jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104907 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | COHEN-TAPIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête un mémoire, enregistrés les 18 et 23 août 2021, M. B A, représenté par Me Cohen-Tapia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a refusé de l'affecter dans l'académie de Toulouse ;
2°) d'enjoindre à l'administration de prendre une nouvelle décision d'affectation prenant en compte le critère de l'autorité parentale conjointe ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner l'administration à lui rembourser les droits de plaidoirie prévus par l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le lieu effectif d'exercice professionnel de son ex-conjointe n'a pas été pris en compte ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1, 8-1 et 9-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 7 et 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 9 et 373-2-6 du code civil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.
Il fait valoir que :
- le courrier du 30 juillet 2021 est un acte préparatoire insusceptible de recours ;
- le requérant ne produit pas son arrêté d'affectation dans une académie, en méconnaissance de l'article R. 412-1 du code de justice administrative ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juin 2022.
Un mémoire présenté par M. A le 15 novembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n° 72-580 du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hecht,
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été admis à la session 2021 du concours de l'agrégation externe de physique. Le 15 juillet 2021, il a formé un recours gracieux contre le résultat du système d'information et d'aide aux lauréats (SIAL), application dédiée à la saisie des vœux d'affectation des lauréats des concours du second degré, désignant l'académie de Montpellier comme son académie d'affectation pour l'année scolaire 2021-2022. Par un courrier du 30 juillet 2021, dont M. A demande l'annulation, le ministre chargé de l'éducation nationale lui a confirmé la désignation de l'académie de Montpellier comme son académie d'affectation pour l'année scolaire 2021-2022.
2. Aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : / 1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles, ainsi qu'au fonctionnaire séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; / 2° Au fonctionnaire en situation de handicap relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail ; / 3° Au fonctionnaire qui exerce ses fonctions, pendant une durée et selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles ; / 4° Au fonctionnaire qui justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie ; / 5° Au fonctionnaire, y compris relevant d'une autre administration, dont l'emploi est supprimé et qui ne peut être réaffecté sur un emploi correspondant à son grade dans son service. () IV. - Les décisions de mutation tiennent compte, dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat, des lignes directrices de gestion en matière de mobilité prévues à l'article 18 de la présente loi. () ".
3. Aux termes de l'article 6 du décret du 4 juillet 1972 susvisé : " I.- Les candidats qui ont été admis aux concours externe ou interne sont nommés professeurs agrégés stagiaires à la rentrée scolaire de l'année au titre de laquelle est organisé le recrutement et classés, dès leur nomination, selon les dispositions du décret du 5 décembre 1951 susvisé. () Les professeurs agrégés stagiaires sont affectés dans une académie par le ministre chargé de l'éducation nationale pour la durée du stage. () " Aux termes de l'article 16-1 de ce décret : " Pour prononcer les affectations, il est tenu compte, dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service, des priorités prévues par l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 précitée et, en outre, des critères de priorité suivants : / 1° La situation de l'agent qui sollicite un rapprochement avec le détenteur de l'autorité parentale conjointe dans l'intérêt de l'enfant ; () ".
4. Aux termes de l'article L. 100-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables. / Sauf dispositions contraires du présent code, celui-ci est applicable aux relations entre l'administration et ses agents. ". Et aux termes de l'article L. 210-1 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ".
5. En premier lieu, il résulte des dispositions susmentionnées que l'affectation d'un lauréat du concours de l'agrégation n'est pas un avantage dont l'attribution constituerait un droit pour le fonctionnaire qui le demande, et que le refus de changer cette affectation n'est pas au nombre des décisions administratives défavorables dont l'article L. 210-1 précité du code des relations entre le public et l'administration impose la motivation. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation du courrier en litige, lequel comporte au demeurant les éléments de fait dont le ministre de l'éducation nationale avait connaissance à cette date et qui ont motivé sa décision, est inopérant et doit être écarté, en toute hypothèse.
6. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes du courrier en litige que le ministre de l'éducation nationale a tenu compte de la situation particulière de M. A, en particulier des renseignements qu'il avait portés à la connaissance de l'administration lors de sa demande de vœux, ainsi que de sa situation familiale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le ministre aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen.
7. En troisième lieu, aux termes de l'annexe C de la note de service du 16 avril 2021, versée au dossier par le requérant : " Les lauréats ayant à charge un ou des enfants âgé(s) de moins de 18 ans au 1er septembre 2021 et exerçant l'autorité parentale conjointe peuvent, sous condition, se prévaloir des bonifications équivalentes à celles prévues dans le cadre du rapprochement de conjoints. / L'attention des lauréats est appelée sur la nécessité de renseigner dans l'application de saisie des vœux SIAL l'adresse effective d'exercice professionnel du conjoint (et non, le cas échéant, celle du siège social de son employeur. ". Le barème présenté dans cette annexe indique que, dans le cas d'une autorité parentale conjointe, le lauréat obtient 225 points pour un enfant, puis 75 points par enfant supplémentaire.
8. En l'espèce, il est constant que, à la date de la décision attaquée, M. A exerçait avec son ex-conjointe l'autorité parentale conjointe sur leurs deux filles, mineures. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a certifié avoir pris connaissance de la note de service précitée, ainsi qu'il ressort du récapitulatif de sa demande de vœux, a formulé, sur l'application SIAL, comme premier et unique vœu d'affectation l'académie de Toulouse et qu'il y a indiqué que l'adresse professionnelle de son ex-conjointe était le 11 avenue de Canteranne, à Pessac (Gironde), alors que ce département est dans le ressort de l'académie de Bordeaux. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration ne lui a pas accordé 300 points supplémentaires au titre de l'autorité parentale conjointe qu'il exerce sur ses deux filles. En outre, à supposer qu'il ait obtenu ces 300 points supplémentaires, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas même allégué, qu'il aurait été affecté dans l'académie de Toulouse. Enfin, la circonstance qu'il aurait demandé à être affecté dans un établissement privé sans savoir qu'il ne remplissait pas la condition requise, à savoir être titulaire d'un poste dans un établissement privé lors de l'obtention de son diplôme, est sans incidence sur la décision en litige. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le ministre aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Les dispositions de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peuvent être invoquées que dans la mise en œuvre du droit de l'Union. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 7 et 24 de cette charte est inopérant.
10. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de son article 8-1 : " Les Etats parties s'engagent à respecter le droit de l'enfant de préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses relations familiales tels qu'ils sont reconnus par la loi, sans ingérence illégale. " Et selon son article 9-1 : " Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré () ".
11. D'autre part, aux termes de l'article 9 du code civil : " Chacun a droit au respect de sa vie privée. ". Et aux termes de son article 373-2-6 : " Le juge du tribunal judiciaire délégué aux affaires familiales règle les questions qui lui sont soumises dans le cadre du présent chapitre en veillant spécialement à la sauvegarde des intérêts des enfants mineurs. () ".
12. La décision en litige, relative à l'affectation professionnelle du requérant, n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer ce dernier de ses enfants au sens des stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant, non plus que de porter atteinte à sa vie privée. Elle est également sans lien avec l'office du juge aux affaires familiales. Au surplus, M. A ne pouvait ignorer que l'administration était susceptible de l'affecter dans une autre académie que celle qu'il avait demandée, et dans laquelle il n'a au demeurant été affecté que pour la durée de son stage, à savoir l'année scolaire 2021-2022. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant et des dispositions susmentionnées du code civil sont inopérants et doivent être écartés, en toute hypothèse.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en date du 30 juillet 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de même que celles tendant au remboursement des droits de plaidoirie prévus par l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale, lesquels ne sont au demeurant pas au nombre des dépens énumérés par les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le rapporteur,
S. HECHT
La présidente,
S. CAROTENUTO La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026