jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203509 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MIREPOIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juin 2022 et 9 janvier 2023, Mme D E, représentée par Me Mirepoix, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions combinées des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ainsi que le paiement des entiers dépens.
Elle soutient que :
Les décisions attaquées :
- sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;
- sont entachées d'un défaut de motivation ;
La décision portant refus d'admission au séjour :
- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur de droit tenant à ce que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en tant que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- est privée de base légale ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
La décision portant fixation du pays de renvoi :
- est privée de base légale.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 16 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 février 2023 à 12 h 00.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement des Etats-Unis mexicains relatif au programme " vacances-travail ", signé à Mexico le 15 avril 2016 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Rostin se substituant à Me Mirepoix, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D E, ressortissante mexicaine née le 20 juin 1996 (Mexique), est entrée en France le 19 septembre 2020 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valable du 25 mars 2020 au 25 mars 2021, mention " vacances travail / Mexique " et a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour régulièrement renouvelée jusqu'au 14 septembre 2021. L'intéressée a sollicité, le 23 septembre 2021, son admission au séjour en France, pour motif d'études, sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, aux motifs qu'eu égard à la nature de son visa, elle ne peut solliciter la délivrance d'un titre de séjour afin de se maintenir sur le territoire au-delà de la durée autorisée maximale d'un an, que rien dans sa situation ne justifie de passer outre ces conditions à titre dérogatoire, qu'elle est célibataire et sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables compte tenu notamment du fait qu'elle a vécu hors de France jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans et qu'elle dispose d'attaches importantes au Mexique, que, dans ces conditions, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'elle n'établit pas être exposée à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour au Mexique. La requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2021 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer notamment les décisions de refus de séjour, les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En second lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort de la motivation, décrite au point 1, de l'arrêté contesté que celui-ci comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme E avant d'édicter la décision litigieuse, ou qu'il se serait cru à tort en situation de compétence liée. En particulier, il ressort de la motivation, décrite au point 1, de la décision de refus de séjour que le préfet a examiné la possibilité d'admettre la requérante au séjour de manière discrétionnaire.
5. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'appliquent, ainsi que le rappellent les dispositions de l'article L. 111-2 de ce code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants mexicains, l'article 4 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement des Etats-Unis mexicains relatif au programme " vacances-travail ", signé à Mexico le 15 avril 2016, régulièrement ratifié et publié, stipule que : " () 3. Les ressortissants mexicains qui séjournent dans le cadre du présent Programme sur le territoire français tel que défini à l'article 4, paragraphe 1 du présent accord, ne peuvent solliciter un titre de séjour afin de se maintenir sur ce territoire () ".
6. Il résulte des stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-mexicain que les ressortissants mexicains qui séjournent en France sous couvert d'un visa " vacances-travail " ne peuvent pas prolonger leur séjour au-delà de la durée autorisée ni solliciter un titre de séjour afin de se maintenir sur le territoire. Ainsi, ces stipulations font obstacle à ce qu'un ressortissant mexicain entré en France au bénéfice d'un tel visa sollicite l'attribution d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doivent être écartés.
7. En troisième et dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
8. D'autre part, l'accord franco-mexicain ne saurait faire échec à l'application de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment à son article 8 lorsque celui-ci est invoqué. En outre, il appartient au préfet, même dans le cas où la situation du demandeur relève de l'article 4 de l'accord bilatéral franco-mexicain, de vérifier que le refus de délivrance d'un titre de séjour n'emporte pas des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle ou familiale.
9. Mme E est entrée en récemment en France, le 19 septembre 2020, et justifie donc d'une ancienneté de séjour d'un an à la date de la décision attaquée. Si la requérante se prévaut d'une attestation de réussite pour l'année universitaire 2021 / 2022 et d'un certificat d'inscription en Diplôme d'Université d'Etudes françaises B2 au titre de l'année 2022 / 2023, elle ne dispose d'aucune ressource propre et n'établit pas avoir noué des liens sociaux ou professionnels d'une particulière intensité sur le territoire français. Dans ces conditions, la requérante, célibataire et sans charge de famille, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision litigieuse n'est ni entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tenant à l'absence d'usage par le préfet de son pouvoir de régularisation ni entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de l'intéressée.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme E avant d'édicter la décision litigieuse.
11. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, la requérante ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. En troisième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
13. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester la légalité de la décision fixant le pays de destination.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, les conclusions relatives à l'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens par Mme E, qui ne justifie au demeurant pas avoir exposé des frais qui n'auraient pas été pris en charge au titre de l'aide juridictionnelle.
17. D'autre part, dès lors que la requérante ne justifie pas avoir engagé, dans la présente instance, des frais mentionnés à l'article R. 761-1 du code de justice administrative, ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Me Mirepoix et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
Le président-rapporteur,
J-C. TRUILHÉ
L'assesseur le plus ancien,
G. DÉDEREN
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026