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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207292

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207292

lundi 20 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 2 février 2023, M. E D, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui accorder sans délai une autorisation provisoire de séjour, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, le versement de cette même somme au visa du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale dans la mesure où la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale dans la mesure où les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi sont elles-mêmes illégales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit aux regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfète de l'Ariège a retenu plusieurs critères d'appréciation qui ne figurent pas au nombre des critères légaux permettant de prononcer une telle décision.

Un mémoire en production de pièces, présenté par la préfète de l'Ariège, a été enregistré le 5 janvier 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2023, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Cazanave, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise qu'il a été en difficulté pour contacter le requérant, que celui-ci a fait état de ses problèmes de santé, qui ont justifié son départ d'Algérie, que la préfète s'est fondée à tort de l'absence de droit au maintien pour fixer l'interdiction de retour sur le territoire français, que l'interdiction de retour sur le territoire français est donc entachée d'une erreur de droit,

- les observations de M. D, assisté de M. B C, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- la préfète n'étant ni présente, ni représentée.

Une note en délibéré, présentée par la préfète de l'Ariège, a été enregistrée le 8 février 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant algérien né le 21 février 1994 à Alger (Algérie), déclare être entré sur le territoire français en octobre 2021. Par un arrêté du 21 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. D a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 25 octobre 2021. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a clôturé sa demande d'asile par une décision du 17 février 2022. Le 14 décembre 2022, la préfète de l'Ariège a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En vertu du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

3. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Ariège s'est livrée à un examen particulier de la situation de M. D. Le moyen tiré de ce qu'elle n'aurait pas procédé à un examen de sa situation avant que ne soient prises les décisions contestées manque dès lors en fait et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. M. D, qui est entré sur le territoire français en octobre 2021, est célibataire et sans charge de famille. Il n'a été admis à séjourner sur le territoire français que durant l'examen de sa demande d'asile. Il n'établit pas qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France. En outre, M. D n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents, ses frères et sœurs. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il a déjà fait l'objet, le 21 octobre 2021, d'une précédente mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an qu'il n'a pas respectée. Enfin, le comportement de l'intéressé, qui a été condamné par jugement du Tribunal judiciaire de Toulouse le 15 décembre 2021 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de dégradation et détérioration de bien et qui a été écroué le 2 février 2022 à la maison d'arrêt de Foix pour les faits de vol par effraction et escroquerie, constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

5. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

8. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

9. Pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète de l'Ariège s'est fondée sur cinq motifs successifs : la perte du droit de se maintenir sur le territoire français, l'absence de menace en cas de retour en Algérie, la menace avérée à l'ordre public, la soustraction à une précédente mesure d'éloignement et, enfin, l'absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables en France. Le requérant fait valoir que le premier de ces motifs n'est pas au nombre des critères légaux prévus par les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant de prononcer et de fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Cependant, il résulte de l'instruction, que la préfète aurait pris la même décision, tant dans le principe que dans la durée, si elle ne s'était fondée que sur les quatre autres motifs retenus. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté litigieux en date du 14 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte sont donc rejetées.

Sur les frais liés aux litiges :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante en l'espèce, les sommes réclamées au titre des frais exposés non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Cazanave et à la préfète de l'Ariège.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2023.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. POUPART

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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