jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2005421 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 novembre 2020 et 2 mars 2022 Mme E A, représentée par Me Noel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Val-de-Virvée, a, concernant sa maladie professionnelle affectant son coude gauche, fixé sa date de consolidation au 31 mars 2020 et son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) à 4 % ;
2°) d'enjoindre à la commune de Val-de-Virvée de procéder au réexamen de sa situation concernant sa maladie professionnelle du coude gauche, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Val-de-Virvée la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée en fait en méconnaissance de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle se réfère à un avis de la commission de réforme du 17 juin 2020 et au rapport d'expertise du docteur B du 22 mars 2020, lesquels ne traitent pas de la consolidation de sa maladie n°57B gauche et ne sont, en tout état de cause, pas joints à la décision contestée ;
- la commission de réforme était irrégulièrement composée en l'absence d'un médecin spécialiste en rhumatologie, en méconnaissance de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, ce qui l'a privée d'une garantie ; la présence d'un spécialiste était pourtant nécessaire dès lors que le docteur B ne s'est pas prononcé, dans son expertise, sur sa pathologie du coude gauche et a rendu un avis partiel ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la date de consolidation de sa maladie professionnelle du coude gauche ; la commune s'est fondée sur l'avis émis par la commission départementale de réforme du 17 juin 2020, laquelle s'est fondée sur l'avis du docteur B qui n'avait pas fixé de date de consolidation concernant le coude gauche ; sa pathologie est à ce jour évolutive, contrairement à la pathologie 57B droite dont elle ne conteste pas la date de consolidation retenue ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant le taux d'incapacité permanente partielle de sa maladie professionnelle 57B gauche fixé à 4 % ; le taux retenu pour le coude droit est de 8% alors que la pathologie du coude gauche est nettement plus invalidante, plus grave et au demeurant pas encore consolidée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2022, la commune de Val-de-Virvée, représentée par Me Boissy conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante.
Elle fait valoir que :
- la décision contestée n'est pas une décision individuelle défavorable et en tout état de cause, elle contient l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le maire de la commune s'est fondé ;
- la présence d'un médecin spécialiste n'était pas nécessaire dès lors que la commission de réforme s'est prononcée sur la date de consolidation et le taux d'IPP, concernant le coude gauche de Mme A, à quatre reprises en trois ans et la requérante a également bénéficié de nombreuses expertises médicales ; si le docteur B a mentionné, à tort, que la maladie du coude gauche n'était pas imputable au service, il avait toutefois connaissance du caractère bilatéral de l'épicondylite et a pu apprécier dans tous ses aspects la pathologie dont souffre la requérante ;
- la décision contestée n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation concernant la date de la consolidation de la pathologie du coude gauche au 31 mars 2020 et le taux d'IPP fixé à 4 % ; la requérante ne s'appuie sur aucune expertise ou avis médical pour contester cette date et ce taux.
Par ordonnance du 7 mars 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 7 avril 2021.
Un mémoire a été enregistré pour la commune de Val-de-Virvée le 5 avril 2022 mais n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,
- les observations de Me Noel, représentant Mme A,
- et celles de Me Taormina représentant la commune de Val-de-Virvée.
Une note en délibéré a été enregistrée le 22 septembre 2022 pour la commune de Val-de-Virvée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A, adjoint technique territorial principal de 2ème classe, a exercé des fonctions d'agent de restauration, puis d'animation périscolaire au sein de la commune de Val-de-Virvée. Le 7 avril 2017, elle a déclaré une maladie professionnelle d'épicondylite bilatérale laquelle a été reconnue imputable au service, concernant les coudes droit et gauche, par deux arrêtés du 1er octobre 2017. Par deux procès-verbaux de la séance du 17 juin 2020, la commission départementale de réforme des agents des collectivités locales a fixé la consolidation de sa maladie professionnelle des coudes gauche et droit au 31 mars 2021 et un taux d'IPP de 4% concernant le coude gauche et de 8% concernant le coude droit. Par un premier arrêté du 23 juin 2020, le maire de la commune de Val-de-Virvée a, concernant son coude droit, fixé la date de consolidation de son état de santé au 31 mars 2020 avec un taux d'IPP de 8%. Par un second arrêté du 23 juin 2020, le maire de la commune de Val-de-Virvée a, concernant le coude gauche, fixé la date de consolidation de son état de santé au 31 mars 2020 avec un taux d'IPP de 4%. Mme A a exercé un recours gracieux contre ce second arrêté, reçu le 10 août 2020, lequel a été implicitement rejeté. Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Val-de-Virvée a fixé la date de consolidation de sa pathologie du coude gauche au 31 mars 2020 avec un taux d'IPP de 4%.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ". Aux termes de l'article 3 du même arrêté, la commission de réforme comprend " 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes [] ".
