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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204014

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204014

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFRECHE ET ASSOCIES AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022, M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel le maire de Fargues-Saint-Hilaire a délivré à la société par actions simplifiées Nexity IR Programmes Aquitaine un permis de construire portant sur un ensemble de 30 logements intergénérationnels sur la parcelle cadastrée section AB n° 118 située 9 chemin du Caillou.

Il soutient que :

- le projet méconnaît les dispositions de l'article 2 du règlement de la zone 1AU dès lors que l'opération d'aménagement d'ensemble est inférieure à 1 hectare ;

- il méconnaît également des dispositions relatives à l'orientation et d'aménagement et de programmation n° 1 " Les Bons Enfants " qui prévoient une capacité d'accueil théorique de 10 logements dans cette zone ; cette orientation est opposable dans un rapport de compatibilité ;

- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2022, la société Nexity IR Programmes Aquitaine, représentée par Me Durant, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et dans tous les cas à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La requête et le mémoire ont été communiqués à la commune de Fargues-Saint-Hilaire, qui n'a pas produit d'observation en défense.

Par une ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 9 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand,

- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,

- les observations de M. B,

- et les observations de Me Bernard, représentant la société Nexity IR Programmes Aquitaine.

Une note en délibéré présentée par la société Nexity IR Programmes Aquitaine a été enregistrée le 15 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel le maire de Fargues-Saint-Hilaire a délivré à la société par actions simplifiées Nexity IR Programmes Aquitaine un permis de construire portant sur un ensemble de 30 logements intergénérationnels sur la parcelle cadastrée section AB n° 118 située 9 chemin du Caillou.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme : " Les zones à urbaniser sont dites "zones AU". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs destinés à être ouverts à l'urbanisation. / Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone et que des orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement en ont défini les conditions d'aménagement et d'équipement, les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement ".

3. Aux termes de l'article 1 du règlement de la zone 1AU du plan local d'urbanisme : " Les occupations et utilisations du sol suivantes sont interdites : / 1.1 Les constructions à usage d'habitation, si elles ne sont pas réalisées dans le cadre d'une opération d'aménagement d'ensemble (lotissements à usage d'habitation, constructions à usage d'habitat collectif et opérations groupées d'habitations) () ". Aux termes de l'article 2 de ce règlement : " Les occupations et utilisations du sol non interdites par l'article 1 sont autorisées sous réserve qu'elles ne compromettent pas l'urbanisation de l'ensemble de la zone et ne la rendent pas plus onéreuse. / Elles doivent : / - être compatibles avec les Orientations d'Aménagement et de Programmation et notamment les indications de desserte, / - être immédiatement raccordables aux divers réseaux ou prendre en charge les renforcements de réseaux nécessaires, / - respecter les conditions suivantes : / 2.1 - Les opérations d'aménagement d'ensemble (lotissements à usage d'habitation, constructions à usage d'habitat collectif et opérations groupées d'habitations, (comprenant éventuellement des constructions à usage d'équipements, de bureau, commerce, service, etc) à condition : / - qu'elles portent sur une superficie d'au moins 1 hectare. Toutefois, cette règle de taille minimale d'opération n'est pas applicable lorsque le regroupement des unités foncières encore disponibles dans la zone ne permet plus d'atteindre ce seuil () ".

4. Les dispositions modifiées du plan local d'urbanisme relatives aux orientations d'aménagement et de programmation (OAP) prévoient, s'agissant de l'OAP n° 1 " Les Bons Enfants ", une surface totale de 1,3 hectare et une surface disponible de 0,7 hectare. Dans ces conditions, la surface disponible dans la zone des Bons Enfants était inférieure à 1 ha et le projet ne pouvait pas atteindre ce seuil, de sorte que la règle relative à la taille minimale d'opération n'était pas applicable. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le projet méconnaîtrait les dispositions de l'article 2 du règlement de la zone 1AU au motif que son terrain d'assiette est inférieur à 1 hectare.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) d'un plan local d'urbanisme et, en particulier, en contrarient les objectifs.

6. Les dispositions modifiées du plan local d'urbanisme relatives aux OAP prévoient une capacité d'accueil théorique de l'OAP n° 1 " Les Bons Enfants " de 10 logements, estimation fondée sur une base de 670 m² par logement en incluant les espaces paysagers et la voirie. La modification de cette OAP afin de limiter le nombre de logements et non de constructions se justifie, ainsi qu'il ressort du rapport de présentation de cette modification, par la circonstance que la production de logements à Fargues-Saint-Hilaires dépasse de très loin les prévisions initiales prévues par le projet d'aménagement et de développement durable.

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet porte sur l'édification, sur une partie de l'OAP n° 1 " Les Bons Enfants " d'environ 0,3 hectare, d'un ensemble de 30 logements intergénérationnels. Contrairement à ce que soutient la société pétitionnaire, les dispositions du code de l'urbanisme régissant les OAP permettent à l'autorité administrative de prévoir une capacité quantifiée d'accueil théorique dans chacune de ces zones. En l'espèce, le nombre de logement prévu est trois fois supérieur à celui estimé pour l'ensemble de l'OAP n° 1, alors que le projet couvre moins de la moitié de l'espace disponible dans cette zone. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le projet est incompatible avec les orientations d'aménagement et de programmation en ce que le nombre de logements est trop élevé.

8. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du maire de Fargues-Saint-Hilaire serait entachée d'un quelconque détournement de pouvoir.

9. Il résulte de ce qui précède que, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, seul le moyen relevé au point 7 est susceptible d'entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

10. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code: " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

11. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

12. En l'espèce, le vice relevé au point 7 est susceptible d'être régularisé. Les parties ayant été mises à même de présenter leurs observations, il convient de surseoir à statuer sur les requêtes pour permettre la régularisation du permis de construire en litige, jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la date de notification du jugement, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête pour permettre la régularisation du permis de construire contesté, jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société Nexity IR Programmes Aquitaine et à la commune de Fargues-Saint-Hilaire.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le rapporteur,

L. JOSSERAND Le président,

L. POUGET

La greffière,

M-A PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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