jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204228 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | COHEN-TAPIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Cohen-Tapia, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 24 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que le remboursement des droits de plaidoirie prévus à l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale.
Il soutient que :
Les décisions attaquées :
- sont insuffisamment motivées ;
La décision portant refus d'admission au séjour :
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaît le principe du contradictoire ;
- est entachée d'une illégalité interne ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaît le principe du contradictoire ;
La décision portant fixation du pays de renvoi :
- est dépourvue de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 17 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 février 2023 à 12 h 00.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant marocain né le 7 décembre 1992 à Ras Ijerri (Maroc), est entré en France le 20 avril 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valable du 16 avril 2019 au 15 juillet 2019 et a bénéficié, à compter du 24 mai 2019, d'une carte de séjour temporaire pluriannuelle valable jusqu'au 23 mai 2022 portant la mention " travailleur saisonnier ". L'intéressé a sollicité, le 30 mai 2022, le changement de son statut au profit d'un titre de séjour en France en qualité de salarié, sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Par un arrêté du 24 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, aux motifs qu'il ne détient pas le visa de long séjour requis pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié, que s'il bénéficie d'un titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " en cours de validité lors de sa demande de changement de statut, ce titre ne peut légalement se substituer au visa de long séjour exigé, qu'il ne démontre pas que son employeur soit dans l'impossibilité de mettre en œuvre la procédure légale d'introduction d'un travailleur étranger depuis son pays d'origine, qu'il est célibataire et sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables compte tenu notamment du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et qu'il y dispose d'attaches personnelles et familiales importantes, que dans ces conditions il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'il n'établit pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour au Maroc. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 15 février 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, sa demande d'admission provisoire à ce dispositif est devenue sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
3. Il résulte de la motivation, décrite au point 1, de l'arrêté attaqué, que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les décisions attaquées doivent être regardées comme suffisamment motivées.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
4. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen suffisamment sérieux de la situation du requérant avant l'édiction de la décision attaquée.
5. En deuxième lieu, l'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement vers son pays d'origine ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration des éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait été empêché de faire état d'éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain conclu le 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. " En vertu du premier alinéa de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. " Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. / () ". Aux termes de l'article R. 5221-5 du même code : " () II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. / () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ".
7. L'accord franco-marocain précité renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Il en va notamment ainsi, pour le titre de séjour " salarié " mentionné à l'article 3 de l'accord cité ci-dessus. Il en résulte que la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour portant la mention " salarié " prévue à l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 est notamment subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la production par l'intéressé du visa de long séjour mentionné à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Pour refuser de délivrer à M. C le titre de séjour demandé, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne justifiait pas d'un visa de long séjour. S'il ressort des pièces du dossier qu'à la date de sa demande de changement de statut, le titre de séjour " travailleur saisonnier " du requérant n'était pas expiré, ce titre ne pouvait légalement se substituer au visa de long séjour exigé par les dispositions alors codifiées à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en lui opposant l'absence de visa de long séjour pour refuser de lui délivrer une carte de séjour " salarié ", le préfet de la Haute-Garonne n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen suffisamment sérieux de la situation du requérant avant l'édiction de la décision attaquée.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu le principe du contradictoire.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
11. Il résulte de ce qui précède que M. C, qui n'a pas établi l'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposé, n'est pas fondé à l'invoquer, par voie d'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant fixation du pays de destination.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, les conclusions relatives à l'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens par M. C au profit de son conseil.
15. D'autre part, les droits de plaidoirie prévus à l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale ne sont pas au nombre des dépens énumérés par les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Au surplus, la présente instance n'a pas donné lieu à des dépens. Par suite, les conclusions du requérant tendant à la mise à la charge de l'Etat des droits de plaidoirie ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de M. C.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Cohen-Tapia et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
Le président-rapporteur,
J-C. TRUILHÉ
L'assesseur le plus ancien,
G. DÉDEREN
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026