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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205361

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205361

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGALINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 septembre et 17 novembre 2022, M. E B, représenté par Me Galinon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- cet arrêté est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée méconnait le principe du contradictoire et porte atteinte à son droit à être entendu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision contestée est privée de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision contestée est privée de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée est privée de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire en réplique, enregistré le 17 janvier 2023, présenté pour M. B n'a pas été communiqué dès lors qu'il n'apportait aucun élément nouveau utile à la solution du litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Galinon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 18 juillet 1987, déclare être entré en France en septembre 2016, de manière irrégulière. L'intéressé a été interpellé par les services de police le 8 septembre 2022 en situation de travail illégal. Par un arrêté du 9 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 6 avril 2022, publié le jour même, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme C D, cheffe de bureau, pour signer les mesures d'éloignement et les mesures les assortissant, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, de la directrice des migrations et de l'intégration et de l'adjointe à cette directrice. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction.

4. Il ressort de son audition du 8 septembre 2022, suite à son interpellation en situation de travail illégal, audition signée par M B, que ce dernier a été entendu sur son identité, sa date d'entrée en France, la nature et le type de document de voyage en sa possession, ses ressources, son hébergement et sa situation familiale. L'intéressé a par ailleurs été informé qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre et a été invité à formuler des observations. A cette occasion, il lui était alors loisible, contrairement à ce qu'il soutient, de porter à la connaissance des services de police des éléments sur sa situation personnelle. Dans le cadre de la présente instance, le requérant ne fait pas état d'informations afférentes à sa situation, qui si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant eu la possibilité de faire valoir utilement ses observations au cours de cette audition. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige aurait méconnu son droit d'être entendu.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment, de la motivation circonstanciée de l'arrêté litigieux du 9 septembre 2022, que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen approfondi de la situation de M. B. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation par le préfet doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. "

7. Il est constant que le requérant est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, en septembre 2016 et ne détient pas de titre de séjour en cours de validité. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé par les services de police le 8 septembre 2022 en situation de travail illégal dès lors que, selon ses déclarations, il travaillait depuis un an en exécution d'un contrat à travail indéterminée, sans autorisation de travail. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit en l'obligeant à quitter le territoire en application du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a jamais résidé régulièrement en France, et a fortiori pas depuis plus de trois mois.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Le requérant soutient que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il se prévaut, d'une part, de sa présence en France depuis 2016 et de son activité professionnelle sur le territoire français. Toutefois, le requérant ne produit aucun élément probant de nature à justifier de ses allégations. En outre, si M. B allègue avoir tissé des liens en France, il ne l'établit pas, alors qu'au demeurant il ressort de ses déclarations issues de son audition du 8 septembre 2022 que les membres de sa famille se trouvent en Tunisie. Il ne justifie, par ailleurs, d'aucune intégration sur le territoire français. Dans ces conditions, alors que le requérant ne démontre pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie dans son pays d'origine, la Tunisie, où il conserve des liens personnels, la décision attaquée, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire prise sur son fondement serait dépourvue de base légale doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité(), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

12. Pour refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur le risque que l'intéressé se soustraie à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet. L'autorité préfectorale a, dans les motifs de son arrêté, regardé ce risque comme caractérisé, d'une part, en raison du fait que M. B ne peut pas justifier être entré en France régulièrement, n'a pas sollicité de titre de séjour, a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à la décision d'obligation de quitter le territoire français et ne disposerait pas de garanties de représentation suffisantes. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans jamais avoir sollicité de titre de séjour, qu'il ne dispose pas de documents de voyage et ne justifie pas d'une adresse effective et permanente. L'intéressé a, par ailleurs, déclaré aux services de gendarmerie son souhait de se maintenir sur le territoire français dans le cas où une mesure d'éloignement serait prise à son encontre. Ces éléments sont de nature à légalement justifier le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire opposé à M. B. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer qu'il existait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement de nature à justifier que l'obligation de quitter le territoire soit prononcée sans délai.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, M. B ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester celle fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

16. En l'espèce, M. B, célibataire et sans enfant, ne justifie pas détenir des liens d'une particulière intensité sur le territoire français. En outre, l'intéressé qui ne justifie pas de son entrée régulière, s'est maintenu sur le territoire sans jamais solliciter une régularisation de sa situation. Enfin, alors que M. B a été interpellé par les services de police en situation de travail illégal, il ne fait état d'aucune circonstance humanitaire de nature à justifier que ne soit pas prononcée d'interdiction de retour à son encontre. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne, en fixant à un an la durée d'interdiction de retour dont il fait l'objet, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 septembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 23janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le président-rapporteur,

T. A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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