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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200558

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200558

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCOHEN-TAPIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2022, Mme C A, agissant en qualité de représentante légale de sa fille B A, représentée par Me Cohen-Tapia, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a implicitement rejeté la demande de document de circulation formée par Mme A au bénéfice de sa fille mineure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un document de circulation pour étranger mineur sans délai à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le remboursement des droits de plaidoirie prévus par l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'annexe 10, point 63 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au non-lieu à statuer sur la requête ainsi qu'au rejet de cette requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que la demande de Mme A a été explicitement rejetée par une décision du 15 novembre 2021 ;

- pour le surplus, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 28 juin 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Pétri.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne, a sollicité, le 9 août 2021, la délivrance d'un document de circulation pour mineur au bénéfice de son enfant B née le 13 août 2006. Par une décision du 15 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a opposé un refus à cette demande. Par un courrier réceptionné par la préfecture de la Haute-Garonne le 6 janvier 2022, Mme A a sollicité la communication des motifs de la décision portant rejet de cette demande. En réponse, la décision du 15 novembre 2021 lui a été renvoyée. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision de rejet de sa demande de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur.

Sur l'exception de non-lieu à statuer et l'étendue du litige :

2. Le préfet de la Haute-Garonne oppose en défense une exception de non-lieu à statuer tirée de ce que les conclusions à fin d'annulation sont dépourvues d'objet dès lors qu'il a rejeté de manière explicite la demande de M. A et qu'aucune décision implicite de rejet n'est née du silence gardé par l'administration. Il ressort en effet des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a explicitement rejeté la demande de document de circulation pour étranger mineur formée par Mme A au bénéfice de sa fille par une décision du 15 novembre 2021. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'intéressée a formé une demande de communication de motifs par un courrier réceptionné par le préfet de la Haute-Garonne le 6 janvier 2022. Si elle sollicite par ailleurs, dans la présente requête, l'annulation d'une décision implicite de rejet, ses conclusions doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite de rejet prise le 15 novembre 2021. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : / 1° Dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ; () ".

4. Il ressort des pièces transmises par Mme A au préfet de la Haute-Garonne au soutien de sa demande de document de circulation pour étranger mineur qu'elle bénéficiait, à la date de la décision attaquée, d'une carte de résident valable jusqu'en 2028. Il ressort en outre des pièces du dossier, et il n'est au demeurant pas contesté, que Mme A justifie que sa fille B réside avec elle en France, dès lors qu'elle produit notamment un contrat de bail à son nom, une attestation d'hébergement dans laquelle elle indique que B réside avec elle à une adresse située à Toulouse, correspondant à celle indiquée sur le bail, un certificat de scolarité attestant que B est scolarisée en France au titre de l'année scolaire 2020-2021, ou encore une attestation de droits à l'assurance maladie valable du 11 janvier 2021 au 10 janvier 2022 au nom des requérantes. Dans ces conditions et dès lors que la fille de Mme A remplit les conditions posées par les dispositions citées au point 3, le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de droit en refusant de lui délivrer un document de circulation pour étranger mineur.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de l'enfant B A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, le paiement à Me Cohen-Tapia de la somme de 1 200 euros, sous réserve pour l'intéressée de renoncer au bénéfice de la contribution de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

8. En revanche, les conclusions de Mme A tendant au remboursement des droits de plaidoirie ne peuvent qu'être rejetées, faute pour ces frais de figurer dans la liste limitative des dépens telle qu'elle résulte de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer un document de circulation pour étranger au mineur au bénéfice de B A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cohen-Tapia la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cohen-Tapia renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D agissant en qualité de représentante légale de sa fille B A, à Me Cohen-Tapia et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTO

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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