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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201033

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201033

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCOHEN-TAPIA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 23 février 2022 sous le numéro 2201033, Mme E B, épouse A G, représentée par Me Cohen-Tapia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Cohen-Tapia de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle et, en cas de refus de l'aide juridictionnelle, directement au requérant sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat à lui rembourser les droits de plaidoirie prévus par l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022 sous le numéro 2201444, Mme E B, épouse A G, représentée par Me Cohen-Tapia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mars 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Cohen-Tapia de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle et, en cas de refus de l'aide juridictionnelle, directement au requérant sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat à lui rembourser les droits de plaidoirie prévus par l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un vice de forme en raison de l'absence de procédure contradictoire ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions des 5 juillet et 27 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hecht a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne née le 9 février 1983, est entrée en France le 31 août 2017 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa court séjour valable du 26 juillet 2017 au 21 août 2018. Le 7 septembre 2021, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, en faisant notamment valoir la présence régulière de son époux ainsi que de l'enfant mineur de ce dernier. Une décision implicite de rejet est née le 7 janvier 2022. Le 23 février 2022, elle a demandé l'annulation de cette décision implicite, par une requête enregistrée sous le n° 2201033. Le 2 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne a expressément refusé de lui délivrer le titre demandé. Le 14 mars 2022, par une seconde requête, enregistrée sous le n° 2201444, Mme B a demandé l'annulation de cette décision expresse.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. En l'espèce, ainsi qu'il a été exposé, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme B par une décision expresse en date du 14 mars 2022. Par suite, il y a lieu de regarder les conclusions de la requête demandant l'annulation de la décision implicite de rejet du préfet, enregistrée sous le n° 2201033, comme dirigées contre la décision expresse de rejet postérieure qui s'y est substituée.

Sur la jonction :

3. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2201033 et 2201444, présentées par la même requérante, sont dirigées contre la même décision de refus de titre de séjour, ainsi qu'il vient d'être exposé. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. Il résulte des termes mêmes de la décision en litige qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. "

7. La procédure contradictoire prévue par ces dispositions n'est pas applicable aux décisions statuant sur une demande. Ainsi, Mme B ne peut utilement les invoquer à l'encontre de la décision rejetant sa demande de titre de séjour pour soutenir qu'elle serait irrégulière. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas même allégué, que Mme B aurait vainement sollicité un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle aurait été empêchée, lors du dépôt et au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour, de faire valoir auprès de l'administration tous les éléments jugés utiles à la compréhension de sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

10. Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En outre, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation au titre de la vie privée et familiale.

11. Premièrement, si Mme B soutient qu'elle résiderait en France depuis son arrivée le 31 août 2017, soit 4 ans et 7 mois avant la décision attaquée, toutefois elle ne saurait établir la réalité de sa présence sur le territoire national depuis cette date par les seuls témoignages versés au dossier. En tout état de cause, à la supposer même établie, sa présence en France serait irrégulière depuis le 21 août 2018, date de fin de validité de son visa de court séjour. Deuxièmement, Mme B se prévaut de sa situation familiale en faisant valoir qu'elle est mariée depuis le 17 août 2017 avec M. H A G, ressortissant tunisien bénéficiant d'un droit au séjour en France jusqu'en 2028, lequel est le père d'un enfant français, C El G, dont il a la garde, et dont la mère, française, réside en France. Toutefois, outre que Mme B ne saurait établir la réalité de sa communauté de vie avec son époux par les seuls témoignages du jeune C et de la mère de ce dernier, il ressort des pièces du dossier qu'elle a vécu en Tunisie jusqu'à ses 34 ans, où résident encore au moins ses parents. Troisièmement, si Mme B soutient qu'elle ne peut s'éloigner de son mari dès lors qu'elle suit un traitement contre la stérilité, toutefois elle ne le démontre pas en versant au dossier les certificats médicaux du Dr D du 3 août 2021 et du Dr F du 8 janvier 2022, peu circonstanciés et qui ne mentionnent pas l'éventualité d'une fécondation in vitro à court-terme, et alors qu'en tout état de cause la décision attaquée n'a pas pour effet de faire obstacle à la poursuite de ce traitement médical. Par suite, Mme B n'est fondée ni à soutenir que la procédure de regroupement familial ne serait pas adaptée à sa situation, ni que le préfet de la Haute-Garonne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, ni même qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne en date du 2 mars 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de même que celles présentées en application de l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale, au demeurant inapplicables devant la juridiction administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes présentées par Mme B, épouse A G, sous les numéros 2201033 et 2201444 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, épouse G, et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.

Le rapporteur,

S. HECHT

Le président,

T. SORIN La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

2, 2201444

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