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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204628

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204628

jeudi 11 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête enregistrée le 9 août 2022, et un mémoire, enregistré le 11 août 2022, M. D A, représenté E Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2022 E lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé son pays de renvoi, et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de prendre toutes mesures propres à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, sur le fondement du seul article L. 761-1.

Il soutient que :

En ce qui concerne les pièces produites en défense :

- les pièces produites E le préfet sans aucune individualisation ou numérotation, sans signets, sont irrecevables ;

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles méconnaissent son droit d'être entendu ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale.

Le préfet de l'Hérault a produit des mémoires en production de pièces, enregistrés le 10 août 2022 et le 11 août 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Cazanave, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins, remet une attestation manuscrite rédigée le 10 août 2022 et soulève un nouveau moyen tiré de l'article 8 en raison de la vie maritale du requérant avec une ressortissante française,

- les observations de M. A,

- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 10 juin 2004 à Conakry (Guinée), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 août 2022 E lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé son pays de renvoi, et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur la recevabilité des pièces produites en défense :

2. Aux termes de l'article R. 611-8-5 du code de justice administrative : " E dérogation aux dispositions de l'article R. 611-1-1, le défendeur est dispensé de produire des copies de ses mémoires et des pièces qui y sont jointes. Il est également dispensé de transmettre l'inventaire détaillé des pièces lorsqu'il utilise le téléservice mentionné à l'article R. 414-2 ou recourt à la génération automatique de l'inventaire permise E l'application mentionnée à l'article R. 414-1. Le défendeur transmet chaque pièce E un fichier distinct sous peine de voir ces pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. Chaque fichier transmis au moyen de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 porte un intitulé commençant E le numéro d'ordre affecté à la pièce qu'il contient E l'inventaire détaillé. Lorsque le défendeur recourt à la génération automatique de l'inventaire permise E l'application, l'intitulé de ce fichier décrit également le contenu de cette pièce de manière suffisamment explicite. Chaque pièce transmise au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 414-2 porte un intitulé décrivant son contenu de manière suffisamment explicite. Les obligations fixées au précédent alinéa sont prescrites au défendeur sous peine de voir la pièce écartée des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault a adressé, le 10 août 2022 au greffe du tribunal administratif, E le biais de l'application informatique Télérecours mentionnée à l'article R. 414-1 du code de justice administrative, un inventaire automatique accompagné de quatre fichiers intitulés " JLD1_SOW_Mamadou_partie_cra_1_sur_2.pdf ", " JLD1_SOW_Mamadou_partie_cra_1_sur_2_compressed.pdf "," JLD1_SOW_Mamadou_partie_cra_2_sur_2.pdf " et " JLD1_SOW_Mamadou_partie_pref.pdf ". Chacun de ces fichiers comportait de nombreuses pièces, notamment des procès-verbaux et procès-verbaux d'audition, un compte-rendu de réquisition de l'unité médico-judiciaire, un rapport d'analyse documentaire, un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance, un extrait de registre d'état-civil, une réquisition aux fins de comparution forcée pour des faits d'escroquerie et usage de faux, une attestation de la directrice adjointe du foyer départemental de l'enfance et de la famille de l'Hérault, un compte-rendu de réquisition de garde à vue, des photographies, un rapport de synthèse de la direction centrale de la police aux frontières concernant des faits d'usage de faux document administratif et d'escroquerie au préjudice du conseil départemental de l'Hérault, un soit-transmis du tribunal de grande instance de Montpellier, une ordonnance de placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance, une évaluation sociale de minorité, un bordereau d'envoi destiné au juge des libertés et de la détention, un courrier adressé E le préfet à ce juge ou encore des arrêtés portant délégation de signature, sans que chacune de ces pièces soit transmise E un fichier distinct et sous un intitulé explicite. E une demande du 10 août 2022, le tribunal a invité la préfecture à régulariser son envoi à peine d'irrecevabilité, en lui demandant notamment de présenter chacune des pièces sous un intitulé suffisamment explicite. En dépit de cette demande, la préfecture n'a pas régularisé son envoi et s'est bornée à produire, le 11 août 2022 à 10 h 08, les mêmes pièces réunies dans trois fichiers " dossier_SOW_Mamadou_partie1.pdf ", " dossier_SOW_Mamadou_partie2.pdf " et " dossier_SOW_Mamadou_partie3.pdf ". Les pièces produites E le préfet de l'Hérault, qui n'ont pas été présentées dans les conditions prévues à l'article R. 611-8-5 précité en dépit d'une invitation à régulariser, doivent donc être écartées des débats.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

4. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée E la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable E les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation E une autorité d'un Etat membre est inopérant.

6. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

7. En l'espèce, en l'absence de production du procès-verbal d'audition de M. A E les services de police lors de son interpellation le 7 août 2022, le préfet de l'Hérault n'établit pas que l'intéressé aurait été informé de l'intention de l'administration de prendre à son encontre une mesure l'obligeant à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine et mis à même de formuler ses observations sur cette éventualité. Dans ces conditions, M. A, qui se prévaut notamment d'une vie maritale avec une ressortissante française, a été privé de la possibilité de présenter les éléments pertinents de sa situation qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Ilest fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu.

8. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de leur base légale les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français contenues dans le même arrêté. E suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du préfet de l'Hérault du 7 août 2022 doit être annulé dans son intégralité.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte

9. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillances prévues aux articles L. 513-4, L. 551-1, L. 552-4, L. 561-1 et L. 561-2 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. () ".

10. En application des dispositions précitées, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet procède au réexamen de la situation de M. A dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et qu'il le munisse d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente. L'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français implique également que le préfet procède à la suppression du signalement de M. A dans le système d'information Schengen dans le même délai.

Sur les frais liés au litige :

11. M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son conseil à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 7 août 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de réexaminer la situation de M. A et de supprimer son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Cazanave renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Cazanave une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A , à Me Cazanave et au préfet de l'Hérault.

Lu en audience publique le 11 août 2022.

Le magistrat désigné,

F. B Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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