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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204929

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204929

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMIREPOIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2022, M. B C, représenté par Me Mirepoix, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 25 avril 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi que le paiement de la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2022.

Un mémoire enregistré le 15 mars 2023 pour M. C n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- et les observations de Me Rostin substituant Me Mirepoix représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ghanéen, né le 1er février 1996, déclare être entré en France le 10 septembre 2017. Le 6 novembre 2017, l'intéressé a sollicité son admission au bénéfice de l'asile, sa demande a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 9 novembre 2020. Le requérant a sollicité, le 10 août 2021, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié, sur le fondement des dispositions de de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 25 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, M. C sollicite l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022, publié le même jour au recueil n° 31-2022-137 des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers et notamment les refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision en litige qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fondent et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, qui mentionnent explicitement des circonstances propres à la situation personnelle du requérant, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation personnelle de l'intéressé.

5. En quatrième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié ", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

6. D'autre part, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est père de deux enfants, nés en 2018 et 2022, qui résident sur le territoire français, issus de sa relation avec Mme A, ressortissante nigériane et titulaire d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 29 décembre 2022. Si l'intéressé a reconnu ses deux enfants, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, il est séparé de la mère des enfants qui est hébergée, avec ces derniers, par une association. D'autre part, en justifiant de dépenses ponctuelles, d'un seul virement à la mère des enfants d'un montant de 200 euros, alors qu'elle se trouve en situation de précarité, d'une attestation de l'école, en tout état de cause postérieure à l'arrêté, ainsi que de quelques photographies non datées, il ne démontre pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants. Par ailleurs, l'intéressé n'établit pas davantage la réalité de l'insertion dont il se prévaut, en se bornant à produire diverses attestations ainsi qu'une demande d'autorisation de travail pour un poste d'aide carreleur, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée et à temps plein, établie le 20 avril 2021, accompagnée d'une déclaration préalable à l'embauche, pour le même poste en date du 10 juin 2022 et alors qu'au demeurant il ne justifie pas détenir une qualification, une expérience particulière et significative ou même un diplôme relatif à l'emploi envisagé et de nature à constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Dans ces conditions et dès lors qu'il ne démontre pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie au Ghana, pays dans lequel il conserve des attaches affectives importantes et où réside notamment sa mère, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les dispositions et stipulations précitées. Cette même décision ne peut, pour les mêmes motifs, être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

8. En cinquième et dernier lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant est inopérant à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour laquelle ne constitue pas une mesure d'éloignement et n'a pas pour effet de séparer les enfants de leur père, et doit, en conséquence, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 25 avril 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Garonne lui a refusé son admission exceptionnelle au séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente à fin d'injonction, celles présentées le fondement des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en tout état de cause, les conclusions qu'il présente au titre de dépens inexistants.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le président-rapporteur,

T. D

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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