vendredi 23 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2021637 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | VACARIE & DUVERNEUIL AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Montpellier le dossier de la requête de Mme A.
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 26 mars 2020, 24 septembre 2021, 6 octobre 2021 et 27 octobre 2021, Mme F A, représentée par Me Wormstall, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 28 janvier 2020 par laquelle le maire de Coubisou a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont elle souffre et du congé de longue durée en résultant ;
2°) d'enjoindre à la commune de Coubisou de reconstituer sa carrière pour la période du 17 décembre 2016 au 16 mars 2020 au titre de l'imputabilité au service de sa pathologie dépressive et du congé de longue durée, avec paiement d'une somme de 7 000 euros, majorée des intérêts au taux légal ;
3°) de condamner à la commune de Coubisou à lui verser la somme de 10 000 euros majorée des intérêts légaux, en réparation des chefs de préjudice résultant de sa pathologie et non compris dans le forfait à pension ;
4°) de condamner la commune de Coubisou à lui verser la somme de 20 000 euros majorée des intérêts au taux légal en réparation des chefs de préjudice résultant de son accident de service du 27 novembre 2015 et non compris dans le forfait à pension ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Coubisou les entiers dépens ;
6°) de mettre à la charge de la commune de Coubisou la somme de 3 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la détérioration de son état de santé, l'accident de service et le syndrome anxio-dépressif dont elle souffre sont en lien avec les conditions d'exercice de ses fonctions ;
- elle méconnaît l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'elle est victime d'agissements de harcèlement moral exercés par la maire de la commune qui ont dégradé son état de santé ;
- la commune de Coubisou a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en raison de ses conditions dégradées de travail et du harcèlement moral qu'elle a subis ;
- elle a subi des souffrances morales résultant de sa pathologie dépressive évaluées à la somme de 10 000 euros ;
- son préjudice financier est justifié à hauteur de 7 000 euros correspondant à la reconstitution de sa carrière pour la période allant du 17 décembre 2016 au 16 mars 2020 ;
- la responsabilité sans faute de la commune de Coubisou est engagée ;
- elle justifie de souffrances physiques et morales, d'un préjudice esthétique, d'un préjudice d'agrément et des conséquences professionnelles résultant de son accident de service évalués à la somme de 20 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 août et 20 octobre 2021, la commune de Coubisou, représentée par Me Duverneuil, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable faute de liaison du contentieux dès lors que la réclamation préalable ne comporte aucun fondement juridique au soutien des prétentions indemnitaires de la requérante ;
- les faits de harcèlement moral ne sont pas matériellement établis ;
- le lien direct entre la pathologie de la requérante et l'exercice de ses fonctions n'est pas établi ;
- sa responsabilité pour faute n'est pas engagée ;
- les préjudices invoqués ne sont pas établis.
Vu :
- l'ordonnance du 25 février 2020, par lequel le président du tribunal administratif de Toulouse a taxé et liquidé les frais de l'expertise réalisée par le docteur D à la somme de 1 200 euros.
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal est susceptible de procéder à une substitution d'office de base légale en substituant à l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 les dispositions du IV de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 en vigueur à la date à laquelle Mme A a présenté sa demande.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Duverneuil représentant la commune de Coubisou.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM) au sein de la commune de Coubisou depuis l'année 2007, a été victime d'une chute le 27 novembre 2015 dont le caractère imputable au service a été reconnu par la commune par un arrêté du 29 mars 2016. La date de consolidation des blessures subies à l'occasion de cet accident a été fixée au 16 décembre 2016 et un taux d'incapacité permanente partiel fixé à 9 % dont 6 % imputable audit accident. Par la suite, Mme A a été placée en congé maladie puis en congé longue durée en raison d'un syndrome anxio-dépressif pour la période allant du 17 décembre 2016 au 16 mars 2020. Par un courrier du 9 mai 2017, elle a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé et du congé longue durée en résultant. La commission de réforme a émis un avis défavorable à la demande de l'intéressée. Mme A a sollicité à nouveau la reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé par courrier du 27 novembre 2019 et l'indemnisation des préjudices résultant d'une part de son syndrome anxio-dépressif et d'autre part des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la survenance de son accident de service du 27 novembre 2015. Par une décision du 28 janvier 2020, la commune de Coubisou a rejeté sa demande. Par sa requête, Mme A en demande l'annulation et la condamnation de la commune de Coubisou à lui verser une somme totale de 37 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de la survenance de sa maladie et des conséquences de son accident de service.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il ressort des termes du courrier du 27 novembre 2019 que la requérante a sollicité, d'une part, la reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé et, d'autre part, l'indemnisation des préjudices résultant de son état de santé en faisant valoir la dégradation de ses conditions de travail et la survenance d'un accident de service. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune en défense, tiré du défaut de liaison du contentieux sera écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique a institué un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " en insérant dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires un article 21 bis aux termes duquel : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire./ Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".
