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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206264

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206264

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022, des pièces complémentaires enregistrées les 3 novembre et 9 novembre 2022 et un mémoire enregistré le 1er décembre 2022, B D B, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 3 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre audit préfet de réexaminer sa situation dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le paiement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi de 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas d'un rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'exigence de motivation imposée par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, notamment en fait ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire en violation des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et des principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le préfet s'est cru à tort en état de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de son ancienneté de séjour, des démarches qu'il a initiées, de ses attaches en France et de son intégration ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et dépourvue de base légale ;

- le préfet s'est placé à tort dans un cas de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait en raison de l'absence totale d'indication des risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu des risques auxquels il se trouve exposé en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Laspalles, représentant M. D B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient que le requérant vit en France depuis février 2016, qu'il peut se prévaloir d'une intégration en menant des missions de bénévolat, que de nombreuses pièces sont versées au débat, qui témoignent l'état d'esprit de l'intéressé et de son engagement, y compris pendant l'épidémie, que le requérant a beaucoup d'amis et des membres de sa famille, que l'intéressé souffre d'un état de stress post-traumatique, que plusieurs certificats prouvent qu'il est suivi sur le territoire depuis 2019, que le préfet ignore tout de la situation de l'intéressé, que le contradictoire aurait dû, tenir compte des circonstances de l'espèce,

- les observations de M. D B,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, né le 19 mars 1978 à Kagano Nyamashere (Rwanda), de nationalité rwandaise, déclare être entré sur le territoire français le 1er février 2016 et y a sollicité l'asile le 7 janvier 2019. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande par une décision en date du 19 mars 2021. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande d'asile par décision du 1er septembre 2022. Par un arrêté en date du 3 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa présente requête, M. D B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B D B est présent sur le territoire français depuis 2016. S'il s'est irrégulièrement maintenu en France après le rejet de sa demande d'asile, il a fait preuve d'une volonté d'intégration caractérisée. Il s'est impliqué en 2019 et 2020 dans un projet porté par le centre national des arts de la rue et de l'espace public avec l'école primaire de Saint-Martory (Haute-Garonne). Il s'est engagé comme bénévole auprès de la Délégation du Secours Catholique Périgors-Agenais pour rendre visite à des personnes sinistrées par les intempéries ayant touché le territoire Ribéracois en juin 2022. Il participe activement à l'aide aux demandeurs d'asile en leur apprenant la langue française au sein de l'association " Entra'mi " et contribue aux activités des " Restaurants du Cœur " dont il est bénévole depuis le 6 mars 2020. Les divers témoignages versés au dossier attestent également de l'aide qu'il a pu apporter à des personnes en difficulté ou handicapées. Enfin, il démontre une bonne maîtrise de la langue française, dans laquelle il s'est exprimé à l'audience. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu de son intégration en France, M. B D B est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que M. D B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 octobre 2022 du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les frais liés au litige :

5. Sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera la somme de 1 000 euros à Me Laspalles en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. D B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 3 octobre 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la situation de M. D B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Laspalles une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. D B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B D B, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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