jeudi 8 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2205163 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TOUBOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 août 2022 et un mémoire enregistré le 6 septembre 2022, M. D C, représenté par Me Touboul, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 22 août 2022 par lequel le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a assigné à résidence ;
2°) à titre, subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet du Tarn en date du 22 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil par application des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'a pas perdu son droit au maintien sur le territoire français en tant que demandeur d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;
En ce qui concerne les conclusions aux fins de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :
- il provient d'une région de Moldavie, séparatiste pro-russe et limitrophe de l'Ukraine, où la situation est susceptible de se dégrader très vite, de sorte que l'appréciation de la Cour nationale du droit d'asile pourrait différer de celle de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle méconnait l'article L. 542-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son droit au maintien n'a pas pris fin et qu'il ne présente pas de risque de fuite justifiant qu'il soit assigné à résidence ;
- elle est illégale en ce qu'elle prévoit une obligation de pointage à la gendarmerie de Rabastens alors qu'il réside effectivement à Gaillac ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Touboul, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins, renonce au moyen tiré de ce que le requérant n'a pas perdu son droit au maintien sur le territoire français et précise que le requérant est originaire de la frontière moldavo-ukrainienne, qu'il s'agit d'une zone sur laquelle pèsent des menaces, que les articles produits révèlent une tension persistante, que le préfet n'était pas tenu par l'analyse de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et pouvait considérer qu'il existait un risque d'aggravation de la situation en Moldavie, que le classement de la Moldavie en tant que pays sûr est obsolète au regard de l'actualité, que M. C doit pouvoir défendre son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, qui statuera en plein contentieux, que le requérant ne veut pas être enrôlé de force, que l'assignation n'est pas de plein droit mais relève d'une simple faculté, que cette assignation est en l'espèce entachée d'erreur manifeste d'appréciation car le requérant dispose d'une adresse stable et a répondu à la convocation de la gendarmerie pour la notification de la mesure d'éloignement et enfin que le requérant vit à Gaillac et se trouve donc dans l'impossibilité et matérielle de se rendre trois fois par semaine à Rabastens,
- les observations de M. C, assisté de Mme B, interprète en russe, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 24 février 1971 à Soroca (ex-URSS), de nationalité moldave, déclare être entré en France le 9 mars 2022. Statuant en procédure accélérée en application de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 22 juillet 2022. Par un arrêté du 22 août 2022, le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a assigné à résidence. Par sa présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions ou, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 14 février 2022 régulièrement publié le lendemain, le préfet du Tarn a donné délégation à M. Fabien Chollet, secrétaire général, à l'effet de signer les arrêtés pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
3. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. M. C soutient qu'il est originaire de Transnistrie, région séparatiste pro-russe, limitrophe à la frontière ukrainienne et que des menaces très sérieuses pèsent sur la Moldavie, et notamment sur cette région, compte tenu de la guerre en Ukraine. Toutefois, il n'établit pas la réalité et l'actualité des risques invoqués par la production d'articles de presse évoquant de risques hypothétiques de déstabilisation de la Transnistrie et d'invasion de la Moldavie par l'armée russe. Au demeurant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile du requérant le 22 juillet 2022 au motif notamment que ses déclarations se sont révélées peu personnalisées. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.
En ce qui concerne les conclusions aux fins de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 752-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-11 précise : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".
6. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, qui peuvent être présentées sans le ministère d'avocat, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.
7. M. C, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 22 juillet 2022, notifiée le 9 août 2022, sollicite à titre subsidiaire, la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement afin qu'il puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son prochain recours. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4, les éléments produits par le requérant ne sont pas de nature à remettre en cause la décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, les conclusions de M. C tendant à la suspension de la mesure d'éloignement doivent être également rejetées.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 542-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit au maintien de l'étranger a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qu'une obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre, l'autorité administrative peut l'assigner à résidence ou le placer en rétention dans les conditions prévues aux articles L. 752-1 à L. 752-4. ". Et aux termes de l'article L. 752-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence, aux fins du traitement rapide et du suivi efficace de sa demande d'asile, l'étranger dont le droit au maintien a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".
9. Il est constant que le droit au maintien du requérant sur le territoire français a pris fin suite à la notification de la décision de rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 août 2022 et qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Si M. C soutient que le caractère nécessaire de la décision n'est pas établi dès lors qu'aucun risque de fuite n'est caractérisé puisqu'il bénéficie de garanties de représentation effectives et suffisantes et qu'il a satisfait à toutes ses convocations, un tel moyen est inopérant à l'encontre d'une décision portant assignation à résidence fondée sur l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ne subordonnent pas son prononcé à l'existence d'un tel risque. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 752-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 752-1, les dispositions des articles L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1, L. 733-2 et L. 733-3 sont applicables. () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Enfin en vertu de l'article R. 733-1 dudit code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ". Il ressort de ces dispositions qu'une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations. Ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
11. Pour obliger le requérant à se présenter chaque lundi et mercredi auprès de la gendarmerie de Rabastens, le préfet du Tarn ne s'est fondé que sur l'adresse de domiciliation indiquée par l'intéressé à l'appui de sa demande d'asile, auprès du Centre d'accueil pour demandeur d'asile " Le relais de Montans " à Montans, sans rechercher, au vu des éléments du dossier administratif de l'intéressé, le cas échéant en l'interrogeant sur ce point, si ce dernier ne disposait pas d'un hébergement suffisamment stable ailleurs. Or, M. C justifie par la production d'une attestation émanant du Centre d'accueil pour demandeur d'asile " Le relais de Montans " du 1er septembre 2022 qu'il est habituellement hébergé depuis le 9 juin 2022 dans la commune de Gaillac, adresse qu'il a d'ailleurs mentionnée lors de son entretien auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le préfet ne conteste pas qu'il existait des modalités de contrôle moins contraignantes pour le requérant, notamment des possibilités de présentation à la gendarmerie de la commune de Gaillac, alors que l'intéressé fait valoir qu'il ne dispose ni d'un véhicule ni des moyens financiers pour se déplacer à Rabastens, deux fois par semaine. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet, en imposant à M. C de se présenter deux fois par semaine à la gendarmerie de Rabastens, a donc commis une erreur d'appréciation.
12. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant assignation à résidence en date du 22 août 2022, en tant seulement qu'il l'oblige à se présenter chaque lundi et mercredi à 9 heures à la gendarmerie de Rabastens.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées par le requérant au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 22 août 2022 est annulé en tant seulement qu'il oblige M. C à se présenter chaque lundi et mercredi à 9 heures à la gendarmerie de Rabastens.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Touboul et au préfet du Tarn.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 septembre 202Le magistrat désigné,
F. A La greffière,
A. BACH
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026