3. Il résulte des articles 3 et 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière que, dans les cas où il est manifeste, au vu des éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par un agent est nécessaire pour éclairer l'examen de son cas, l'absence d'un tel spécialiste doit être regardée comme privant l'intéressé d'une garantie et comme entachant la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée
4. En l'espèce, il est constant qu'aucun médecin spécialiste n'était présent lors de la réunion de la commission de réforme qui a rendu son avis sur la date de consolidation de l'état de santé de Mme A et le taux d'incapacité permanente partielle à retenir. Il ressort également de cet avis que les deux médecins généralistes requis étaient présents. La commune de Val-de-Virvée soutient, en défense, que la présence d'un médecin spécialiste n'était pas requise dès lors que la commission, qui s'était déjà prononcée, à quatre reprises, sur l'épicondylite de la requérante, a pu rendre son avis après examen des expertises du docteur D du 21 juin 2017, du docteur C des 22 janvier 2018 et 2 juillet 2019 et du docteur B, médecin rhumatologue, du 22 mars 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les expertises du docteur C des 22 janvier 2018 et 2 juillet 2019 et les avis de la commission départementale de réforme des 4 avril 2018 et 4 septembre 2019, ont conclu à l'absence de consolidation des épicondylites des coudes droit et gauche reconnus imputables au service. Par ailleurs, aux termes de son rapport d'expertise du 22 mars 2020, le docteur B, saisi par la commune de Val-de-Virvée pour fixer une éventuelle date de consolidation et un taux d'IPP de " sa maladie professionnelle n°57B bilatérale du 16/02/2017 ", a conclu à la consolidation de sa pathologie affectant son coude droit au 31 mars 2020 avec un taux d'IPP de 8%. Il ne s'est toutefois pas prononcé sur la date de consolidation de sa pathologie affectant son coude gauche, ni n'a davantage fixé son taux d'IPP, dès lors qu'il a estimé, par erreur et comme le reconnaît en défense la commune, que cette pathologie n'avait pas été reconnue imputable au service. Au regard de ces éléments, et dès lors que, d'une part, les experts et la commission de réforme avaient, jusqu'alors, conclu à l'absence de consolidation de l'état de santé de Mme A et que d'autre part, la commission de réforme a été saisie sur la base des conclusions de l'expertise du docteur B lesquelles, bien que reconnaissant la gêne fonctionnelle qu'entraîne la pathologie du coude gauche, ne se prononcent expressément que sur la pathologie affectant son coude droit, la présence d'un médecin spécialiste était manifestement nécessaire, pour éclairer l'examen de la commission de réforme sur son cas, et plus particulièrement sur son coude gauche. A cet égard, la commune ne peut se prévaloir d'un " complément d'expertise médicale du 9 mars 2020 ", rédigé le 2 août 2022, soit postérieurement à la réunion de la commission de réforme. Par suite, l'absence d'un tel spécialiste a privé Mme A d'une garantie et a entaché la procédure devant la commission d'une irrégularité.
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 23 juin 2020, fixant la consolidation de sa maladie professionnelle du coude gauche au 31 mars 2020 avec un taux d'IPP à 4%, est annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le maire de la commune de Val-de-Virvée procède au réexamen de la situation de Mme A. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Val-de-Virvée demande au titre des frais liés au litige. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Val-de-Virvée une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du 23 juin 2020, fixant la date de consolidation de sa maladie professionnelle du coude gauche au 31 mars 2020 et un taux d'IPP de 4%, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Val-de-Virvée de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 3 : La commune de Val-de-Virvée versera à Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Val-de-Virvée présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la commune de Val-de-Virvée.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauzies, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
La rapporteure,
A. F
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026