mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106901 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | COHEN-TAPIA |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 novembre 2021 et le 21 janvier 2022 sous le n° 2106901, M. D C, représenté par Me Cohen-Tapia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les droits de plaidoirie prévus par l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale.
M. C soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- la décision de refus de séjour et la décision l'obligeant à quitter le territoire français ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure des présenter des observations préalablement à leur édiction ;
- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il n'était pas soumis à l'obligation de détention d'un visa de long séjour ;
- la décision de refus de séjour viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 janvier 2022 et le 4 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2021 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient avoir procédé à l'abrogation de l'arrêté attaqué.
Vu les autres pièces du dossier.
II. Par une requête enregistrée le 1er août 2022 sous le n° 2204422, M. D C, représenté par Me Cohen-Tapia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les droits de plaidoirie prévus par l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale.
M. C soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée, sa demande de communication des motifs étant restée sans réponse ;
- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ;
- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2106901 et 2204422 présentées pour M. C sont relatives à la situation du même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. C, ressortissant tunisien né le 8 septembre 1986, a sollicité le 25 mai 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français, par suite de son mariage le 27 mars 2021 à Toulouse avec Mme B. Par sa requête enregistrée sous le n° 2106901, il demande l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination. Par sa requête enregistrée sous le n° 2204422, il demande l'annulation de la décision implicite rejetant sa demande de titre de séjour présentée le 3 février 2022.
Sur l'exception de non-lieu opposée par le préfet de la Haute-Garonne dans la requête n° 2106901 :
3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
4. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 14 janvier 2022, postérieur à l'enregistrement de la requête, le préfet de la Haute-Garonne a abrogé l'arrêté du 29 octobre 2021 pris à l'encontre de M. C. Le requérant a eu connaissance de cette mesure au plus tard le 21 janvier 2022, date à laquelle son conseil a présenté un mémoire indiquant qu'il n'entendait pas se désister de sa requête. L'arrêté du 14 janvier 2022 a acquis un caractère définitif à défaut d'avoir été contesté par le requérant dans le délai de recours contentieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2021 sont désormais dépourvues d'objet. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ces conclusions ni, par voie de conséquence, sur les conclusions accessoires à fin d'injonction. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet de la Haute-Garonne doit être accueillie.
Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a accusé réception le 3 février 2022 de la nouvelle demande de titre de séjour présentée par M. C. Si le préfet de la Haute-Garonne fait valoir que l'instruction de la demande du requérant est toujours en cours, du fait de la saisine de la commission du titre de séjour, il ne peut être regardé comme s'étant prononcé sur la demande de titre de séjour, ni comme ayant interrompu le délai de formation d'une décision implicite de rejet, laquelle est née en l'espèce le 4 juin 2022.
7. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a sollicité par une lettre adressée par son conseil le 9 juin 2022 au préfet de la Haute-Garonne, la communication des motifs de la décision implicite de rejet née le 4 juin 2022. Le préfet n'ayant pas répondu dans le délai d'un mois à cette demande qu'il a reçue le 13 juin 2022, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, pour ce motif, la décision du préfet de la Haute-Garonne née le 4 juin 2022 et rejetant implicitement la demande de titre de séjour de M. C doit être annulée. En revanche, les autres moyens de la requête ne sont pas de nature à entraîner l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
11. Le présent jugement, qui annule la décision attaquée née le 4 juin 2022, eu égard au motif de cette annulation, et dès lors que les autres moyens de la requête ne sont pas de nature à entraîner une telle annulation comme il vient d'être dit, n'implique pas nécessairement que le préfet de la Haute-Garonne délivre un titre de séjour à M. C, mais seulement qu'il procède au réexamen de sa demande. Par conséquent, il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la demande de M. C dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. D'une part, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce et en tout état de cause, de rejeter les conclusions de M. C tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
13. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article R. 652-27 du code de la sécurité sociale que le droit de plaidoirie est dû à l'avocat pour chaque plaidoirie faite aux audiences et qu'à défaut de plaidoirie, est considéré comme ayant plaidé l'avocat représentant la partie à l'audience. Toutefois, M. C, qui n'a pas été représenté à l'audience, n'est pas fondé à demander l'allocation d'une somme de 13 euros au titre du droit de plaidoirie.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête n° 2106901.
Article 2 : La décision du préfet de la Haute-Garonne née le 4 juin 2022 rejetant implicitement la demande de titre de séjour de M. C est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la demande de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.
La présidente-rapporteure,
F. A
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU La greffière,
M. E
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026