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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203921

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203921

lundi 8 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 juillet 2022 et le 2 août 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Flynn, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le maire de Saint-Lys (Haute-Garonne) a accordé un permis de construire à Mme D C en vue de la construction de deux maisons jumelées sur un terrain sis 892 chemin de Guiraoudéou, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Lys une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir dès lors qu'ils sont propriétaires d'une maison d'habitation sus 824 chemin de Guiraoudéou à Saint-Lys ; ils sont voisins immédiats du projet litigieux, leur parcelle étant contiguë au terrain d'assiette du projet ; le projet porte atteinte aux conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur bien, en raison des nuisances sonores qui seront générées par les travaux, de la diminution de la valeur vénale de leur bien et de la dégradation de leur cadre de vie liée en particulier à une perte d'intimité, les façades des futures maisons étant orientées vers leur maison d'habitation ;

-la condition d'urgence est présumée remplie, en vertu des dispositions de l'article

L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;

- le permis de construire attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 431-1 et

R. 431-2 du code de l'urbanisme, dès lors que le dossier de permis de construire doit être établi et signé par un architecte au-delà d'un seuil de surface de plancher de 150 mètres carrés ; alors que le projet prévoit, en l'espèce, la création d'une surface de plancher de 191 mètres carrés, seuls les plans joints au dossier de demande comportent le tampon d'un architecte ; en revanche, le formulaire de demande de permis de construire n'a pas été signé par l'architecte ; l'architecte n'a donc pas attesté qu'il a bien pris connaissance des règles générales de construction prévues par le code de la construction et de l'habitation ;

- le permis de construire litigieux méconnaît les dispositions de l'article R 431-8 du code de l'urbanisme ; en l'espèce, la notice architecturale, qui apparaît extrêmement succincte, d'une part, ne décrit pas l'état initial du terrain du point de vue paysager et végétal, d'autre part, se concentre exclusivement sur les caractéristiques du projet sans indiquer le parti retenu pour en assurer l'insertion dans son environnement, notamment par rapport aux caractéristiques, matériaux et couleurs des constructions voisines ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme, en l'absence de projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs en vue de la gestion et de l'entretien de la voie commune ; un tel projet était nécessaire, le dossier précisant que la future voie sera en indivision ;

- le permis de construire litigieux méconnaît l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que l'impasse qui dessert le projet constitue une voie nouvelle et non un accès ; la largeur de cette voie, inférieure à quatre mètres, est insuffisante ; il ne s'agit pas d'un accès interne puisque cette voie sera ouverte à la circulation publique, aucun portail ou autre dispositif de fermeture n'étant prévu à l'entrée de la voie ; en outre, la notion de voie interne est incompatible avec le régime juridique du permis de construire valant division, une voie interne n'ayant pas vocation à desservir plusieurs propriétés ; enfin, en prévoyant une règle en fonction du nombre de logements desservis, les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu réglementer la création de voies nouvelles qui ont pour but de desservir plusieurs propriétés, tel est bien le cas en l'espèce.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 25 juillet 2022 et le 2 août 2022, la commune de Saint-Lys, représentée par Me Dunyach, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme B la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. et Mme B n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire attaqué.

La requête a été communiquée à Mme D C, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 11 juillet 2022 sous le n°2203941 par laquelle M. et Mme B demandent l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Nègre-le Guillou, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 3 août 2022 en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Nègre-le Guillou, juge des référés,

