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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105114

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105114

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er septembre 2021 et le 6 décembre 2021, M. B A représenté par Me Laspalles demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire,

2°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement en exécution de l'interdiction judiciaire définitive du territoire français,

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au profit de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté préfectoral est insuffisamment motivé ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il n'a pas été informé du retrait de la protection subsidiaire ; il n'a reçu aucune convocation devant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête ;

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration (CRPA);

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Perrin, première conseillère, a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant albanais, né le 12 octobre 1986, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement en exécution de l'interdiction judiciaire définitive du territoire français, prononcée à son encontre par un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 9 mai 2019.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 8 mars 2022, M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. ". En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'interdiction du territoire français prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière ", le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion.

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine complémentaire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution sauf à solliciter du ministère public la levée de ses réquisitions aux fins d'exécution, spécialement au cas où le renvoi exposerait l'étranger à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En premier lieu, d'une part aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 de ce même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

7. La décision fixant le pays de renvoi d'un étranger frappé d'interdiction judiciaire du territoire français ayant le caractère d'une mesure de police, elle est soumise notamment aux dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration selon lesquelles la décision doit être motivée et l'administration doit mettre à même la personne intéressée de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales en ayant la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. Ces dispositions n'imposent pas à l'administration d'informer l'intéressé de sa faculté de présenter des observations écrites.

8. L'arrêté contesté vise les textes notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier son article 3, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il mentionne en outre la nationalité et la date de naissance du requérant et sa condamnation à une peine d'emprisonnement de trois ans pour des faits de proxénétisme par le jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 9 mai 2019 prononçant également à son encontre une interdiction définitive du territoire français. En outre, l'arrêté en litige précise qu'il sera éloigné à destination de son pays d'origine ou de tout pays où il est légalement admissible et qu'il n'établit pas y être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, il mentionne que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a prononcé la fin de la protection subsidiaire par décision du 4 mars 2021. L'arrêté en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

9. En deuxième lieu , il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige, M. A a été invité, le 30 aout 2021 à présenter ses observations sur la décision envisagée fixant l'Albanie comme pays de destination, ce qu'il a fait, assisté d'un interprète, au cours duquel il a déclaré " qu'il ne souhaitait pas retourner en Albanie qu'il a quitté depuis 8 ans et que sa vie est en danger ". Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté contesté que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de fixer le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

11. En quatrième lieu, si le requérant soutient qu'il n'a pas reçu la décision en date du 4 mars 2021 par laquelle l'OFPRA lui notifiait la fin de la protection subsidiaire, il n'en tire pas de conséquence juridique sur la légalité de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen ne pourra qu'être écarté.

12. En cinquième et dernier lieu, dès lors que M. A a été condamné pénalement à une interdiction de territoire définitive, peine dont il n'a pas sollicité le relèvement, le préfet était tenu de pourvoir à l'exécution de cette décision en prenant à son encontre une décision fixant son pays de destination sous réserve qu'une telle décision ne l'expose pas à être éloigné à destination d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce que l'intéressé ne soutient pas. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A est inopérant et ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 août 2021 pris à son encontre par le préfet de la Haute-Garonne Par suite, les conclusions à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

DE C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Article 2 : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Bentolila, président,

Mme Perrin, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La rapporteure,

F. PERRIN

Le président,

P. BENTOLILA La greffière

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2105114

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