jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2001876 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 2001876, par une requête et des mémoires enregistrés les 24 avril 2020, 25 novembre 2021 et 15 février 2022, Mme A E, représentée par le cabinet d'avocats Thalamas Laclau, agissant par Me Laclau, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Limoux à lui verser la somme de 111 786,96 euros en réparation des divers préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Limoux une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune n'ayant pu la protéger du harcèlement subi a commis une carence fautive ; elle a fait l'objet d'une discrimination en raison de son orientation sexuelle et n'a pas bénéficié de l'avancement qu'elle était en droit d'attendre ; elle sollicite la réparation de son préjudice moral à hauteur de 70 000 euros ;
- l'accident de service du 7 juin 2016 lui a causé une intoxication, des troubles dans les conditions d'existence et un état anxiodépressif et a nécessité un aménagement de ses conditions de travail, justifiant une indemnisation de son préjudice à hauteur de 10 000 euros ;
- nommée technicien territorial depuis le 1er janvier 2016, elle a été maintenue durant quatre années dans des fonctions ne correspondant pas à son cadre d'emploi, ce qui lui occasionne un préjudice moral, une perte sérieuse d'avancement et a des répercussions sur le montant de son traitement, qui seront indemnisés par une somme de 20 000 euros à parfaire :
- elle a perçu la nouvelle bonification indiciaire (NBI) depuis le 1er janvier 2018 alors qu'elle y était éligible depuis le 1er janvier 2015, soit un manque à gagner de 1 686,96 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 septembre 2020, 10 décembre 2021 et 15 mars 2022, la commune de Limoux, représentée par la SCP Charrel et Associés, agissant par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme E une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
II. Sous le n° 2004068, par une requête et des mémoires enregistrés les 16 septembre 2020, 28 février, 4 avril et 23 mai 2022, Mme A E, représentée par le cabinet d'avocats Thalamas Laclau, agissant par Me Laclau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commune de Limoux a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre à la commune de Limoux de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Limoux une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- qu'elle a été victime de harcèlement moral dans l'exercice de ses fonctions et remplit les conditions pour se voir accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
- que la décision est entachée d'erreur de procédure et d'erreur de droit, en ce qu'elle est une sanction disciplinaire déguisée, qui ne fait pas partie des sanctions prévues par les dispositions législatives et règlementaires et ne pouvait intervenir sans être précédée d'une procédure disciplinaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mai 2021, 3 mars 2022 et 10 mai 2022, la commune de Limoux, représentée par la SCP Charrel et Associés, agissant par Me Gaspar, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme E une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail,
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crampe, première conseillère,
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,
- les observations de Me Touboul, représentant Mme E, et celles de Me Carnelutti, représentant la commune de Limoux.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°s 2001876 et 2004068 présentées par Mme E sont relatives à la situation administrative d'un même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme E, recrutée en qualité d'agent contractuel par la commune de Limoux en 2004, a été titularisée au grade d'adjoint technique territorial en 2007. Elle a ensuite été successivement nommée agent de maitrise territorial puis, le 1er janvier 2016, technicien territorial. Elle remplit, depuis son recrutement, les fonctions d'agent d'entretien au sein du service des espaces verts. Par courrier daté du 26 décembre 2019, réceptionné le 27 décembre suivant, Mme E a adressé une demande indemnitaire à son employeur. Par courrier daté du 20 mai 2020, réceptionné le 28 mai suivant, elle a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle. La commune a gardé le silence sur ces demandes. Elle demande, par sa requête enregistrée sous le n° 2001876, la condamnation de la commune de Limoux à lui verser une somme de 111 786,96 euros en réparation des divers préjudices subis, tenant à la carence de l'administration à la protéger d'un harcèlement moral, à un accident de service, au défaut de versement de la nouvelle bonification indiciaire et des primes correspondant à son grade, et au défaut de nomination sur un emploi correspondant à son grade. Par la requête enregistrée sous le n° 2004068, elle sollicite l'annulation de la décision rejetant implicitement sa demande de protection fonctionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le harcèlement moral et la discrimination :
3. Aux termes de l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dite loi Le Pors, dans sa version alors en vigueur : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs () orientation sexuelle ou identité de genre () ".
