jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201122 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2022, M. C E, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 27 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'introduction en France au titre du regroupement familial de son épouse Mme G B ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à l'épouse du requérant un visa lui permettant d'entrer en France au titre du regroupement familial, dans un délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 800 euros au profit de son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2, de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée de la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tenant au défaut d'examen effectif de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa condamnation, le 9 avril 2015 par le tribunal correctionnel de Toulouse à une peine de cinq ans d'emprisonnement dont un an avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant trois ans, présente un caractère ancien ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant, au sens de l'article 3 § 1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant tunisien né le 14 octobre 1965, titulaire d'un certificat de résidence d'une validité de dix ans, s'est marié le 12 mai 2018 avec Mme G B, compatriote, née le 25 décembre 1997. L'intéressé a sollicité le 6 décembre 2018 l'introduction en France de son épouse au titre du regroupement familial. Le 14 octobre 2019, une décision de refus lui a été opposée par le préfet de la Haute-Garonne sur le fondement des dispositions alors applicables de l'article L. 411-5 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 26 novembre 2019, M. E a présenté une nouvelle demande d'introduction en France de son épouse au titre du regroupement familial. Par une décision en date du 27 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne lui a opposé un nouveau refus. Par la présente requête, M. E sollicite l'annulation de cette dernière décision lui refusant le regroupement familial au profit de son épouse.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 5 juillet 2022. Par suite, les conclusions du requérant tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 21 septembre 2021 publié le même jour au recueil n° 31-2021-325 des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme H D, directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer les décisions en matière de police des étrangers notamment relatives au regroupement familial. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, et alors que le caractère suffisant de la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, la décision attaquée comporte un exposé suffisamment précis des circonstances de fait et de droit sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser de faire droit à la demande d'autorisation de regroupement familial dont il était saisi et se trouve par suite suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ainsi qu'il vient d'être dit, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen sérieux et personnalisé de la situation du requérant.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " La décision attaquée a été prise à la suite de la demande formulée par M. E. Par suite, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / () 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. "
8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a refusé la demande de regroupement familial présentée par M. E sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'absence de conformité aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil, au motif qu'il avait été condamné à une peine de cinq ans d'emprisonnement dont un an avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant trois ans, exécutée par le requérant le 15 octobre 2016, par un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse en date du 9 avril 2015 pour des faits d'agression sexuelle commis du 1er janvier 2009 au 19 septembre 2013, soit pendant plus de quatre ans et demi, sur un mineur de quinze ans par une personne ayant autorité sur la victime, à savoir la belle-fille de l'intéressé, âgée de moins de dix ans au début des faits. Si M. E fait valoir l'ancienneté des faits reprochés, compte tenu de leur particulière gravité et dès lors qu'ils ont été commis pendant plus de quatre ans, la circonstance qu'ils soient antérieurs de plus de huit ans à la décision attaquée est, en l'espèce, sans incidence sur l'appréciation faite par le préfet d'autant qu'il n'est pas contesté que l'intéressé s'est depuis lors fait à nouveau connaître défavorablement des services de police et de justice. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet de la Haute-Garonne au regard des dispositions précitées du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que M. E ne pouvait être regardé comme se conformant aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, doit être écarté.
9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
10. Il ressort des pièces du dossier que M. E a épousé Mme B en Tunisie le 12 mai 2018 et qu'ils sont parents d'un enfant, né le 1er mars 2021 en Tunisie. Il ressort également des pièces du dossier que les époux ont toujours vécu séparés. Si M. E fait valoir, en produisant des certificats médicaux, en tout état de cause postérieurs à la décision contestée, que son état de santé nécessite que son épouse le rejoigne pour l'aider dans les actes du quotidien, il ne le démontre pas, alors qu'au demeurant, il ressort de la décision de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), en date du 7 octobre 2021 que son autonomie est conservée pour les actes élémentaires du quotidien. Par ailleurs, M. E n'établit pas l'impossibilité de se rendre en Tunisie pour voir son épouse et son enfant. Dans ces conditions et compte tenu de la gravité des faits en cause, les moyens tirés de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant, de l'atteinte disproportionnée au droit de M. E au respect de de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation de l'intéressé doivent être écartés, en toute hypothèse. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision du 27 janvier 2022 du préfet de la Haute-Garonne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. E tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 8 mars 2023 à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le président-rapporteur,
T. A
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. HECHT
La greffière,
M. F La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026