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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205621

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205621

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022, M. A B représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté daté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation,

- il méconnaît le principe du contradictoire,

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux,

- il méconnaît le droit d'être entendu,

- il est entaché d'une erreur de fait,

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle,

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux perspectives raisonnables d'exécution de la mesure d'éloignement,

- il n'existe aucune nécessité de prolonger son assignation à résidence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Laspalles, représentant M B, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant a été placé en rétention et que le juge des libertés et de la détention a prononcé la mainlevée de la rétention en l'absence de diligences du préfet pour favoriser l'exécution de la mesure d'éloignement, que le requérant est hébergé à Tarbes par son employeur, que la décision attaquée est intervenue quelques minutes après l'ordonnance du juge des libertés et de la détention, que la situation n'a été examinée qu'en quelques minutes et est entachée d'une erreur de fait déterminante, en ce que le préfet indique que le requérant déclare résider à Toulouse alors que la préfecture disposait des pièces produites devant le juge des libertés et de la détention, que la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation, que le requérant ne peut vivre à Toulouse puisque son frère est à Bordeaux et son employeur à Tarbes, que le requérant n'a jamais été entendu, y compris lorsqu'il était en détention,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M B, né le 18 février 1995 à Mechraa Bel Ksiri (Maroc), ressortissant marocain, a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, pris par le préfet des Hautes-Pyrénées le 28 juin 2022. Par un arrêté notifié le 21 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Garonne pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à se présenter deux fois par semaine au commissariat central de Toulouse. Par sa présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées portant obligation de quitter le territoire français en date du 28 juin 2022 et l'ordonnance du juge des libertés et de la détention mettant fin à la rétention administrative de M. B. Il précise que la mesure d'éloignement, à laquelle M. B n'a pas satisfait, est devenue définitive, que cette mesure ne peut être exécutée immédiatement compte tenu de la nécessité d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle du départ, que l'éloignement demeure cependant une perspective raisonnable et enfin que M. B justifie résider sur le territoire de la commune de Toulouse. Ainsi, l'arrêté mentionne les éléments de droit qui en constituent le fondement et reprend les éléments essentiels relatifs à la situation personnelle de l'intéressé. Si le préfet de la Haute-Garonne a daté l'arrêté du 20 septembre 2022, alors que celui-ci est nécessairement intervenu après l'ordonnance du 21 septembre 2022 ordonnant la mainlevée de la rétention de M. B, cette erreur de plume, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort de l'ensemble des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative assigne à résidence un ressortissant étranger. Dès lors, les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peuvent être utilement invoqués par M. B.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité auprès des services de la préfecture des Hautes-Pyrénées, le 27 mai 2022, une demande de renouvellement de titre de séjour. L'intéressé, qui a d'ailleurs été invité le 21 juin 2022 à présenter des observations sur la mesure d'éloignement envisagée à son encontre, pouvait ainsi faire valoir à tout moment auprès de l'administration les éléments pertinents relatifs à sa situation tant en ce qui concerne son séjour en France que ses perspectives d'éloignement avant que n'interviennent la décision portant obligation de quitter le territoire et la décision l'assignant à résidence prise en exécution de ladite obligation. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé.

7. En cinquième lieu, si le requérant fait valoir que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de fait en retenant qu'il justifiait d'une résidence à Toulouse, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur, alors, d'une part, que la possibilité d'assigner un étranger à résidence n'est pas subordonnée à la circonstance qu'il justifie d'un hébergement effectif dans le périmètre où il est assigné et, d'autre part, que l'intéressé ne justifie pas, par la seule production d'une attestation de son employeur s'engageant à l'héberger à Tarbes " dès que sa situation le nécessitera ", d'un domicile en dehors du département de la Haute-Garonne. Le moyen doit donc être écarté.

8. En sixième lieu, si le requérant soutient qu'il est père de deux enfants français, il ressort des pièces du dossier, que l'intéressé ne vit plus avec eux depuis décembre 2019, qu'il n'a pas reçu de visite de ses enfants depuis son incarcération le 31 janvier 2022 à la maison d'arrêt de Tarbes et enfin qu'il ne justifie pas participer à leur entretien et à leur éducation. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis un erreur d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

9. En septième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'existait pas, à la date de l'arrêté attaqué, une réelle perspective que l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 28 juin 2022 à l'encontre de M. B ne puisse être menée à bien dans le délai d'assignation prévu par cet arrêté. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en l'assignant à résidence.

11. En huitième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'assignation à résidence de M. B, dans son principe comme dans ses modalités, ne serait pas nécessaire aux finalités qu'elle poursuit.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 20 septembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions du requérant aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Laspalles la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. C Le greffier

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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