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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106072

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106072

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBRANGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2021, M. B A D, représenté par Me Brangeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à titre subsidiaire, au seul titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Les décisions attaquées :

- sont entachées d'un défaut de motivation ;

- ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du contradictoire et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ayant estimé à tort que son projet n'était pas viable économiquement ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru à tort en situation de compétence liée pour refuser de lui accorder un délai de départ supérieur à trente jours ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A D, ressortissant marocain né le 18 septembre 1994, est entré en France le 23 août 2015 muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a bénéficié d'un droit au séjour afin d'y suivre des études jusqu'au 31 décembre 2019, puis il a obtenu une carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", délivrée le 22 novembre 2019 et renouvelée jusqu'au 12 octobre 2021. Le 13 juillet 2021, il a sollicité le renouvellement de son droit au séjour ainsi qu'un changement de statut au profit d'un titre " entrepreneur / profession libérale ", sur le fondement de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 septembre 2021, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les articles utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sur lesquels il se fonde, fait état d'éléments relatifs à l'identité de l'intéressé, à ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français et à sa situation familiale et personnelle. Il précise en outre, pour chacune des décisions attaquées, le ou les motifs ayant présidé à leur édiction. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit donc être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

4. Il résulte de la lettre même des dispositions précitées que M. A D ne peut utilement s'en prévaloir à l'encontre de la décision portant refus de séjour, laquelle fait suite à une demande présentée par lui. Il ne peut davantage utilement se prévaloir de ces dispositions à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que des décisions qui lui sont accessoires, dès lors qu'il ressort des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative oblige un étranger à quitter le territoire français.

5. En tout état de cause, l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'il pourra, en cas de refus, faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est également loisible, pendant l'instruction de sa demande, de faire valoir tout élément nouveau auprès des services préfectoraux. Le droit de l'intéressé d'être entendu est ainsi satisfait avant que n'intervienne la mesure d'éloignement. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A D aurait été privé de la possibilité de faire état d'éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de la décision en litige.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" est délivrée en application du 2° de l'article L. 422-10, l'intéressé justifiant de la création et du caractère viable d'une entreprise répondant à la condition énoncée au même 2° se voit délivrer, à l'issue de la période d'un an, la carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/ profession libérale" prévue à l'article L. 421-5 () ". Aux termes de l'article L. 421-5 du même code : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/ profession libérale" d'une durée maximale d'un an ".

7. Il résulte des dispositions précitées, lesquelles sont applicables aux ressortissants marocains dès lors que l'accord franco-marocain susvisé ne contient pas de stipulations relatives aux titres de séjour délivrés pour l'exercice d'une activité d'entrepreneur, que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui vient exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A D, titulaire d'un master de sciences, technologies, santé mention " énergie ", est inscrit depuis le 7 avril 2021 au registre des entreprises et des établissements en qualité d'auto-entrepreneur, afin de développer une activité de conseil en affaires et en gestion. Pour démontrer la viabilité économique de son projet, il produit un dossier de créateur d'entreprise accompagné d'une étude financière prévisionnelle sur trois ans, établie sans appui d'un expert-comptable. De telles prospections demeurent toutefois incertaines, et ne permettent donc pas de déterminer suffisamment la rémunération future du gérant, faute d'être assorties d'éléments concrets, tels qu'une étude de marché précise ou un carnet de clients potentiels. C'est donc sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a considéré que la viabilité économique du projet n'était pas assurée et a refusé, pour ce motif, de délivrer au requérant le titre de séjour prévu à l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A D, célibataire et sans enfant, se prévaut de son ancienneté sur le territoire français où il réside régulièrement depuis le 23 août 2015. Toutefois, sa durée de présence en France s'explique principalement par la poursuite de ses études, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait noué sur le territoire français des attaches particulièrement stables et intenses. S'il se prévaut de la présence en France de trois membres de sa famille, dont son frère, ainsi que de quelques amis, il ressort des pièces du dossier qu'une importante partie de sa famille réside en Belgique ainsi qu'au Maroc, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, et en dépit de son projet de création d'entreprise, lequel est récent et pourrait être poursuivi dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A D. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc, en tout état de cause, être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour pour demander l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de celle fixant le délai de départ volontaire.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

15. D'une part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne, qui a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A D, ne s'est pas estimé en situation de compétence liée pour fixer le délai de départ accordé à ce dernier pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de droit doivent donc être écartés.

16. D'autre part, M. A D ne fait état d'aucune circonstance particulière et propre à sa situation personnelle qui aurait justifié que le préfet de la Haute-Garonne lui accorde un délai de départ volontaire supérieur au délai de droit commun. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant à trente jours le délai pour exécuter la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.

17. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A D doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à Me Brangeon et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Chalbos, conseillère,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

C. C

Le président,

D. KATZLa greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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