4. Aux termes de l'article 6 quinquies de cette loi : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Aux termes de l'article 11 de cette même loi : " I.- À raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () / IV. - La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Le juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
6. Pour faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, Mme E fait valoir que ses conditions de travail se sont dégradées sous la direction de M. C, son chef de service, lequel a fait preuve à son encontre de brimades, gestes obscènes et misogynes, dénigrement, notamment en raison de son orientation sexuelle, comportements signalés auprès de sa hiérarchie. Elle soutient que participaient à ces agissements les adjoints de M. C, MM. B et D, et que les comportements ont persisté de la part de M. B, devenu chef de service après le départ de M. C. Elle soutient également que c'est en raison de la discrimination liée à son orientation sexuelle qu'elle n'a pas reçu l'avancement de poste qu'elle était en droit d'attendre, soit une nomination au poste de chef du service espaces verts occupé par M. C à son départ en retraite. Elle invoque l'état dépressif réactionnel dont elle est affectée en raison de ces comportements.
7. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme E a travaillé sous les ordres de M. C, chef du service " espace verts ", dont plusieurs témoignages rapportent l'irascibilité ainsi que le caractère inapproprié de ses comportements à l'égard de l'ensemble des agents travaillant sous ses ordres. Mme E a signalé un évènement en particulier lors d'un courrier adressé au maire le 9 mars 2015, dont elle signale qu'il l'a extrêmement affectée, en précisant qu'elle saisirait le médecin du travail et le CHSCT si l'administration ne prenait pas les mesures qui s'imposaient. Un arrêt de travail a été délivré à la requérante du 29 mars au 1er avril 2015, en raison d'un accident de travail imputable au service. Elle a à nouveau manifesté, courant avril 2016, par un courrier consécutif à un entretien avec le directeur général des services de la commune tenu le 31 mars 2016, un grief à l'encontre de M. C.
8. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'après une altercation physique avec l'un des agents, M. C a été écarté de son poste avec interdiction d'entrer en relation avec le personnel du service, jusqu'à son départ en retraite le 1er juillet 2016. Si les témoignages fournis par Mme E exposent que M. C tenait des propos dégradants et insultants à son propos, faisant parfois mention de son orientation sexuelle, en compagnie de ses adjoints, MM. B et D, il n'apparait pas que ces discussions aient eu lieu en présence de la requérante. La révélation par les témoignages de tensions entre M. C et elle, si elle est révélatrice d'un conflit interpersonnel, montre que ce conflit est en relation avec un contexte où, d'une part, l'attitude de M. C était inappropriée à l'égard de tous les agents, et d'autre part Mme E se plaint de n'être pas suffisamment responsabilisée en relation avec son grade de technicien, acquis par concours, auprès de ce dernier. A ce titre, l'incident relaté le 31 mars 2016 entre M. B et M. C et l'intéressée a trait à ses demandes de bénéficier de tâches en rapport avec son grade. De plus, la requérante s'est vu reprocher, lors de son évaluation annuelle, des difficultés dans le suivi des maladies et la détermination des besoins des plants dont elle devait s'occuper, et s'est vu reprocher, malgré de " bonnes idées ", d'avoir refusé de prendre plus de responsabilités dans la création des jardinières. L'ensemble de ces circonstances ne permet pas de regarder la requérante comme victime d'un harcèlement moral de la part de M. C.
9. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. B a succédé à M. C. Des malentendus et désaccords sont perceptibles entre la requérante et lui, notamment à propos de la réalisation par cette dernière de ses objectifs, au moment de l'entretien d'évaluation pour l'année 2017 dont elle conteste les éléments défavorables qui la concernent, et de la dénonciation par M. B de l'utilisation par la requérante du carburant du service pour un usage personnel, ce qu'elle conteste ou encore la falsification d'un formulaire d'arrêt de travail, ce qu'elle admet. Par ailleurs, la circonstance qu'elle ait été intoxiquée en raison de la présence de pesticides organophosphatés sur les plantes qu'elle manipulait le 7 juin 2016, traités le matin même par M. B, n'apparait pas résulter d'une intention de porter préjudice à Mme E, d'autres agents étant été exposés aux pesticides. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait adopté envers elle des comportements pouvant être qualifiés de harcèlement moral.
10. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction un quelconque comportement harcelant de la part de M. D à l'encontre de la requérante, qui a signalé le 14 mars 2019 dans un courrier au maire avoir connu un entretien d'évaluation constructif avec ce dernier et une notation positive.
11. En outre, Mme E, agent d'entretien des espaces verts référent secteur 2, correspondant à un cadre d'emploi d'adjoint responsable service espaces vert de catégorie C selon la fiche de poste, n'occupe pas d'emploi correspondant à son grade de technicien de catégorie B acquis par concours. Toutefois, il résulte de l'instruction que le maire a répondu au courrier de la requérante du 12 septembre 2018 par un courrier du 19 septembre suivant lui indiquant que le poste de co-responsable des espaces verts, qu'elle réclamait, " ne sera pas remplacé à la suite du futur départ de son titulaire () comme vous le savez notre collectivité qui subit des baisses de dotation, s'est engagée dans une démarche de son budget de fonctionnement et cela passe notamment par le non-remplacement des départs de agents ". Les observations portées sur sa fiche d'appréciation pour l'année 2018, où la requérante indique se sentir " dévalorisée par rapport au poste, perte démotivation, je sens que le service va fermer, un ressenti confirmé par mon chef de service ", révèlent en revanche un ressenti difficile de la requérante en raison du caractère inaccessible du poste de chef du service espaces verts auquel elle aspire. Elle a d'ailleurs refusé de signer, lors de l'entretien d'évaluation portant sur l'année 2018, la fiche du poste qu'elle occupait parce qu'il ne correspondait pas à ses aptitudes. Outre de nombreux échanges relatifs à l'insatisfaction de Mme E en ce qui concerne les tâches confiées, le degré de responsabilité, les primes perçues, la commune démontre que la requérante ne s'est pas présentée à plusieurs formations auxquelles elle était convoquée. Cette situation ne révèle pas qu'un frein serait mis à sa carrière en raison de sa personne ou de son orientation sexuelle, ni ne découle d'un harcèlement à son encontre.
12. Enfin, Mme E a bénéficié d'un arrêt de travail du 2 avril 2015, pour état anxio-dépressif réactionnel, puis du 7 au 27 juin 2016, en raison d'une intoxication aux organophosphates, et du 29 mars au 1er avril 2017, pour douleurs abdominales avec malaise. Le médecin du travail a indiqué, les 6 février 2016, 30 novembre 2016 et 12 juillet 2017, qu'un changement de service était médicalement nécessaire. Elle a adressé au maire de la commune, le 3 décembre 2016, un courrier par lequel elle se plaint d'être sous un régime indemnitaire de catégorie C, de n'être pas affectée sur un poste de technicien, et de la dégradation de sa santé au sein du service depuis son intoxication ainsi que de la nécessité de l'en changer. Toutefois, s'il résulte de l'instruction un vécu difficile par cette dernière de sa relation avec ses supérieurs hiérarchiques directs ainsi que de son statut au sein du service espaces verts, perceptible dans les courriers adressés au maire et les mentions portées par l'intéressée lors de ses entretiens d'évaluation, et s'il est indéniable qu'elle a subi un accident de travail en raison du contact avec un pesticide, il ne résulte cependant pas de l'instruction que le syndrome anxio-dépressif dont la requérante est atteinte, selon son médecin-traitant, résulterait d'un harcèlement moral ou d'une discrimination à son encontre.
En ce qui concerne les conséquences de l'accident de service du 7 juin 2016 :
13. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait.
