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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200436

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200436

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDE GERANDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 26 janvier, 23 août 2022 et 25 avril 2023, la société à responsabilité limitée Electricité A, représentée par M. B A, gérant, ayant pour avocat Me De Gerando, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 9 août 2021 relatif à la redevance domaniale de la centrale hydroélectrique du Foulon pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021, d'un montant de 27 590 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours formé le 28 septembre 2021 et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de perception est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnait le principe de non rétroactivité ;

- il méconnait le principe d'égalité de traitement des usiniers ;

- il méconnait le droit fondé en titre qui lui a été accordé ;

- la redevance réclamée n'est pas fondée, dès lors qu'aucune décision règlementaire ne lui est opposable ;

- l'administration refuse de lui communiquer le calcul des redevances appliquées au Syndical Mixte de l'Eau et de l'Assainissement Réseau (SMEA) 31 et à la Régie municipale d'électricité de la Commune de Miramont de Comminges ; ces données ne sont pas couvertes par le secret des affaires ;

- elle n'occupe pas le domaine public fluvial ; elle est propriétaire du canal d'amenée d'eau ; l'administration ne démontre pas que les berges sont ennoyées sur 800 ml alors que le titre de perception fait référence seulement à 500 ml ; la surface occupée de 355 m2 indiquée sur le titre de perception a été fixée à 1407 m2 pour le seuil et à 149 m2 pour la passe à poissons, par une décision unilatérale de l'administration ;

- les montants de la redevance sont disproportionnés par rapport aux avantages retirés de cette prétendue occupation du domaine public fluvial.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le directeur régional des finances publique d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit ordonné à la société requérante la reprise de l'exécution de l'autorisation d'occupation temporaire impliquant le paiement immédiat de la totalité de la redevance.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un courrier en date du 14 janvier 2025, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions du directeur régional des finances publique d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne tendant à ordonner à la société requérante de procéder au paiement immédiat de la totalité de la redevance en application du principe selon lequel une administration est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soddu ;

- les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique ;

- et les observations de Me De Gerando, représentant la SARL Electricité des A.

Une note en délibéré présentée par la SARL Electricité des A a été enregistrée le 27 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée Electricité A, dont M. B A est le gérant, a été autorisée, par un arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 2 octobre 2013 portant règlement d'eau pour l'utilisation de la rivière Garonne, à disposer de l'énergie de la Garonne pour la mise en service de l'usine hydroélectrique Foulon sur la commune de Saint-Martory (31 360), pour une durée de quarante ans. Par sa requête, la société requérante doit être regardée comme demandant au tribunal, d'annuler le titre de perception émis le 9 août 2021 relatif à la redevance domaniale de la centrale hydroélectrique du Foulon pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021, d'un montant de 27 590 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours formé le 28 septembre 2021, et de la décharger de l'obligation de payer cette somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre de perception :

2. D'une part, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, applicable aussi bien aux créances de l'Etat qu'à celles des autres personnes publiques : " () les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral () / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ".

3. Il résulte de ces dispositions que tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

4. Il résulte de l'instruction que le titre de perception émis le 9 août 2021 par le comptable spécialisé du domaine mentionne comme objet " redevance domaniale ", précise la période concernée, et indique qu'il a été émis en application de l'autorisation d'occupation temporaire du 2 octobre 2013 au titre de la centrale hydroélectrique du Foulon située au lieu-dit Le Foulon sur la commune de Saint-Martory (31 360), laquelle ne prévoit pas au demeurant les modalités de calcul de cette redevance. Par ailleurs, il mentionne le montant total de la somme réclamée, ainsi que le détail du calcul, notamment le nombre de m2 et de ml, et le prix par unité. Toutefois, les éléments de calcul indiqués sont erronés, dès lors que le montant de la redevance annuelle fixée à 5 518 euros et à 27 590 euros sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021, ne correspond pas à la somme de la surface occupée et des berges ennoyées multipliées par leur valeur locative respective, et que cette redevance ne prend pas en compte le droit en titre de la société requérante, comme le reconnait l'administration en défense. En effet, il résulte de l'instruction que le montant de la redevance a été calculé en retenant une part fixe de 1 258 euros fondée sur l'énergie produite, et une part variable de 4 260 euros assise sur la surface occupée de 355 m2, l'administration ayant, au demeurant, omis d'inclure le montant de la redevance liées aux berges ennoyées. En outre, il résulte de l'instruction que les mesurages de la surface occupée et des berges ennoyées ont été réévalués par la direction départementale des territoires de Haute-Garonne et que le montant de la redevance a, en conséquence, été réhaussé à 41 797 euros sur cette même période. Cette réévaluation a fait l'objet d'un avis de régularisation du 11 août 2021, non contesté dans la présente instance, venant en complément de l'avis de régularisation du 10 décembre 2020, qui a donné lieu à l'émission du titre de perception attaqué. Toutefois, cette réévaluation n'est pas calculée sur le même fondement que celle du titre de perception attaqué, dès lors qu'elle prend en compte dans le calcul, une part fixe assise sur la puissance de la force motrice sans déduction du droit fondé en titre de la requérante, et d'autre part, une part variable calculée non pas sur l'occupation réelle du domaine public fluvial, comme indiqué sur le titre de perception attaqué, mais sur le taux plafond de 3% du chiffres d'affaires, plus favorable à la société requérante. Dans ces conditions, et alors que ce titre ne fait aucune référence précise et expresse à un document annexé ou précédemment adressé à la société requérante, cette dernière est fondée à soutenir que le titre de perception en litige ne lui permettait pas de connaître, de manière suffisamment précise, les bases de la liquidation et les éléments de calcul sur lesquels la direction générale des finances publiques de la région d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne s'est fondée pour déterminer le montant de la redevance réclamée. Par suite, le moyen sus analysé doit être accueilli.

5. D'autre part, en ce qui concerne le droit fondé en titre mentionné à l'article 1er de l'arrêté préfectoral du 2 octobre 2013, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que le service a omis de prendre dans le calcul de la redevance du domaine public fluvial, le montant du droit fondé en titre. Par suite, ce moyen doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, que le titre de perception du 9 août 2021 et la décision implicite de rejet de son recours formé le 28 septembre 2021 doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :

7. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.

8. Eu égard aux motifs d'annulation exposés ci-dessus, et alors qu'aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible d'être accueilli, la société requérante est seulement fondée à demander la décharge du montant du droit fondé en titre non pris en compte dans le calcul de la redevance du domaine public fluvial. Par suite, ses conclusions à fin de décharge ne peuvent être accueillies qu'à concurrence de ce montant.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Les conclusions à fin d'injonction, présentées en défense par le directeur régional des finances publique d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne, tendant à ordonner à la société requérante de procéder au paiement immédiat de la totalité de la redevance sont irrecevables en application du principe selon lequel une administration est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL Electricité A et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : Le titre de perception émis le 9 août 2021 et la décision implicite de rejet du recours formé le 28 septembre 2021 sont annulés.

Article 2 : La société Electricité A est déchargée de l'obligation de payer la somme correspondant à la prise en compte du droit fondé en titre.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la SARL Electricité A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions à fin d'injonction présentées par le directeur régional des finances publique d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Electricité A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publique d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Mérard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

La rapporteure,

N. SODDU

La présidente,

S. CAROTENUTO La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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