mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301178 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MIREPOIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 2 et 7 mars 2023, Mme H K, représentée par Me Mirepoix, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 10 février 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, mettre à la charge de l'Etat cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est justifiée par la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît l'impératif de proportionnalité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est justifiée par les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et refusant le délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 251-4, L. 251- 6 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée ;
- la durée de l'interdiction de circulation est excessive ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est justifiée par les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et refusant le délai de départ volontaire.
Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés le 3 et le 6 mars 2023, le préfet des Alpes-Maritimes représenté par le cabinet SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté et, à titre subsidiaire, que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Rostain substituant Me Mirepoix, représentant
Mme K, qui conclut aux mêmes fins, produit trois pièces (l'arrêté de rétention, une attestation et une facture d'électricité), et précise que la requérante est de nationalité croate, qu'elle a été incarcérée à compter du 2 novembre 2022 pour des faits de vol par ruse, que durant sa détention, le 28 février 2023, à 3 h 33, elle s'est vue notifier un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, qu'elle s'est vue notifier ensuite l'arrêté portant rétention, que la requérante n'a pas été assistée d'un interprète lors de la notification de l'obligation de quitter le territoire français, que l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'assistance d'un interprète est obligatoire, que l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'étranger doit être informé de ce qu'il peut recevoir les principales informations dans une langue qu'il comprend, que l'article L. 614-14 du même code doit aussi être informé de ce qu'il peut demander l'assistance d'un interprète, que ces dispositions sont applicables à un ressortissant communautaire ainsi que l'a jugé la Cour d'appel de Bordeaux (CAA Bordeaux, 17 décembre 2019, n° 19BX02688), que la requête ne saurait donc être regardée comme irrecevable, que s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la requérante aurait été entendue avant l'édiction de l'arrêt litigieux, que la principe général du droit de l'Union européenne a été méconnu et a privé la requérante d'une garantie, par là-même, l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen, qu'il résulte de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, de l'article 17-1 de la loi n°95-73, des articles L. 114-1 et L. 234-1 du code de sécurité intérieur, et de l'article L. 251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la consultation des antécédents judiciaires est limitée à certaines mesures au nombres desquelles ne figurent pas les obligations de quitter le territoire français, que s'agissant du refus de délai, la décision n'est motivée ni en fait ni en droit, car elle ne vise pas l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne fait état d'aucune condition d'urgence, que s'agissant de l'interdiction de circulation sur le territoire, cette décision n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen, qu'enfin la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux, eu égard à la présence de sa famille en Italie, que sur le fond, le préfet ne démontre pas s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français l'existence d'une menace suffisamment grave à l'ordre public, cette condition devant s'apprécier en fonction de la situation personnelle, que la décision se borne à faire état d'une condamnation sans examiner sa situation personnelle, qu'il en résulte une erreur manifeste d'appréciation, que s'agissant du refus de délai de départ volontaire, la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, que le préfet a refusé le délai de départ sans justifier d'une urgence particulière au sens de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'interdiction de circulation suppose que l'administration se fonde sur la durée de séjour, sur leur état de santé, sur l'intensité des liens et sur la vie privée et familiale de l'intéressée, que tel n'est pas le cas en l'espèce, qu'il en résulte une erreur manifeste d'appréciation et une erreur de droit au regard de l'article L. 251-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision porte aussi atteinte à sa vie privée et familiale, qu'enfin, la requérante devrait être renvoyée vers l'Italie, donc la décision fixant la Croatie comme pays de renvoi est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation,
- les observations de Mme K, assistée de Mme A, interprète en langue italienne, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme K, née le 19 août 1997 à Bergame (Italie), de nationalité croate, déclare être entrée sur le territoire français en octobre 2022. Elle a été condamnée à une peine d'emprisonnement de six mois à la maison d'arrêt de Nice du 2 novembre 2022 au 1er mars 2023 et a une interdiction de séjour dans les Alpes-Maritimes pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 10 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa présente requête, Mme K demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. F L, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour qui bénéficiait d'une délégation de signature, concurremment avec Mme C I son adjointe, et à Mme E M, cheffe du pôle éloignement, et à M. D J, chef du pôle contentieux, en vertu d'un arrêté n°2022-731 du 1er septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°197-2022 de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
4. En second lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de fait et de droit sur lesquelles l'autorité préfectorale s'est fondée pour prononcer les décisions en litige et ce avec une précision suffisante. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions contestées ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme K avant de prononcer la mesure d'éloignement en litige.
6. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
7. Mme K soutient que son droit d'être entendue a été méconnu. Toutefois, la requérante, qui allègue sans l'établir que son concubin résiderait en Italie et ne fait état d'aucune attache sur le territoire français, ne démontre pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle aurait été privée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen invoqué, tiré de la violation de son droit d'être entendue préalablement à la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit en conséquence être écarté
8. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 233-1 du même code : " () Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. / La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour. ".
9. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
10. D'autre part, aux termes de l'article 40-29 du code de procédure pénale : " I.- Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1 () du code de la sécurité intérieure (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes () peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. ". Aux termes de l'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes d'acquisition de la nationalité française et de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers ainsi que pour la nomination et la promotion dans les ordres nationaux ". Aux termes de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " () V. - Il peut être procédé à des enquêtes administratives dans les conditions prévues au second alinéa du I du présent article pour la délivrance, le renouvellement ou le retrait d'un titre ou d'une autorisation de séjour sur le fondement de l'article L. 234-1, L. 235-1, L. 425-4, L. 425-10, L. 432-1 ou L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou des stipulations équivalentes des conventions internationales ainsi que pour l'application des articles L. 434-6, L. 511-7, L. 512-2 et L. 512-3 du même code. ". Enfin, aux termes de l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure : " Un décret en Conseil d'Etat fixe la liste des enquêtes administratives mentionnées à l'article L. 114-1 qui donnent lieu à la consultation des traitements automatisés de données à caractère personnel mentionnés à l'article 230-6 du code de procédure pénale, y compris pour les données portant sur des procédures judiciaires en cours, dans la stricte mesure exigée par la protection de la sécurité des personnes et la défense des intérêts fondamentaux de la Nation. Il détermine les conditions dans lesquelles les personnes intéressées sont informées de cette consultation. ".
11. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la consultation des données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes pouvant être consultées, sans autorisation du ministère public, par les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat a été limitée, s'agissant des ressortissants de l'Union européenne, aux enquêtes prévues pour l'instruction des demandes de délivrance, de renouvellement ou de retrait d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 234-1 et L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, les mesures d'éloignement prises sur le fondement des dispositions de l'article L. 251-1 du même code ne sont pas au nombre des mesures précédemment énumérées.
12. Mme K soutient que, pour retenir que son comportement constitue un menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et prononcer à son encontre une mesure d'éloignement, le préfet s'est fondé sur la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires, dont il n'est pas établi qu'elle aurait été mise en œuvre dans le respect des dispositions précitées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale par des personnels individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. Toutefois, s'il est vrai que le préfet mentionne des faits pour lesquels l'intéressée est connue des services de police, qui ont été portés à sa connaissance par la consultation de ce fichier, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté du 10 février 2023 que celui-ci est également fondé sur la condamnation à une peine d'emprisonnement délictuel de six mois prononcée à l'encontre de la requérante le 2 novembre 2022, mentionnée dans la pièce intitulée " fiche pénale ", pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas procédé à la consultation du traitement des antécédents judiciaires de Mme K mais s'était uniquement fondé sur les mentions figurant dans cette " fiche pénale ", lesquelles permettent, compte tenu de la situation individuelle de la requérante, dépourvue de toute attache en France, de caractériser par elles-mêmes une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, de l'article 17-1 de la loi n°95-73, de l'article L. 114-1 et L. 234-1 du code de la sécurité intérieure et de l'alinéa 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
13. En quatrième et dernier lieu, Mme K ne justifie d'aucune attache sur le territoire national, où elle est entrée en octobre 2022, ni, au demeurant, sur le territoire italien. Il ne ressort pas des pièces qu'elle ne disposerait plus d'attaches dans son pays d'origine. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 12, le comportement de l'intéressée représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Dans ces conditions, le préfet en édictant la décision en litige n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".
16. Eu égard à ce qui a été exposé au point 12 du présent jugement, spécialement à la nature et sa présence sur le territoire français depuis moins d'un mois avant sa condamnation pour des faits de vol, le comportement personnel de Mme K représente, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il justifie ainsi l'urgence à l'éloigner. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit et de la méconnaissance de l'impératif de proportionnalité ne peuvent être accueillis.
17. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 13 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme K doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme K n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire à l'encontre de celle l'interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, ce moyen doit être écarté.
19. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme K avant de prononcer la décision en litige.
20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. " Aux termes du sixième alinéa de l'article L. 251-1 de ce code, applicable aux interdictions de circuler sur le territoire français en vertu de l'article L. 251-6 : " () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".
21. Pour interdire la requérante de circuler sur le territoire français, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le fait qu'elle avait fait l'objet d'une condamnation le
2 novembre 2022 par le tribunal judiciaire de Grasse à une peine d'emprisonnement de six mois. De surcroît, le préfet a pris en compte sa date d'entrée en France, sa relation de concubinage et l'absence de charge de famille. Au regard des motifs de l'interdiction de circulation, qui ne sont pas sérieusement contestés par la requérante, le préfet a pu sans commettre d'erreur de droit dans l'application des articles L. 251-4, L. 251-6 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixer à deux ans l'interdiction de circulation. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision serait d'une durée excessive.
22. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
23. Il résulte de ce qui a été dit aux points 12 et 13 du présent jugement que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision édictée par le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Mme K n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
24. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme K avant de fixer la décision fixant le pays de renvoi.
25. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi serait privée de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.
26. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () / ".
27. La requérante, qui a déclaré être de nationalité croate et ne justifie pas, par les seules pièces produites à l'audience, de la présence de son concubin en Italie, ne fait état d'aucune circonstance qui ferait obstacle à ce qu'elle soit éloignée à destination de la Croatie. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation de la situation de Mme K et le moyen doit être écarté.
28. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que Mme K n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 10 février 2023.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Mirepoix, la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme K est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H K, à Me Mirepoix et au préfet des Alpes-Maritimes.
Lu en audience publique le 7 mars 2023.
Le magistrat désigné,
F. B Le greffier,
M. G
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026