- les observations de Me Marti substituant Me Flynn, représentant M. et Mme B, qui confirme ses écritures et relève en outre que l'intérêt à agir de M. et Mme B n'est pas contesté, ni la présomption d'urgence ; il soutient en outre qu'en l'absence de preuve d'un affichage régulier du permis de construire sur le terrain par la pétitionnaire, la recevabilité de la requête au fond ne fait aucun doute ; en ce qui concerne l'absence de signature du formulaire de demande par l'architecte, la commune semble avoir davantage de doutes dans ses dernières écritures en défense ; en ce qui concerne le caractère succinct de la notice architecturale, on ne peut pas considérer qu'elle décrit l'état initial du terrain dès lors qu'elle se borne à mentionner que le terrain est plat et ne comporte que peu de photographies, notamment une photographie très sombre comportant un montage avec superposition du projet, sans perspective ; la notice architecturale ne décrit pas l'insertion du projet dans son environnement, elle ne décrit que les caractéristiques propres du projet ; en ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme, le dossier de demande de permis de construire indique seulement que la future voie sera en indivision ; or, la copropriété a pour but d'organiser la relation entre les copropriétaires ; le juge administratif vérifie si une copropriété est envisagée ; en ce qui concerne la méconnaissance de l'article UB 3 du plan local d'urbanisme, ce dernier prévoit une largeur de 4 mètres, pour des raisons de sécurité et de gestion du risque incendie ; si la commune allègue qu'il s'agirait d'un accès et que la largeur prévue (3 mètres) serait ainsi suffisante, il s'agit en réalité d'une voie de desserte, même en impasse, qui doit donc présenter une largeur de 4 mètres ; les véhicules pénètrent sur le terrain depuis la voie de desserte ; la commune ne cite que des jurisprudences concernant des voies internes aux projets, ce qui ne correspond pas au cas d'espèce dès lors qu'aucun portail n'est prévu ; en outre, une voie interne n'a pas vocation à desservir plusieurs propriétés ; en l'espèce, la voie doit avoir une largeur de 4 mètres dès lors qu'elle dessert deux propriétés,

- et les observations de Me Dunyach, représentant la commune de Saint-Lys, qui confirme ses écritures et fait valoir en outre qu'il ne conteste pas l'urgence présumée ; il précise que la recevabilité rationae temporis n'est pas contestée pour l'instant mais qu'elle le sera dans le cadre du recours au fond ; en ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article

L. 431-1 du code de l'urbanisme, il n'appartenait pas à l'architecte de signer le formulaire cerfa ; en outre, ce projet ne nécessitait pas, en tout état de cause, de faire appel à un architecte, dès lors que l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme ne prévoit cette obligation qu'au-delà d'une surface de plancher de 150 mètres carrés et qu'il faut apprécier si ce seuil est atteint ou non bâtiment par bâtiment, et non pas au niveau de la globalité du projet ; en l'espèce, le projet prévoyant deux villas de 95,5 mètres carrés chacune, le moyen est inopérant ; en outre, il existe une difficulté dans l'application de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme, lequel fait référence aux règles générales de construction prévues par le chapitre Ier du titre Ier du livre Ier du code de la construction et de l'habitation et notamment, lorsque la construction y est soumise, aux règles d'accessibilité fixées en application de l'article L. 111-7 de ce code ; or, depuis la refonte du code de la construction et de l'habitation, cette partie du code la construction et de l'habitation ne fixe plus de règles générales de construction, mais l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme n'a pas été revu ; donc la seule hypothèse dans laquelle l'architecte doit signer cette partie du formulaire cerfa, c'est celle dans laquelle le projet doit respecter les règles d'accessibilité définies pour les personnes à mobilité réduite dans un immeuble accueillant du public, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ; enfin, quand bien même ce vice serait établi, il ne serait pas substantiel car, si auparavant les pétitionnaires s'engageaient à respecter ces règles, désormais ils s'engagent seulement à prendre connaissance des règles du code de la construction et de l'habitation, selon un principe de responsabilisation ; en outre, l'absence de signature ne contribue pas à l'appréciation de la conformité du projet aux règles d'urbanisme en vigueur, elle n'a donc pas d'incidence sur la délivrance du permis de construire ; il n'y a donc pas de privation d'une garantie ; en ce qui concerne le moyen relatif au contenu de la notice paysagère, à supposer qu'une pièce soit insuffisante, il n'y a pas de vice substantiel dès lors que l'ensemble des pièces permettent d'apprécier la régularité du projet dans son ensemble ; en l'espèce, il s'agit d'un projet modeste concernant deux villas jumelées dans un environnement urbain, pour lequel le dossier de demande contient un plan de division, des photographies montrant le caractère partiellement boisé du terrain, une notice architecturale, un plan de masse faisant apparaître les cinq arbres prévus par le projet (3 arbres seront conservés sur les 8 existants, 2 seront plantés) ; le terrain ne présente pas de sensibilité particulière ; les informations données sont donc largement suffisantes ; s'agissant de la seconde branche du moyen, tirée de ce que la notice architecturale ne présenterait pas le parti retenu pour assurer l'insertion du projet dans son environnement, les éléments qui doivent figurer dans la notice architecturale sont listés par le code de l'urbanisme ; or, en l'espèce, tous ces éléments sont présents dans la notice, les éléments présents sont suffisants ; en ce qui concerne le moyen relatif au permis valant division et aux précisions à donner à l'administration sur les modalités de gestion des espaces communs, il faut soit justifier de la création d'une association syndicale, soit justifier de la mise en place d'une copropriété pour ces espaces communs ; la question est de savoir si l'indivision vaut copropriété ; dans une décision du 13 septembre 2018, la chambre civile de la cour de cassation a jugé que, en cas d'indivision forcée et perpétuelle et à défaut de convention contraire créant une organisation différente, on tombe de facto dans le régime de la copropriété ; le contenu du dossier est donc conforme ; en ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 3 du plan local d'urbanisme, il faut procéder à la qualification juridique du chemin d'accès permettant d'accéder à la voie communale : s'agit-il d'un accès ou d'une voie de desserte ; le lexique du plan local d'urbanisme définit l'accès comme un linéaire de façade par lequel les véhicules pénètrent sur le terrain depuis la voie de desserte ; la voie est définie comme étant un desserte de plusieurs propriétés comportant les aménagements nécessaires à la circulation piétonne et automobile, quel que soit le mode de propriété ou de jouissance (voie publique, voie privée en équipement commun, en copropriété ou servitude) ; en l'espèce, il s'agit d'un chemin d'accès privé, situé sur le terrain d'assiette du projet, qui n'a pas vocation à être ouvert à la circulation publique ; la largeur prévue de 3 mètres, conforme au paragraphe 1 de l'article UB 3 du plan local d'urbanisme, est donc suffisante ; exiger la mise en œuvre des aménagements nécessaires à une voie de desserte reviendrait à rendre impossible ce type de projet, une telle exigence serait problématique compte tenu de l'objectif de densification et de réduction de la consommation d'espace,

