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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204587

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204587

mardi 16 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204587
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantZEMIHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 8, 10 et 11 août 2022,

M. A, représenté par Me Zemihi, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de le reprendre en charge au titre de l'hébergement d'urgence, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle emporte de graves conséquences tant sur son intégrité physique que morale ; elle a pour effet de le remettre à la rue malgré la pandémie de la covid-19 qui n'est pas endiguée et la canicule qui sévit actuellement ; il ne bénéficie d'aucune ressource ni de solution de relogement ; les établissements publics et privés intervenant en matière de solidarité fonctionnent à effectifs réduits en cette période estivale au détriment des personnes sans domicile fixe ; il souffre d'un syndrome d'apnée du sommeil diagnostiqué en juillet 2021 pour lequel il doit bénéficier d'une assistance respiratoire incompatible avec une vie à la rue en ce qu'il nécessite une alimentation électrique et des conditions d'hygiène correctes ; il n'a bénéficié jusqu'alors d'aucune proposition de logement alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation DALO ;

- la carence de l'Etat porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un hébergement d'urgence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'Etat n'a manifesté aucune carence caractérisée dès lors que le parc d'hébergement d'urgence de Haute-Garonne a connu une forte augmentation de capacité dans les années précédentes ;

- il en va de même s'agissant du recours à l'hôtel ;

- malgré cette augmentation, le dispositif est actuellement à saturation ;

- il existe une importante demande non satisfaite, qui concerne des personnes présentant des critères de vulnérabilité qui les rendent plus prioritaires que le requérant, notamment des familles avec enfants ;

- M. A a été pris en charge pendant plusieurs mois à titre dérogatoire dans le cadre de la crise sanitaire covid ;

- la situation personnelle de M. A ne présente pas de caractère exceptionnel ;

- l'absence de sa reprise en charge dans le dispositif d'hébergement d'urgence ne porte pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n°91-1266 du 19 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Mony, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 11 août 2022, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :

- le rapport de M. Mony, juge des référés ;

- les observations de Me Zemihi, représentant M. A, qui persiste dans ses écritures et fait notamment valoir que la condition d'urgence se trouve remplie en raison de la canicule et de la persistance de la crise sanitaire covid-19 ; que M. A est une personne fragile dont l'état de santé est incompatible avec une vie dans la rue ; qu'il est équipé d'un appareil d'assistance respiratoire qu'il ne pourra plus utiliser, cet appareil devant être branché sur le secteur électrique et maintenu dans un bon état d'hygiène ; que la décision du préfet porte gravement atteinte à la dignité de la personne humaine et l'expose à un traitement inhumain et dégradant ; que le préfet ne démontre pas que l'hébergement d'urgence en Haute-Garonne aurait justifié qu'il soit procédé à un ajustement du nombre de personnes accueillies à l'hôtel dans le cadre de l'hébergement d'urgence ;

- et les observations de Mme B, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui reprend également ses écritures et fait notamment valoir que l'Etat a consenti en matière d'hébergement d'urgence à un effort considérable depuis plusieurs mois, notamment pour mettre à l'abri de la covid un maximum de personnes précaires, indépendamment de leur situation administrative ; que le dispositif d'hébergement d'urgence est saturé ; que le public en attente de solution comprend des personnes qui présentent des facteurs de vulnérabilité qui les rendent davantage prioritaires ; que M. A ne présente aucune vulnérabilité particulière comparativement à celles de personnes inscrites en liste d'attente ; que M. A est en situation irrégulière vis-à-vis du séjour ; que sa situation présente ne le place pas en situation de détresse.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2022 à 12 heures.

Le préfet de la Haute-Garonne a produit le 12 août 2022 des pièces complémentaires.

Me Zemihi a produit le 12 août 2022 des pièces complémentaires.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Haute-Garonne a informé M. A, ressortissant algérien de 47 ans, par un courrier du 2 août 2022, pris en charge en hébergement hôtelier depuis a fin du mois de juillet 2021 dans le cadre de la crise sanitaire covid, de ce qu'il devait libérer cet hébergement à compter du 11 août 2022. M. A a formulé le 4 août 2022 par l'intermédiaire de son conseil une demande de reprise en charge. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de le reprendre en charge au titre de l'hébergement d'urgence à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Compte tenu de l'urgence à statuer sur la demande de M. A, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département, prévue à l'article L. 345-2-4. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". En vertu des dispositions de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

5. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

6. Par ailleurs, les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Constitue notamment une telle circonstance, l'existence d'un risque grave pour la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant.

7. Il résulte de l'instruction qu'en dépit d'une importante augmentation de capacité, le dispositif d'hébergement d'urgence de Haute-Garonne se trouve actuellement saturé, en raison d'une progression encore plus forte des demandes. Cette situation rend nécessaire d'appliquer des critères de vulnérabilité pour prioriser les entrées dans le dispositif.

8. Il résulte également de l'instruction que si M. A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré, l'intéressé connaît des problèmes de santé, qui ont nécessité qu'il soit équipé d'un appareil d'assistance respiratoire pour la nuit. La fin de prise en charge à effet au 11 août 2022 prononcée par le préfet de la Haute-Garonne, en mettant à la rue M. A, qui ne dispose d'aucune solution d'hébergement, place l'intéressé dans l'impossibilité d'utiliser l'appareil d'assistance respiratoire dont il dispose, en l'absence d'alimentation électrique. Cette circonstance peut être regardée comme présentant un caractère exceptionnel, la situation de M. A, apparaissant incompatible avec une vie dans la rue. M. A justifie ainsi de l'existence d'une situation d'urgence. Sa situation particulière de vulnérabilité le rend éligible par priorité au dispositif d'hébergement d'urgence. Le refus de le reprendre en charge du préfet de la Haute Garonne emporte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale au droit des requérants d'accéder à un hébergement d'urgence.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de reprendre en charge le requérant dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans un délai de 48 heures dès la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à charge pour le préfet de justifier de cette prise en charge auprès du tribunal.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative :

10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées par M. A au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées des articles L 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2, de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

11. Aux termes de l'article 37, alinéa 2, de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " ;

12. Le requérant ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions combinées en mettant à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de Me Zemihi, conseil de M. A, sous réserve que ledit conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de faire droit à la demande d'hébergement d'urgence de M. A dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Article 3 : L'Etat versera à Me Zemihi, conseil de M. A, une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Zemihi de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Zemihi et au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 16 août 2022.

Le juge des référés,La greffière,

A. MONY P. TUR

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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