jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105433 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 septembre 2021 et le 16 novembre 2021, ainsi que des pièces enregistrées le 10 mars 2022 et le 4 avril 2022, M. C, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français en lui fixant un délai de trente jours pour un départ volontaire et a désigné l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ou un certificat de résidence algérien ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure et méconnait plus particulièrement le principe du contradictoire, en violation des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnait les stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 7 décembre 1968 ;
- elle est entache d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet n'a pas pris en compte son intégration, ni ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, ni son état de santé ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle comporte pour sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet a considéré que l'aide qu'il apportait à son ex-épouse ne pouvait constituer un motif exceptionnel ou propre à le faire bénéficier d'une régularisation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en ce qu'il peut prétendre à une régularisation sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 7 décembre 1968 ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure et méconnait plus particulièrement le principe du contradictoire, en violation de l'article 24 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle comporte pour sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure et méconnait plus particulièrement le principe du contradictoire, en violation de l'article 24 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il justifie qu'un délai supérieur à un mois lui soit accordé pour quitter le territoire français ;
- elle est illégale en ce que le préfet s'est placé à tort dans un cas de compétence liée ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en raison de l'absence totale d'indication des risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- sauf à rapporter la preuve de ce que le requérant a déposé une demande d'aide juridictionnelle, la requête apparaît tardive et, comme telle, irrecevable ;
- le moyen selon lequel M. C se prévaut son état de santé pour solliciter sa régularisation est inopérant.
- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 avril 2022.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code des relations entre le public et l'administration.
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien entré irrégulièrement en France le 4 mars 2015, a sollicité le 18 septembre 2018 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étranger malade ". Par arrêté du 5 août 2019, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination. M. C a ensuite sollicité, le 10 février 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 2 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée à la requête :
2. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 23 février 2022, que M. C a déposé auprès de ce bureau une demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 26 août 2021, soit dans le délai de recours contentieux courant à l'encontre de l'arrêté du 2 août 2021 notifié le 7 août suivant. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut être accueillie.
Sur les conclusions de la requête :
3. Aux termes des stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 7 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Par ailleurs, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, entré en France en 2015, y a de nombreuses et importantes attaches familiales, puisqu'y résident régulièrement trois de ses cinq enfants, ainsi que ses quatre petits-enfants, tous de nationalité française. En outre, il ressort des pièces du dossier que son ex-conjointe, malade, s'est vu confier la garde de leur fille lorsqu'elle était encore mineure et il n'est pas contesté qu'après la majorité de celle-ci il a continué à accompagner son ex-épouse dans le suivi de la maladie grave et chronique dont elle est atteinte. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour attaquée doit être regardée comme ayant porté au droit du requérant au respect à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts de ce refus. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision de refus de titre de séjour attaquée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions prises sur son fondement à savoir, l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant un délai de trente jours pour un départ volontaire et la décision fixant l'Algérie comme pays de destination
5. Le motif d'annulation du présent jugement implique nécessairement, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. C un certificat de résidence valable un an et portant la mention " vie privée et familiale ", sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte dans un délai d'un mois.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Laspalles sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 2 août 2021 est annulé en toutes ses décisions.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. C un certificat de résidence valable un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Laspalles au titre des frais liés au litige, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Chalbos, conseillère,
Mme Jorda, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
L'assesseure la plus ancienne
C. CHALBOS
Le président-rapporteur,
D. ALa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
N°2105433
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026