- Mme D C n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C a déposé, le 5 août 2021, une demande de permis de construire pour la construction de deux maisons jumelées d'une surface de plancher totale de 191 mètres carrés, sur une parcelle cadastrée section A 478 p, sise 892 chemin de Guiraoudéou à Saint-Lys (Haute-Garonne). Par un arrêté du 6 décembre 2021, le maire de Saint-Lys lui a délivré un permis de construire. Par un recours gracieux en date du 12 avril 2022, M. et Mme B, propriétaires d'une maison située sur la parcelle voisine du terrain d'assiette du projet litigieux, ont demandé au maire de Saint-Lys le retrait du permis de construire. Le maire de Saint-Lys a rejeté leur recours gracieux par une décision du 7 juin 2022. Par la présente requête, M. et Mme B demandent la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 décembre 2021, dont ils ont sollicité l'annulation par requête séparée enregistrée sous le n° 2203941.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. / () Lorsqu'une personne autre que celles mentionnées à l'alinéa précédent défère une décision relative à un permis de construire ou d'aménager et assortit son recours d'une demande de suspension, le juge des référés statue sur cette demande dans un délai d'un mois. ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement et objectivement, compte tenu des justifications fournies par les parties et de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que l'exécution de la décision soit suspendue avant l'intervention du jugement de la requête au fond. Les dispositions précitées de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme instituent une présomption d'urgence en cas de recours contre une autorisation d'urbanisme. Toutefois, le pétitionnaire et l'autorité qui a délivré le permis peuvent utilement faire état, pour tenir en échec le constat de cette urgence, de circonstances particulières relatives, notamment, à l'intérêt s'attachant à ce que l'ouvrage soit réalisé sans délai.

5. En l'espèce, la commune de Saint-Lys n'a fait valoir aucun motif d'intérêt général s'opposant à la demande de suspension. Mme C, titulaire du permis de construire, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'a fait valoir aucun élément de nature à faire échec à la présomption d'urgence instituée par les dispositions précitées. Par suite, la condition d'urgence doit être considérée comme remplie. Néanmoins, les moyens invoqués par M. et Mme B à l'appui de leur demande de suspension du permis de construire en date du 6 décembre 2021 délivré par la commune de Saint-Lys à Mme C en vue de la construction de deux maisons jumelées sur un terrain sis 892 chemin de Guiraoudéou, tels qu'ils ont été précédemment analysés, ne sont pas, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Lys, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B la somme demandée par la commune de Saint-Lys au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Lys présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A B, à la commune de Saint-Lys et à Mme D C.

Fait à Toulouse, le 8 août 2022.

La juge des référés,

F. NEGRE-LE GUILLOU

La greffière,

S. GUERIN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

ou par délégation, la greffière.

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