lundi 27 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301471 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CASTANET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 et 23 mars 2023, M. A F, représenté par Me Castanet, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 15 mars 2023 de la préfète de l'Ariège portant renouvellement de son assignation à résidence dans le département de l'Ariège pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi de 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté portant assignation à résidence est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un vice de procédure tiré du non-respect des principes généraux de l'Union européenne et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'un défaut de base légale en ce qu'il n'est pas fait référence à la décision de refus de séjour du 1er février 2023 qu'il entend contester ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- la préfète s'est crue, à tort, en situation de compétence liée et a méconnu l'étendue de sa compétence ;
- il est entaché d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- les modalités de l'assignation sont disproportionnées au regard de son comportement ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des faits.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu le rapport de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, né le 26 février 1988 à Ahmar El Aïn (Algérie), de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français le 24 mars 2018. Par un arrêté du 30 mars 2022, la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 18 mai 2022. Par deux arrêtés du 1er février 2023, la préfète de l'Ariège a refusé son admission au séjour, l'a invité à quitter le territoire français et l'a assigné à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours dans le département de l'Ariège. La légalité de ces arrêtés a été confirmée par un jugement du tribunal en date du 9 février 2023. Par un arrêté du 15 mars 2023, la préfète de l'Ariège a renouvelé l'assignation à résidence de M. F pour une durée maximale de quarante-cinq jours dans le département de l'Ariège. Par sa requête, M. F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, Mme C E, directrice de la citoyenneté et de la légalité, qui a signé la décision contestée, bénéficiait d'une délégation de la préfète de l'Ariège en vertu d'un arrêté du 18 août 2022, pour signer les décisions portant assignation à résidence. Cet arrêté a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Ariège le 26 août 2022. Contrairement à ce que soutient le requérant, ce recueil est accessible sur le site internet de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il a fait application, notamment les articles L. 731-1, L. 732-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait référence à l'arrêté pris par la préfète de l'Ariège le 29 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et l'arrêté du 1er février 2023 portant assignation à résidence. Il indique que M. F atteste être domicilié à Pamiers, qu'il ne justifie pas de contraintes personnelles ou professionnelles de nature à l'empêcher de respecter l'obligation de demeurer dans les locaux désignés entre 18 heures et 20 heures et que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l'arrêté en litige est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
6. Il ressort de l'ensemble des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative assigne à résidence un ressortissant étranger. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peut être utilement invoqué par M. F. Par suite, il ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas bénéficié de la procédure contradictoire prévue par ces dispositions.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été auditionné par les services de police le 30 mars 2022 et qu'il a été mis à même de présenter des observations sur la mesure d'éloignement envisagée à son encontre. Il a pu faire valoir à tout moment auprès de l'administration les éléments pertinents relatifs à sa situation tant en ce qui concerne son séjour en France que ses perspectives d'éloignement. L'intéressé n'avait pas à être spécifiquement informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une assignation à résidence. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu.
8. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il entend contester la décision portant refus de titre de séjour en date du 1er février 2023, laquelle ne constitue pas la base légale de la décision attaquée portant renouvellement de son assignation à résidence.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ". En vertu de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".
10. Dans le cas où l'exécution de l'obligation de quitter le territoire demeure une perspective raisonnable, l'administration peut prendre une décision d'assignation à résidence d'une durée maximale de quarante-cinq jours, renouvelable une fois, lorsque l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré ou n'a pas été accordé. La circonstance que la mesure d'assignation à résidence, prise dans le délai d'un an à compter de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle demeure exécutoire même après l'expiration de ce délai, continue de produire son effet au-delà de ce même délai, est sans incidence sur la légalité de cette mesure d'assignation.
11. M. F a été assigné à résidence dans le département de l'Ariège, en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour une durée de quarante-cinq jours en vue de la mise en œuvre d'une obligation de quitter sans délai le territoire français prononcée par la préfète de l'Ariège le 30 mars 2022. La décision d'assignation à résidence, notifiée le 17 mars 2023, a été prise dans le délai d'un an à compter de l'édiction de la mesure d'éloignement. Il n'est pas démontré que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Dans ces conditions, quand bien même l'arrêté contesté entraîne la poursuite de la mesure au-delà de l'expiration du délai d'un an courant à compter de l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français, la préfète de l'Ariège n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.
12. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète se serait estimée en situation de compétence liée ni qu'elle aurait méconnu l'étendue de sa compétence en renouvelant l'assignation à résidence de M. F.
13. En septième et dernier lieu, si M. F soutient que le caractère nécessaire de la décision n'est pas établi dès lors qu'il présente des garanties propres à prévenir le risque de soustraction, un tel moyen est inopérant à l'encontre d'une décision portant assignation à résidence fondée sur l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ne subordonnent pas son prononcé à l'existence d'un tel risque. De plus, si le requérant se prévaut d'attaches sur le territoire français notamment sa conjointe de nationalité française et son cercle amical, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée assigne M. F à résidence dans le département de l'Ariège, où se situe son domicile et où il réside avec sa compagne. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète ne l'a pas assigné à résidence en raison des faits qui lui sont reprochés à l'encontre de son ex-compagne mais pour l'exécution d'une mesure d'éloignement, prise à son encontre moins d'un an auparavant. Enfin, en soutenant que les modalités de l'assignation sont disproportionnées au regard de son comportement, le requérant n'invoque aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle au respect des obligations prescrites par l'arrêté. Dans ces conditions, l'arrêté assignant M. F à résidence n'est entaché ni d'une erreur dans la qualification juridique des faits ni davantage d'erreurs manifestes d'appréciation des faits et de sa situation. Ces moyens doivent dès lors être écartés. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est disproportionné eu égard à l'objectif qu'il entend poursuivre.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel la préfète de l'Ariège a renouvelé son assignation à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours dans le département de l'Ariège.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
16. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. F sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Me Castanet et à la préfète de l'Ariège.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.
Le magistrat désigné,
F. B Le greffier,
M. D
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026