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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205670

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205670

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2022 et une pièce complémentaire enregistrée le 2 novembre 2022, Mme C B, représentée par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel la préfète du Lot a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète du Lot de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Lot, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle méconnaît son droit d'être entendue ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, car la préfète s'est crue à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, car la préfète n'a pas examiné sa demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences de cette situation ;

- la préfète aurait dû, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, lui faire bénéficier d'une mesure de régularisation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance de la procédure contradictoire exigée par les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- elle méconnaît sont droit d'être entendue ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et de ses conséquences ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire exigée par les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, car la préfète s'est crue à tort en état de compétence liée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète s'est estimée en situation de compétence liée par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile.

La requête a régulièrement été communiquée à la préfète du Lot, qui n'a pas présentée d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. le Fiblec,

- les observations de Me Laspalles, représentant Mme B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de Mme B, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- la préfète du Lot n'étant ni présente, ni représentée.

Une note en délibéré a été enregistrée le 7 novembre 2022 pour la préfète du Lot. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise, née le 24 juin 1994 à Sovjan (Albanie), est entrée sur le territoire français le 20 juin 2019, accompagnée de son fils mineur, le jeune A. L'intéressée a sollicité son admission au bénéfice de l'asile et a vu sa demande rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 25 mars 2020, qui a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 octobre 2020. L'intéressée a également présenté une demande de titre de séjour le 13 septembre 2019 en qualité de parent d'enfant malade. Par un arrêté du 22 juillet 2020, dont la légalité a été confirmée par un arrêt de la cour d'appel de Bordeaux du 8 avril 2021, le préfet du Lot a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français en lui accordant un délai de départ volontaire. Le 20 décembre 2021, Mme B a sollicité une nouvelle demande d'admission " au titre de salarié ". Par un arrêté du 19 septembre 2022, la préfète du Lot a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " () ".

3. Mme B soutient que la préfète du Lot n'a pas examiné sa demande de titre séjour sur le fondement des dispositions précitées. S'il résulte de l'arrêté contesté que la préfète n'a pas, comme elle en avait la possibilité, examiné d'office si la requérante pouvait obtenir un titre de séjour sur un tel fondement, cette autorité ne démontre pas non plus, en l'absence de production de mémoire en défense avant la clôture d'instruction, que la requérante n'a pas sollicité de titre de séjour au regard de ces dispositions. Dans ces conditions, le moyen d'erreur de droit invoqué à cet égard doit être accueilli.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Dans la mesure où un refus de titre de séjour n'est pas le fondement d'une obligation de quitter le territoire français, l'éventuelle annulation du refus de titre de séjour ne conduit pas, par elle-même, à l'annulation par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français, qui aurait pu être légalement prise en l'absence du refus de titre de séjour et n'est pas intervenue en raison de ce refus.

5. Il en va ainsi, en principe, pour les obligations de quitter le territoire français prises sur le fondement du 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, dans le cas où serait contesté à l'occasion d'un recours dirigé contre une telle obligation un refus de titre de séjour pris concomitamment, si le juge administratif annule le refus de titre de séjour, il lui appartient, s'il est saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier, eu égard au motif qu'il retient, si l'illégalité du refus de titre de séjour justifie l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. Tel est le cas notamment lorsque le motif de l'annulation implique le droit de l'intéressé à séjourner en France.

6. Il résulte des motifs explicités au point 3 du présent jugement que le droit au séjour de la requérante n'a pas été examiné sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans qu'il soit démontré en défense que l'intéressée n'a pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour au regard de ces dispositions. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée ne pourrait pas se voir accorder un titre de séjour sur un tel fondement Dans ces conditions, l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé justifie l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, quand bien même celle-ci est également fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision contestée en raison de l'illégalité du refus de titre doit être accueilli.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, et par voie de conséquence, des décisions lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Les motifs d'annulation retenus par le présent jugement impliquent seulement que la préfète du Lot statue à nouveau sur la situation de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 250 euros à verser à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative :

11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté de la préfète du Lot du 19 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Lot de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 250 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Laspalles et à la préfète du Lot.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 202Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne à la préfète du Lot, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef :

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