14. Il résulte de l'instruction que Mme E a été placée en congés pour accident de travail reconnu imputable au service, du 8 au 27 juin 2016, après qu'elle ait été exposée accidentellement à un produit de traitement phytosanitaire organophosphoré nommé " Confidor ". Elle a été déclarée apte à la reprise du travail le 11 juillet 2016, avec restriction interdisant, outre le travail en serre ou tunnel et à proximité de végétaux fraîchement pulvérisés, l'utilisation de produits phytosanitaires durant un mois. Le 1er septembre 2016, elle a été déclarée apte, avec seulement des " phases de travail en extérieur à prévoir " et " avec port des EPI réglementaires ". Cette dernière préconisation se borne à rappeler la consigne permanente liée à l'utilisation de produits de traitement phytosanitaires.
15. Mme E soutient qu'à l'issue de son congé lié à l'exposition au produit de traitement, elle a été arrêtée le 1er juillet 2016, pour un " stress réactionnel et état anxio-dépressif ". Toutefois, d'une part, il ne résulte pas du certificat médical non circonstancié produit que cet état psychique soit lié directement et de manière certaine à l'exposition au produit phytosanitaire. D'autre part, elle ne justifie pas de troubles dans les conditions d'existence par la circonstance qu'elle a été amenée à travailler à l'extérieur plutôt qu'en serre durant un mois, ni du fait des médisances de ses collègues prétendant qu'elle a réagi excessivement à l'exposition au " Confidor ". Dès lors, ses conclusions tendant à l'indemnisation complémentaire des troubles dans les conditions d'existence résultant de l'exposition au " Confidor " doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'adéquation ente le grade et le poste occupé :
16. Aux termes de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 précitée : " Le grade est distinct de l'emploi. / Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent. / Toute nomination ou toute promotion dans un grade qui n'intervient pas exclusivement en vue de pourvoir à un emploi vacant et de permettre à son bénéficiaire d'exercer les fonctions correspondantes est nulle. Toutefois, le présent alinéa ne fait pas obstacle à la promotion interne d'agents qui, placés dans la position statutaire prévue à cette fin, sont soumis aux II et III de l'article 23 bis de la présente loi. / En cas de suppression d'emploi, le fonctionnaire est affecté dans un nouvel emploi dans les conditions prévues par les dispositions statutaires régissant la fonction publique à laquelle il appartient. ". Aux termes de l'article 4 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les fonctionnaires territoriaux appartiennent à des cadres d'emplois régis par des statuts particuliers, (). / Un cadre d'emplois regroupe les fonctionnaires soumis au même statut particulier, titulaires d'un grade leur donnant vocation à occuper un ensemble d'emplois. Chaque titulaire d'un grade a vocation à occuper certains des emplois correspondant à ce grade. / () leur nomination est faite par l'autorité territoriale. ".
17. Mme E soutient qu'en dépit de ses demandes réitérées, elle n'a pas été affectée sur un emploi correspondant à son grade. Toutefois, d'une part, titulaire de son poste d'agent du service " espaces verts ", elle perçoit la rémunération correspondant à son grade. Elle ne saurait ainsi prétendre qu'elle est placée dans la situation d'un fonctionnaire sans affectation.
18. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme E, qui a obtenu son grade de technicien par concours alors qu'elle occupait les fonctions d'agent responsable service espaces vert de catégorie C, n'a sollicité son affectation que sur un unique poste, celui de chef du service " espaces verts " de sa commune. Toutefois, ce poste n'a pas été ouvert au départ de son titulaire, M. C, en raison de la volonté de la commune, explicitée à Mme E par courrier du maire daté du 19 septembre 2018, de ne pas reconduire cet emploi, pour des raisons budgétaires. Il ne s'agit donc pas d'un poste vacant, au sens des dispositions précitées de la loi du 13 juillet 1983, auquel Mme E aurait pu prétendre. Mme E, qui encadre pour sa part deux agents en sa qualité de chef du secteur 2, n'établit pas que les mérites de M. B, qui occupait les fonctions d'adjoint au chef de service " espaces verts " et à qui ont été dévolues les fonctions qu'exerçaient M. C, soient inférieurs aux siens. En outre, si Mme E a vocation à occuper des fonctions telles que celles de chef du service espaces verts, elle n'a pas, pour autant, un droit à être nommée à ce poste sur lequel la commune pourrait, le cas échéant, légalement nommer un autre fonctionnaire remplissant les conditions réglementaires. Enfin, alors qu'il résulte de l'instruction que la collectivité a ouvert, depuis lors, un poste de " responsable des bâtiments " au grade de technicien de catégorie B, Mme E ne justifie ni même n'allègue qu'elle aurait postulé en vain sur ce poste correspondant à sa catégorie et à son grade. La requérante n'est ainsi pas fondée à soutenir que son maintien dans les fonctions d'agent d'entretien des espaces verts résulte d'une faute de la part de la commune.
