lundi 4 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2305269 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GALINON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 août 2023, Mme A B, représentée par Me Galinon, demande à la juge des référés :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de la prendre en charge dans le cadre de l'hébergement d'urgence dès la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle va se retrouver à la rue et qu'elle craint pour son intégrité physique ainsi que celle de son fils, âgé de 14 ans ; de telles conditions de vie sont incompatibles avec son état de santé ; elle souffre d'un cancer pour lequel 28 séances de radiothérapie et 6 cycles de chimiothérapie ont été réalisés, et une curiethérapie a été mise en place ; une surveillance est également effectuée à l'Oncopôle, laquelle a récemment permis de déceler la présence d'un élément dont l'allure n'est cependant pas suspecte ; elle souffre également d'une insuffisance rénale aiguë qui a nécessité la pose de sondes JJ ainsi que plusieurs hospitalisations, une intervention étant prévue dans les prochains mois afin de remplacer les sondes posées en février 2023 ;
- le refus du préfet de la Haute-Garonne de procéder à leur hébergement méconnaît le droit à l'hébergement d'urgence garanti par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et le droit à la dignité humaine dès lors qu'elle se trouve dans une situation de grande vulnérabilité en raison de son état de santé ;
- il porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et à l'intérêt supérieur de son enfant, protégé par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant dès lors que la privation d'un hébergement aura des conséquences graves sur la santé physique et mentale de son fils, qui va connaître des conditions de vie dégradées ;
- il emporte des conséquences graves pour elle et son fils en les plaçant dans une situation de grande détresse matérielle et d'insécurité incompatible avec la poursuite de sa vie familiale et son état de santé.
Par un mémoire enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- en l'absence de carence caractérisée dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence, il n'est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de New-York sur les droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Au cours de l'audience publique du 1er septembre 2023 à 15 heures en présence de Mme Tur, greffière d'audience, Mme Poupineau a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Galinon, représentant Mme B, qui a repris en les précisant les moyens développés dans ses écritures, et indiqué qu'elle a quitté les lieux ce jour même et va passer sa première nuit dans la rue, que sa situation est suffisamment préoccupante pour que l'Udah la signale au préfet de la Haute-Garonne ; que son enfant va faire sa rentrée scolaire alors qu'il va vivre dans la rue ; qu'elle a été soignée pour son cancer en Grèce, puis en France, que la curiethérapie, réalisée en France, est terminée et qu'elle est sous surveillance ; que l'intervention pour le changement de ses sondes n'est pas encore fixée ; qu'en raison de son état de santé, elle doit avoir une hygiène et un régime alimentaire stricts ; que si le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a émis un avis défavorable à sa demande de titre de séjour, aucun refus de titre de séjour, ni aucune mesure d'éloignement ne lui a été notifié ; que la note produite par le préfet, qui date du 3 juillet 2023, n'est pas à jour et que la situation a évolué depuis, de nombreuses personnes ayant été contraintes de quitter leur lieu d'hébergement ; qu'aucune précision n'est apportée par cette note sur le profil des personnes hébergées,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante géorgienne, est entrée en France en septembre 2022, accompagnée de son fils, âgé de 14 ans, en vue d'y solliciter l'asile. Par la présente requête, Mme B demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de la prendre en charge sans délai avec son fils dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence.
Sur la demande d'admission, à titre provisoire, de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels la juge des référés doit se prononcer, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département, prévue à l'article L. 345-2-4. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 de ce code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Et selon l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
6. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée, permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
7. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui est entrée en France en septembre 2022, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Elle a été prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration au titre du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile et a bénéficié, avec son fils, d'un hébergement. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision définitive de la Cour nationale du droit d'asile qui lui a été notifiée le 3 juillet 2023 et elle a été invitée, par un courrier du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse du 3 août 2023, à quitter son hébergement dans un délai de quinze jours, ce qu'elle a fait le 1er septembre 2023. Elle a ainsi, jusqu'à cette date, bénéficié d'un hébergement. Si elle allègue avoir, à diverses reprises, sollicité les services du 115 afin de se voir proposer un hébergement d'urgence et adressé au préfet de la Haute-Garonne, par l'intermédiaire de son conseil, plusieurs demandes de prise en charge, il ressort de la liste d'appels au centre 115 et des courriers qu'elle a produits que ces appels et demandes ont été effectués entre les 4 et 31 août 2023, alors qu'elle pouvait encore légalement occuper son lieu d'hébergement. Enfin, il ressort des documents médicaux versés à l'instance ainsi que des déclarations de la requérante au cours de l'audience, que le traitement par curiethérapie de Mme B, qui est atteinte d'un cancer, est achevé et qu'elle est simplement sous surveillance et que, s'agissant de l'insuffisance rénale aigüe dont elle souffre également, l'intervention destinée à remplacer les sondes JJ posées en février 2023 n'est pas programmée à brève échéance. Dans ces circonstances, eu égard notamment à ses conditions d'hébergement et au caractère préventif de ses démarches, la requérante, qui ne fait état pour son fils d'aucune vulnérabilité particulière, n'est pas fondée à soutenir que l'absence de prise en charge dont elle se plaint révélerait une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ou une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'hébergement d'urgence.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, en ce compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Galinon et au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 4 septembre 2023.
La juge des référés,
V. PoupineauLa greffière,
P. Tur
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026