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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107484

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107484

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 décembre 2021 et le 17 novembre 2022, Mme G F, représentée par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2021 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invitée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou de réexaminer sa situation, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la préfète de l'Ariège la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de saisine par la préfète de l'Ariège de la commission du titre de séjour prévue par les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante camerounaise, est entrée en France selon ses déclarations le 23 avril 2015. Par sa requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2021 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invitée à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ;() ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 435-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondée la préfète de l'Ariège, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de la requérante au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables. Si Mme F se prévaut de ce que la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'a pas été visée dans l'arrêté attaqué, cette circonstance est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation et n'établit pas que l'intérêt supérieur de ses enfants n'aurait pas été pris en compte par la préfète. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l'arrêté attaqué, que la préfète de l'Ariège se serait abstenue de procéder à un examen sérieux et personnalisé de la situation personnelle et familiale de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. " Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.

7. Pour justifier sa décision de refuser de délivrer un titre de séjour à Mme F, la préfète de l'Ariège a retenu que la requérante ne fournit aucun justificatif permettant d'établir l'effectivité de la contribution de M. E à l'éducation et à l'entretien de son enfant depuis au moins deux ans. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme F, de nationalité camerounaise, est la mère d'un enfant mineur née le 29 avril 2008 de nationalité camerounaise et résidant au Cameroun, d'un enfant de nationalité française né le 28 novembre 2018 de sa relation avec M. E, et attend un enfant de sa relation avec M. D, de nationalité française. Si Mme F fournit à l'appui de sa demande, s'agissant de l'enfant A E, dont la filiation a été établie par reconnaissance le 5 juillet 2018, sept tickets de caisse non nominatifs et quatre factures, et indique, par une attestation du 13 novembre 2022, que M. E, incarcéré depuis 18 mois, ne participe plus à l'éducation de son fils, ces seuls éléments, à défaut notamment de production d'une décision de justice relative à la contribution et à l'entretien de l'enfant, ne suffisent pas à justifier que M. E contribue à l'éducation et à l'entretien de son fils depuis au moins deux ans. Mme F se prévaut également de la naissance de sa fille B née le 18 décembre 2021 de sa relation avec M. D et dont la filiation a été établie par reconnaissance le 6 août 2021. Cependant, ces évènements, postérieurs à l'arrêté attaqué, ne peuvent être pris en compte dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir. Dans ces conditions, en refusant d'accorder le titre de séjour sollicité, la préfète de l'Ariège n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

9. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 7 du présent jugement, Mme F ne remplit pas l'ensemble des conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, fondement sur lequel elle a présenté une demande de titre séjour. Dès lors, la préfète de l'Ariège n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure par suite de l'absence de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

11. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels.

12. Les circonstances dont se prévaut Mme F, tirées de sa durée de présence en France, du fait qu'elle est mère d'un enfant français dont elle assume l'entretien et l'éducation, et de sa relation avec un ressortissant français dont elle attend un enfant, n'établissent pas une considération humanitaire ou un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

14. Si Mme F invoque la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a toutefois formulé aucune demande de titre de séjour sur ce fondement. En tout état de cause, si elle se prévaut de sa durée de présence en France et du fait que son enfant A E, elle n'établit pas qu'à la date de la décision attaquée, le père de cet enfant contribuait à son entretien et à son éducation et elle ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière. Mme F, qui n'est par ailleurs pas isolée au Cameroun où elle a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où vit sa fille aînée, ne peut utilement se prévaloir de la naissance d'un autre enfant issu de sa relation avec un ressortissant français, ces circonstances étant postérieures à la décision attaquée. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

15. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

16. Pour les motifs énoncés précédemment, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme F, et alors que la requérante ne justifie pas, à la date de la décision attaquée, de l'existence d'un lien entre son enfant A et le père de ce dernier, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme F tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Les conclusions à fin d'annulation de Mme F étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à la requérante de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G F, à Me Kosseva-Venzal et à la préfète de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La rapporteure,

N. C

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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