19. Au surplus, Mme E ne justifie pas du préjudice qu'elle subirait par cette circonstance, et ses allégations tendant à affirmer que les autres techniciens en catégorie B de la commune perçoivent des primes dont elle serait privée ne sont pas établies.
En ce qui concerne le régime indemnitaire :
20. D'une part, Mme E ne peut prétendre, du seul fait qu'elle est titulaire du grade de technicien, à être indemnisée au titre des primes ou indemnités liées à l'exercice effectif des fonctions qu'elle n'occupe pas. Si elle soutient qu'elle doit bénéficier des dispositions de l'article 6 du décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 relatif à la prime de service et de rendement allouée à certains fonctionnaires relevant du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, dont le montant est fixé " en tenant compte, d'une part, des responsabilités, du niveau d'expertise et des sujétions spéciales liés à l'emploi occupé et, d'autre part, de la qualité des services rendus. ", elle ne justifie pas en quoi son niveau d'expertise et les sujétions spéciales liées à l'emploi qu'elle occupe en justifient l'attribution. De même, si elle soutient devoir bénéficier de l'indemnité horaire pour travaux supplémentaires dont bénéficieraient d'autres techniciens affectés dans la même collectivité, elle ne justifie pas remplir les conditions pour en bénéficier.
21. D'autre part, Mme E soutient qu'elle aurait dû bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) à compter du 1er janvier 2018, sans préciser à quel titre ni en vertu de quel fondement légal. La commune fait valoir en défense que la décision d'attribution de la NBI est relative aux interventions en quartier prioritaire " politique de la ville " dès lors qu'un agent y exerce plus de 50 % de son temps de travail. Mme E, qui s'est vu attribuer la NBI à compter du 1er janvier 2018, par arrêté du 1er février 2018 pris au visa du décret n° 2006-780 du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale exerçant dans des zones à caractère sensible, ne justifie pas qu'elle était éligible à celle-ci avant cette date.
22. Il résulte de ce qui a précède que la commune de n'a pas commis de faute sur ces points. Les conclusions indemnitaires de Mme E doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions en annulation de la décision refusant à Mme E le bénéfice de la protection fonctionnelle :
23. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
24. Il résulte de ce qui a été exposé aux points qui précèdent que Mme E ne démontre pas avoir été victime de harcèlement moral dans l'exercice de ses fonctions et ne justifie pas remplir les conditions pour l'octroi de la protection fonctionnelle. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le refus opposé à sa demande de bénéficier de la protection fonctionnelle dissimule une sanction déguisée, laquelle ne saurait se déduire du ton employé par la commune à l'occasion de ses écritures en défense dans la présente instance. Dès lors, les moyens tirés du vice de procédure, de l'erreur de droit, et de l'inexacte application des dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 doivent être écartés.
25. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la commune de Limoux a rejeté sa demande de protection fonctionnelle.
Sur les conclusions en injonction :
26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation et d'indemnisation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Limoux, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme que ce soit, au titre des frais exposés par Mme E et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Limoux présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2001876 et 2004068 présentées par Mme E sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Limoux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et à la commune de Limoux.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rigaud, présidente,
Mme Crampe, première conseillère,
M. Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
La rapporteure
S. Crampe La présidente,
L. Rigaud
La greffière,
M. F
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 8 décembre 2022.
La greffière
M. F
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026