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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301370

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301370

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantLIEBEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 30 novembre 2023 et le 4 septembre 2024, la société Rogine Promotion, représentée par Me Liebeaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 6 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé d'abroger l'arrêté préfectoral du 26 septembre 2016 fixant les mesures destinées à assurer la pérennité de la sécurité de l'exploitation de la gare de triage ferroviaire d'Hourcade sur le territoire des communes de Bègles et de Villenave-d'Ornon ;

2°) de mettre à la charge du préfet de la Gironde une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté préfectoral du 26 septembre 2016 est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales en imposant des prescriptions d'inconstructibilité plus contraignantes que la règlementation applicable aux gares de triage ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation, la gare d'Hourcade n'étant pas dangereuse.

Par ordonnance du 27 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 décembre 2023.

Le préfet de la Gironde a produit un mémoire en défense le 4 octobre 2024 qui n'a pas été communiqué.

La société Rogine Promotion a été invitée, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.

Une note en délibéré a été produite le 20 octobre 2024 par la société Rogine Promotion et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément Boutet-Hervez ;

- les conclusions de M. Xavier Bilate rapporteur public ;

- et les observations de Me Liebeaux représentant la société Rogine Promotion.

Le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La société Rogine Promotion est propriétaire d'un terrain d'une superficie de 113 731 m2 situé 46 rue du Tronquet à Villenave d'Ornon. Par un arrêté du 26 septembre 2016, le préfet de la Gironde a fixé les mesures destinées à assurer la pérennité de la sécurité de l'exploitation de la gare de triage ferroviaire d'Hourcade sur le territoire des communes de Bègles et de Villenave d'Ornon. Par un courrier reçu par la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) le 6 octobre 2022, la société Rogine Promotion a demandé l'abrogation de cet arrêté. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet dont la société requérante demande l'annulation.

Sur la portée des conclusions à fin d'annulation :

2. Par un courrier du 29 juin 2012, le préfet a porté à la connaissance du maire de Villenave d'Ornon les résultats de l'étude de danger réalisée en mai 2010 concernant les risques technologiques auxquels sa commune est exposée. Par un arrêté du 21 janvier 2014, le préfet de la Gironde a prescrit des mesures permettant d'assurer la sécurité des riverains de la gare d'Hourcade en édictant des règles d'exploitation et de maîtrise de l'urbanisation. Par un arrêté du 30 mars 2015, le préfet de la gironde a porté à la connaissance du président de Bordeaux Métropole, dans le cadre de la révision du plan local d'urbanisme, des éléments relatifs aux risques naturels et technologiques concernant la métropole. Par un courrier du 26 juin 2016, le préfet de la Gironde a porté à connaissance du président de Bordeaux Métropole les conséquences à tirer en matière d'urbanisme de la dangerosité de la gare d'Hourcade. Par un arrêté du 26 septembre 2016, le préfet de la Gironde a fixé les mesures destinées à assurer la pérennité de la sécurité de l'exploitation de la gare de triage ferroviaire d'Hourcade sur le territoire des communes de Bègles et de Villenave d'Ornon.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 21 janvier 2014 a été abrogée par l'arrêté du 26 septembre 2016. Par ailleurs, les courriers portant à connaissance mentionnés ci-dessus ne comportent aucune prise de position du préfet de la Gironde et ne constituent donc pas des décisions faisant griefs susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Dès lors, il convient de regarder les conclusions à fin d'annulation comme dirigées seulement contre la décision implicite de rejet du 6 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé d'abroger l'arrêté préfectoral du 26 septembre 2016.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En raison de la permanence de l'acte réglementaire, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir, doivent pouvoir être mises en cause à tout moment, de telle sorte que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales que cet acte est susceptible de porter à l'ordre juridique. Cette contestation peut prendre la forme d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger l'acte réglementaire, comme l'exprime l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration aux termes duquel : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de faits postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé [] ".

5. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte réglementaire illégal réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire d'office en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente, de procéder à l'abrogation de cet acte afin que cessent les atteintes illégales que son maintien en vigueur porte à l'ordre juridique. Il s'ensuit que, dans l'hypothèse où un changement de circonstances a fait cesser l'illégalité de l'acte réglementaire litigieux à la date à laquelle il statue, le juge de l'excès de pouvoir ne saurait annuler le refus de l'abroger. A l'inverse, si, à la date à laquelle il statue, l'acte réglementaire est devenu illégal en raison d'un changement de circonstances, il appartient au juge d'annuler ce refus d'abroger pour contraindre l'autorité compétente de procéder à son abrogation.

6. Il résulte du point 5 que lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.

7. En premier lieu, si, dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger un acte réglementaire, la légalité des règles fixées par celui-ci, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté préfectoral du 26 septembre 2016 est insuffisamment motivé est inopérant et doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale est assurée par le maire, toutefois : () / 3° Le représentant de l'Etat dans le département est seul compétent pour prendre les mesures relatives à l'ordre, à la sûreté, à la sécurité et à la salubrité publiques, dont le champ d'application excède le territoire d'une commune ; () ". L'existence de pouvoirs de police spéciale attribués au préfet par la règlementation applicable aux gares de triage ne fait pas obstacle à ce que le préfet use des pouvoirs de police générale qu'il tient de l'article L. 2215-1 pour règlementer le tri des wagons de marchandises et de matières dangereuses dans le but de sauvegarder la tranquillité publique.

9. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté préfectoral du 26 septembre 2016, dont l'abrogation est demandée, est fondé sur l'étude de danger réalisée le 11 avril 2016 par la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL). Ce dernier expose que la gare de triage ferroviaire d'Hourcade constitue un nœud ferroviaire incontournable du sud-ouest pour le transport de matières dangereuses telles que l'ammoniac, le chlore, l'acrylonitrile ou encore le GPL. Il expose que le trafic de matières dangereuses a sensiblement diminué depuis que le préfet a fixé par arrêté du 21 janvier 2014 les mesures destinées à assurer la sécurité des riverains et du voisinage de la gare, à tel point que la gare d'Hourcade a été exclue de la liste des gares soumises à étude de dangers par l'arrêté ministériel du 15 juin 2012 fixant la liste des ouvrages d'infrastructures routières, ferroviaires, portuaires ou de navigation intérieure et des installations multimodales soumis aux dispositions de la partie réglementaire du code de l'environnement portant application de l'article L. 551-2 du code de l'environnement. Il ressort également de ce rapport que les effets létaux significatifs sont susceptibles de survenir dans un périmètre de 2 250 mètres s'agissant des rejets toxiques de chlore, de 345 mètres s'agissant des rejets toxiques d'ammoniac, de 105 mètres pour les autres gaz toxiques assimilés à l'oxyde d'éthylène et de 430 mètres pour les rejets toxiques de liquides assimilés à l'acrylonitrile. En dépit des faibles probabilités de survenance d'un de ces événements létaux et de la baisse de fréquentation de la gare d'Hourcade, ces risques létaux existent et demeurent actuels. Par ailleurs, il ressort encore des pièces du dossier que le préfet de la Gironde a réduit les prescriptions d'inconstructibilité contestées une première fois le 21 janvier 2014 puis une seconde fois par l'arrêté du 26 septembre 2016. A cet égard, il convient de souligner que le périmètre d'inconstructibilité de 370 mètres autour de la délimitation des faisceaux 4 et 5 de la gare d'Hourcade a été retenu alors même que seuls les effets létaux, à l'exclusion d'un scénario de rupture totale, ont été pris en compte. En outre, le périmètre retenu par le préfet de la Gironde est largement inférieur à celui dans lequel sont susceptibles de survenir les effets létaux significatifs dus aux rejets toxiques de chlore ou encore de liquides assimilés à l'acrylonitrile. Ainsi, et nonobstant les faibles probabilités de survenance de ces risques, la décision attaquée n'est pas disproportionnée. Elle ne méconnaît pas davantage les dispositions de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Rogine Promotion doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Rogine Promotion est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Rogine Promotion, au préfet de la Gironde et à la SNCF Réseau.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. David Katz, président,

M. Damien Fernandez, premier conseiller,

M. Clément Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

C. Boutet-Hervez

Le président,

D. Katz La greffière,

S. Fermin

La République mande et ordonne au ministre de la Transition écologique, de l'Énergie, du Climat et de la Prévention des risques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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