Dans ces conditions, la décision du préfet portant fixation du pays de destination ne peut être regardée comme ayant méconnu les dispositions l'article L.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, la décision portant fixation du pays de destination n'a pas méconnu l'intérêt supérieur des enfants de K A E. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A E doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme J E, à Me Cazanave et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Chalbos, conseillère,
Mme Jorda, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
L'assesseur la plus ancienne,
C. CHALBOS
Le président-rapporteur,
D. BLa greffière,
C. CASTRILLO
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026