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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205356

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205356

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205356
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantSELARL PHILIPPE GILLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, deux mémoires ampliatifs et des pièces complémentaires, enregistrés le 10 septembre 2022 à 00 h 26, le 12 septembre 2022 à 20 h 48 et à 21 h 40 et le 13 septembre 2022 à 9 h 21, M. A B, représenté par Me Becquevort, demande, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'interdire la réalisation des travaux publics du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) Saudrune-Ariège-Garonne sur sa propriété, d'ordonner l'interruption immédiate de ces travaux et l'évacuation immédiate des matériaux entreposés sur sa propriété, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge du SIVOM Saudrune-Ariège-Garonne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est propriétaire et agriculteur exploitant des parcelles situées sur le territoire de la commune de Saubens (Haute-Garonne), cadastrées section AM n° 85, AL n° 128, 127 et 129, et des parcelles situées sur le territoire de la commune de Muret (Haute-Garonne), cadastrées section AY n° 8 et 9 ;

- il a été informé le 5 novembre 2022 de l'intention du SIVOM Saudrune-Ariège-Garonne d'occuper temporairement les parcelles cadastrées section AM n° 85 et AL n° 128, ainsi que le chemin d'exploitation, situé entre ces parcelles, dont il est propriétaire, afin d'implanter sous ce chemin des conduites d'interconnexion entre la future usine d'eau potable de Saubens et le réseau d'eau potable ;

- ces travaux portent une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de propriété qui est une liberté fondamentale ;

- l'urgence est constituée dès lors que le début des travaux est envisagé le 12 septembre 2022 et que ceux-ci sont constitutifs d'une emprise irrégulière sur sa propriété.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022 à 7 h 30, le SIVOM Saudrune-Ariège-Garonne, représenté par Me Gilles, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à l'octroi d'un délai raisonnable lui permettant de procéder et de justifier du retrait de la totalité des matériaux entreposés sur la parcelle AM n° 85 appartenant au requérant ;

3°) en tout état de cause, à la mise à la charge de M. B d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'entreposage de matériaux, à savoir des canalisations métalliques et plusieurs tas de gravier, sur la parcelle AM n° 85 appartenant à M. B, résulte d'une erreur qui est en cours de rectification dès lors que ces matériaux sont en cours de retrait sur une zone de stockage qui n'appartient pas au requérant, la manœuvre de retrait nécessitant deux jours de travail, de sorte que la demande d'interdiction de réalisation de travaux sur les parcelles appartenant à l'intéressé est devenue sans objet ;

- le requérant n'établit pas que l'entreposage de matériaux pendant quelques jours sur la parcelle AM n° 85 lui ait causé un préjudice en termes d'accès et d'exploitation de cette parcelle ;

- le chemin situé entre les parcelles AM n° 85 et AL n° 128 constitue un chemin rural, propriété de la commune de Saubens, ainsi que l'établit le cadastre révisé en 2010, la circonstance que M. B en revendique la propriété n'étant pas opposable au SIVOM ;

- le juge administratif des référés n'est pas compétent pour statuer sur la revendication de propriété du requérant ;

- en l'absence de preuve de la propriété du chemin en cause, M. B ne justifie pas d'un intérêt à agir s'agissant des travaux publics envisagés sous ce chemin.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Truilhé, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 septembre 2022 en présence de Mme Guérin, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Becquevort, représentant M. B, et de Me Gilles, représentant le SIVOM Saudrune-Ariège-Garonne, qui ont repris leurs écritures, Me Becquevort précisant que les travaux publics du SIVOM ont commencé le 13 septembre 2022 au matin.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire des parcelles situées sur le territoire de la commune de Saubens (Haute-Garonne), cadastrées section AM n° 85, AL n° 128, 127 et 129, et des parcelles situées sur le territoire de la commune de Muret (Haute-Garonne), cadastrées section AY n° 8 et 9, exploitées par la société civile d'exploitation agricole (SCEA) Château de Bazert dont il est le dirigeant. Soutenant que des travaux publics d'implantation de conduites d'interconnexion entre la future usine d'eau potable de Saubens et le réseau d'eau potable envisagés par le syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) Saudrune-Ariège-Garonne sur les parcelles AM n° 85 et AL n° 128 et sous le chemin situé entre ces parcelles, dont il revendique la propriété, empiètent irrégulièrement sur sa propriété, lesquels travaux ont débuté le 13 septembre 2022, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'interdire la réalisation de ces travaux et d'ordonner, sous astreinte, leur interruption immédiate et l'évacuation immédiate des matériaux entreposés sur sa propriété.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". L'article L. 522-1 du même code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1 et L. 521-2 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai et qu'il est possible de prendre de telles mesures. Celles-ci doivent, en principe, présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le caractère manifestement illégal de l'atteinte doit s'apprécier notamment en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.

4. Le droit de propriété a le caractère d'une liberté fondamentale au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. La réalisation de travaux publics en méconnaissance du droit de propriété est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté, pouvant justifier le prononcé, par le juge administratif des référés saisi au titre de cet article L. 521-2, de toute mesure nécessaire de sauvegarde.

5. En premier lieu, s'il est constant que le maître d'œuvre du SIVOM Saudrune-Ariège-Garonne a entreposé des matériaux, à savoir des canalisations métalliques et plusieurs tas de gravier, sur la parcelle AM n° 85 appartenant à M. B, d'une part, il résulte des allégations à l'audience du conseil du SIVOM, non contredites sur ce point par le conseil du requérant, que ces matériaux sont en cours de retrait sur une zone de stockage n'appartenant pas à l'intéressé, ce retrait nécessitant deux jours de travail, d'autre part, il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est même pas allégué, que l'entreposage desdits matériaux pendant quelques jours sur la parcelle AM n° 85, pour regrettable qu'il soit, ait causé un préjudice en termes d'accès et d'exploitation de cette parcelle pour la SCEA Château de Bazert. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative à l'appui de ses conclusions tendant à l'interdiction de réalisation des travaux du SIVOM sur ses parcelles et à ce que soient ordonnées leur interruption immédiate et l'évacuation immédiate des matériaux indûment entreposés.

6. En second lieu, si M. B soutient que le chemin situé entre les parcelles AM n° 85 et AL n° 128, sous lequel le SIVOM Saudrune-Ariège-Garonne projette l'implantation de conduites d'interconnexion entre la future usine d'eau potable de Saubens et le réseau d'eau potable, constitue un chemin d'exploitation dont il est propriétaire, il résulte de l'instruction que le plan cadastral, issu d'une révision de 2010, inclut ce chemin dans le domaine de la commune de Saubens. Si le requérant soutient que la révision du cadastre est entachée d'une erreur, la seule circonstance que la famille de M. B conteste depuis 1941 la qualification en chemin rural du chemin en cause n'est pas, par elle-même, de nature à établir son droit de propriété. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas que les travaux du SIVOM sous ce chemin portent une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de propriété.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

9. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de M. B dirigées contre le SIVOM Saudrune-Ariège-Garonne qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du SIVOM Saudrune-Ariège-Garonne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du SIVOM Saudrune-Ariège-Garonne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au SIVOM Saudrune Ariège Garonne.

Fait à Toulouse, le 13 septembre 2022.

Le juge des référés,

J. C. C La greffière,

S. GUÉRIN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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