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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106691

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106691

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBRANGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2021, M. F A, représenté par Me Brangeon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2021 par lequel le préfet du Gers lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au profit de son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il doit être regardé comme soutenant que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'une insuffisance de motivation en fait ;

- est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation personnelle et familiale ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6 § 2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatives au certificat de résidence portant la mention vie privée et familiale en qualité de conjoint de ressortissant français ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale à raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- est entachée d'un vice de procédure tenant à la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- est dépourvue de base légale ;

- est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit tenant à ce que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en tant que le préfet ne lui a pas accordé un délai de départ supérieur à un mois ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application du 19 juin 1990 de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 entre les gouvernements des Etats de l'Union économique Benelux, de la République fédérale d'Allemagne et de la République française relatif à la suppression graduelle des contrôles aux frontières communes ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A, né le 27 novembre 1994 à Mostaganem (Algérie), de nationalité algérienne, est entré en France, selon ses déclarations, le 10 janvier 2013 en provenance d'Espagne, sans être muni d'un visa ni titulaire d'un droit au séjour dans un Etat membre de l'Union européenne. Il a sollicité pour la première fois le 10 mai 2018 son admission au séjour auprès du préfet de la Haute-Garonne, qui a pris le 9 août 2019 à son encontre une décision de refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 25 juin 2020. Le 26 mars 2021, il a sollicité à nouveau son admission au séjour auprès du préfet du Gers en qualité de conjoint de ressortissante française sur le fondement de l'article 6 § 2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, à raison de son mariage le 13 février 2021 à Toulouse avec Mme D E, ressortissante française née le 28 septembre 1995. Par un arrêté du 19 octobre 2021, le préfet du Gers lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article 6 § 2 de l'accord franco-algérien, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, aux motifs qu'il ne remplissait pas la condition d'entrée régulière sur le territoire français exigée par l'article 6 § 2, que, compte tenu notamment de son absence de travail, de ressources et de logement personnel, il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, qu'il ne faisait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'il n'établissait pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Algérie. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse en date du 10 mai 2022, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet et il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, si M. A soutient que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées, notamment en fait, il ressort de la motivation décrite au point 1 que l'arrêté attaque´ comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de titre de séjour, ainsi que celles qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, pris en ses différentes décisions, doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, la motivation de l'arrêté litigieux décrite au point 1 ne révèle pas que les décisions portant refus de titre de séjour et fixation du délai de départ volontaire et du pays de destination n'auraient pas été précédées d'un examen particulier de la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance du titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes du § 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière () ".

6. M. A soutient que le préfet du Gers a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard des stipulations précitées de l'article 6 § 2 de l'accord franco-algérien en estimant qu'il ne remplissait pas la condition d'entrée régulière sur le territoire français, au motif qu'il disposait selon lui d'un droit au séjour en Espagne, Etat membre de l'Union européenne, au moment de son entrée en France le 10 janvier 2013. Toutefois, s'il est constant que le requérant est entré en France en provenance d'Espagne à une date indéterminée au cours du premier semestre 2013, non seulement sa seule présence en Espagne au cours de l'année 2012 ne saurait suffire à justifier de son droit au séjour dans ce pays à la date de son entrée en France mais, en tout état de cause, il n'établit ni même n'allègue avoir effectué, à son arrivée sur le territoire national, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Ainsi, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que le préfet du Gers a estimé qu'il ne remplissait pas la condition d'entrée régulière en France exigée pour le bénéfice d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de ressortissante française.

7. En second lieu, aux termes du § 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

8. A supposer que M. A soit présent de manière continue sur le territoire national depuis son entrée en France au cours du premier semestre 2013, il est constant que son mariage avec une ressortissante française n'est antérieur que de huit mois à la décision de refus de séjour, qu'âgé de vingt-sept ans à la date de ladite décision, il ne justifie ni de ressources ni d'un logement personnel, étant hébergé par sa compagne, et, si ses parents et sa sœur sont présents en France, il ressort des pièces du dossier qu'ils y demeurent en situation irrégulière. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, le requérant, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de titre de séjour, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable, doit être écarté dès lors que le requérant n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations avant que ne soit prise la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En troisième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet du Gers doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, le requérant, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

13. En deuxième lieu, la motivation de l'arrêté litigieux décrite au point 1 ne révèle pas que le préfet du Gers se serait cru en situation de compétence liée pour refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

14. En troisième et dernier lieu, dès lors que M. A ne fait état d'aucune circonstance familiale ou professionnelle particulière de nature à justifier que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Gers du 19 octobre 2021. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, au préfet du Gers et à Me Brangeon.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

J-C. C

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Gers, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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