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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203388

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203388

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL LUDOVIC RIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juin 2022 et 24 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 novembre 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 2 500 euros à son conseil, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Les décisions attaquées :

- sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;

La décision portant refus d'admission au séjour :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale ;

La décision portant fixation du pays de renvoi :

- est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 17 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er février 2023 à 12 h 00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant angolais, né le 16 juillet 1988 à Luanda (Angola), a déclaré être entré en France le 22 janvier 2015 sous couvert de son passeport et d'un visa C de quatre-vingt-dix jours Schengen et a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 7 décembre 2015. Le 19 avril 2016, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande et, le 17 août 2016, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet. Le 7 mars 2019, l'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au vu de son insertion professionnelle et a fait l'objet, le 22 juin 2020, d'un arrêté portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français. Le 30 septembre 2021, M. B a de nouveau sollicité son admission au séjour en qualité de " travailleur temporaire " sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 435-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 novembre 2021, la préfète du Tarn a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, aux motifs qu'il ne justifierait pas d'une expérience certaine en intérim, ni de qualification particulière dans le métier qu'il entend occuper, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, que ni sa présence en France depuis six ans, ni ses missions d'intérim ne constituent de motifs exceptionnels ou humanitaires pour obtenir un droit au séjour, qu'il n'apporte pas d'élément permettant d'apprécier des liens personnels et familiaux d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français, qu'il est célibataire et sans enfant, qu'il a tenté d'obtenir des prestations sociales indûment, que dans ces conditions il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il n'établit pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour en Angola. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté en date du 13 août 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture du Tarn, la préfète de ce département a donné délégation à M. Michel Laborie, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les arrêtés pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Et aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. () ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, en principe, comme attestant, par là même, des motifs exceptionnels exigés par la loi.

5. Pour refuser d'admettre l'intéressé au séjour sur le fondement des dispositions précitées, la préfète du Tarn s'est fondée, sur le fait que M. B ne justifie pas d'une expérience certaine en intérim et sur l'absence de qualification particulière du requérant dans le métier qu'il entend occuper. Pour contester cette appréciation, M. B soutient que son parcours d'intégration est manifeste compte tenu du son activité professionnelle précédente en qualité de manœuvre ouvrier avec une ancienneté de huit mois consécutifs. Toutefois, M. B produit les bulletins de salaire s'agissant de la période indiquée, dont il ressort que, pour les mois de janvier, mai et juin 2020, il n'a perçu aucun salaire en raison de son absence injustifiée. En outre, si l'intéressé se prévaut d'une formation " projet pro " du 15 juillet au 27 novembre 2020 et produit une attestation de formation professionnelle, témoignant seulement de sa participation, ce document n'établit pas la nature de cette formation. Enfin, s'il se prévaut de sa candidature à un parcours vers la formation à l'emploi et produit à cet égard un courrier de la communauté d'agglomération de l'Albigeois, il ressort de ce document que celui-ci est postérieur à l'édiction de la décision attaquée. Dans ces conditions, M. B n'établit pas avoir une ancienneté et une qualification significatives dans l'exercice du métier qu'il entend exercer. En tout état de cause, ni ses six années de présence en France ni son expérience professionnelle susdécrite en qualité de manœuvre ouvrier ne permettent de constituer un motif exceptionnel ou humanitaire justifiant la régularisation de son séjour. Dans ces conditions, la préfète du Tarn n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de M. B ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Le requérant, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus d'admission au séjour, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

7. Le requérant, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus d'admission au séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requérante, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens par M. B au profit de son conseil.

11. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. B au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Rivière et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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