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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202981

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202981

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2022, M. D C, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 26 mai 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois et fixation du pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui accorder sans délai une autorisation provisoire de séjour au titre de la vie privée et familiale, a minima jusqu'à la réponse des autorités asilaires aux demandes d'asile de sa compagne et de son fils ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le Système d'Information Schengen sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 300 euros à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'aide juridictionnelle, mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme sur le fondement des dispositions du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux dès lors que l'autorité préfectorale a ignoré les éléments importants de son séjour, notamment la circonstance que sa compagne et son fils sont en cours de demande d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'autorité préfectorale a édicté la décision en litige sans attendre le résultat de la procédure de demande d'asile de sa compagne et de son fils ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 et l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'intérêt supérieur de son enfant n'ayant pas été pris en considération ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale.

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de la présence sur le territoire français de sa famille, en cours de demande d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 et l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 20 novembre 1989

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Cazanave, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que les demandes d'asile de la compagne du requérant et de son enfant ne sont pas concomitantes de celle du requérant, que la mise à exécution de la décision attaquée entraînera donc la séparation du requérant, de sa compagne et de leur enfant, que cette mesure n'était pas nécessaire en l'état,

- et les observations de M. C, assisté de M. F, interprète en langue anglaise, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, né le 26 octobre 1998 à Benin City (Nigéria), de nationalité nigériane, déclare être entré sur le territoire français en janvier 2017. Il a sollicité l'asile le 29 janvier 2018. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 28 mai 2018. Ce rejet a été confirmé par décision du 8 avril 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 26 mai 2022, M. C a été interpellé par les services de police pour vérification du droit de circulation ou de séjour. Le même jour le préfet de la Haute-Garonne a pris à son encontre un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de la mesure et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Par sa présente requête M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Il ne ressort pas des termes des décisions attaquées, qui mentionnent l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. M. C soutient qu'il vit en couple avec une compatriote, Mme B, qu'ils sont les parents d'un jeune garçon, Derrick Dickson E né le 16 octobre 2019 à Toulouse, que la famille vit habituellement sous le même toit et enfin que Mme B et leur fils sont toujours en cours de procédure de demande d'asile. Toutefois, le requérant ne justifie pas par la production d'un avis d'imposition établi à son seul nom mentionnant qu'il est hébergé au centre communal d'action sociale situé rue d'Antipoul à Toulouse la réalité de la communauté de vie avec Mme B et leur enfant, alors que les attestations de demande d'asile délivrées à ceux-ci indiquent une adresse au 28 rue de l'Aiguette à Toulouse et que Mme B s'est déclarée, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, célibataire. Il ne démontre pas davantage qu'il participerait à l'entretien et l'éducation de son enfant. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France ni qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident sa mère ainsi que les membres de sa fratrie. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3.1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ", et aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " () / 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, en l'absence de participation à l'entretien du jeune G E, l'intérêt supérieur de cet enfant n'a pas été méconnu et le moyen invoqué à ce titre ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

8. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5 du présent jugement, la décision interdisant M. C de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

11. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 5 et 7 du présent jugement, la décision attaquée, ne méconnaît pas l'article 3.1 de la convention relative aux droits de l'enfant et l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 26 mai 2022.

Sur les conclusions accessoires :

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Cazanave et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

F. ALa greffière,

S. EL HANDOUZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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