4. L'application de ces dispositions résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 était manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 12 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Toutefois, l'article 15 du même décret organise des dispositions transitoires et dispose : " Le fonctionnaire en congé à la suite d'un accident ou d'une maladie imputable au service continue de bénéficier de ce congé jusqu'à son terme. Toute prolongation de ce congé postérieure à l'entrée en vigueur du présent décret est accordée dans les conditions prévues au chapitre Ier. / Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 37-2 à 37-7 du décret du 30 juillet 1987 précité ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret./ Les délais mentionnés à l'article 37-3 du même décret courent à compter du premier jour du deuxième mois suivant la publication du présent décret lorsqu'un accident ou une maladie n'a pas fait l'objet d'une déclaration avant cette date ".
5. Alors que Mme A a présenté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie dépressive par courrier du 27 novembre 2019, après l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019, le maire de Coubisou s'est fondé sur les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 pour rejeter ladite demande. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, et ainsi que les parties en ont été informées, cette décision trouve son fondement légal dans le IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Ces dispositions peuvent être substituées aux dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dès lors en premier lieu que de telles dispositions étaient applicables à la situation de Mme A à la date à laquelle elle a présenté sa demande, en deuxième lieu, une telle substitution de base légale n'a pour effet de priver Mme A d'aucune garantie et en troisième lieu, l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre des dispositions.
6. Pour soutenir que la pathologie dépressive dont elle souffre serait imputable au service, Mme A soutient que ses conditions de travail se seraient dégradées au fil des années, que les relations avec la maire de la commune et les élus seraient devenues conflictuelles à son détriment et se prévaut de plusieurs certificats médicaux. Toutefois si la requérante allègue d'une augmentation progressive de sa charge de travail et de manque de moyens pour réaliser l'ensemble des tâches qui lui étaient confiées, d'un manque d'intérêt de son employeur pour les difficultés qu'elle rencontrait ou encore de relations dégradées avec ce dernier, elle ne l'établit pas par les pièces qu'elle produit. Il ressort au contraire des pièces du dossier que la maire de la commune de Coubisou, sur demande de Mme A a supprimé les tâches annexes au sein de la mairie qu'elle exerçait afin de lui permettre de se consacrer aux seules missions d'ATSEM par un arrêté du 13 juillet 2012, et procédé en conséquence à une diminution du temps de travail en la fixant à 28 heures hebdomadaires en tenant compte d'un temps de travail annualisé. En outre, cette même autorité a autorisé deux visites du préventeur du centre de gestion de l'Aveyron, lequel a réalisé un chronométrage des tâches de Mme A et de son assistante le 18 mars 2013, et à l'issue duquel plusieurs préconisations ont été faites et suivies dans l'organisation des journées de deux agents afin de permettre à chacune d'effectuer leurs missions durant le temps de travail imparti à chacune, sans que le préventeur ne relève une surcharge de travail de la requérante. Quant aux certificats médicaux produits par la requérante, rédigés par le premier par un médecin généraliste, et le second par le médecin psychiatre de Mme A, ils se bornent à mentionner l'existence d'une pathologie dépressive dont souffre l'intéressée et faire état du ressenti de la requérante quant à la cause professionnelle de la pathologie dépressive, sans autre constatation relative au lien entre la survenance de cette pathologie et l'exercice des fonctions. Enfin, s'il est vrai que tous les rapports d'expertise retiennent que l'intéressée souffre d'un état anxio-dépressif, ni le rapport du docteur E, médecin psychiatre désigné par la commission de réforme dans le cadre d'une contre-expertise, ni celui du docteur D, expert judiciaire nommé par le président du tribunal administratif de Toulouse n'imputent cette situation aux fonctions exercées par Mme A ou à ses conditions de travail. Si la requérante se prévaut du rapport du docteur B, expert commis par la commission de réforme, ce médecin s'est borné à préciser que l'état de Mme A pouvait présenter un lien probable avec les conditions d'exercice de ses fonctions, sans conclure expressément à l'existence d'un lien direct. Enfin, et en tout état de cause, Mme A n'établit nullement que la pathologie dont elle souffre entraîne un taux d'incapacité au moins égal à 25 pour cent. Dans ces conditions, la pathologie dépressive de Mme A ne peut être regardée comme présentant un lien direct et certain avec l'exercice de ses fonctions ou ses conditions de travail et, par suite, comme une maladie contractée en service. Il s'ensuit qu'en refusant par la décision contestée de placer la requérante sous le régime applicable aux accidents et maladies professionnelles, la commune de Coubisou n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
8. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement, notamment lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtant un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
9. Mme A fait valoir tout d'abord qu'elle exerce ses fonctions d'ATSEM dans des conditions anormales en raison de la prise en charge de tâches qui ne sont pas relatives à son statut, de l'exercice d'heures de travail non rémunérées, au-delà des 30 heures prévues, se plaint d'une baisse unilatérale de ses heures de travail, d'une surcharge de travail au regard du temps qu'il lui est accordé, de réprimandes de la part de son employeur, de la prise de sanction disciplinaire de manière abusive et de l'enregistrement de discussions par son employeur. S'il résulte de l'instruction que la maire de Coubisou l'a affectée à la garderie à compter de la rentrée 2007 ce qui a entraîné pour l'intéressée la réalisation d'heures de travail supplémentaires à hauteur de 3 à 5 heures par semaine qui n'ont dans un premier temps pas fait l'objet d'une rémunération, il résulte de l'instruction qu'à la suite d'une intervention de la requérante et de son syndicat, le maire de Coubisou lui a accordé une compensation de jours de récupération équivalent à 150 heures. A compter de l'année 2012, saisi d'une demande expresse de Mme A, le maire de la commune a recentré les missions de l'intéressée sur ses seules missions d'ATSEM et a supprimé les tâches annexes au sein de la mairie, par un arrêté du 13 juillet 2012, et procédé à une diminution du temps de travail en conséquence en la fixant à 28 heures hebdomadaires en tenant compte d'un temps de travail annualisé.
10. Mme A se prévaut en outre d'une surcharge de travail, due à un manque de temps pour exercer ses missions, et se plaint notamment de l'augmentation de la taille des surfaces à nettoyer à la suite de l'agrandissement de la cantine scolaire, qu'elle effectuait seule. Toutefois, il résulte d'une part de l'instruction que le maire de Coubisou, à la demande de Mme A, a autorisé deux visites du préventeur du centre de gestion de l'Aveyron lequel a réalisé un chronométrage des tâches de Mme A et de son assistante, le 18 mars 2013, et à l'issue duquel plusieurs préconisations ont été faites et suivies dans l'organisation des journées de deux agents afin de permettre à chacune d'effectuer leurs missions durant le temps de travail, sans que le préventeur ne relève une surcharge de travail de la requérante. D'autre part, Mme A a bénéficié d'une formation.
11. Mme A se plaint enfin de relations conflictuelles avec la maire de la commune de Coubisou, qui aurait multiplié les reproches et humiliations, en procédant à plusieurs baisses de sa notation, en lui infligeant une sanction et en espionnant ses conversations au moyen d'un enregistreur dissimulé dans les vêtements. Toutefois, en se bornant à faire valoir le caractère injustifié de la sanction infligée, Mme A n'apporte aucun élément démontrant qu'une telle sanction aurait excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. De même, si Mme A soutient que la maire de la commune aurait manifesté de manière répétée à son endroit brimades et humiliations, cette affirmation ne repose sur aucun élément. Enfin, si la note de Mme A a été dégradée d'abord à deux reprises, d'abord au titre de l'année 2013 puis de l'année 2014, il résulte de l'instruction que la baisse, modérée, est justifiée par un non-respect des consignes et d'une exécution partielle des tâches incombant à l'agent au titre de l'année 2013, puis se sont aggravées l'année suivante. Si Mme A persiste à soutenir que ce non-respect s'explique uniquement par le manque d'heures lui permettant de réaliser les tâches, elle n'apporte aucun élément en ce sens, alors d'une part que le préventeur du centre de gestion n'a pas relevé l'impossibilité alléguée de réaliser les tâches incombant à la requérante, et d'autre part que le maire de la commune de Coubisou avait, ainsi qu'il a déjà été dit, supprimé les tâches annexes de la requérante afin de lui permettre de se consacrer à ses fonctions d'ATSEM. Dans ces conditions, la requérante ne soumet aux débats aucun élément susceptible de faire présumer l'existence du harcèlement moral allégué et n'est pas fondée à soutenir que cette situation serait à l'origine de la dégradation de son état de santé.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 28 janvier 2020 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la pathologie dont souffre Mme A :
13. En premier lieu, en l'absence de lien entre la pathologie dépressive dont souffre Mme A et le service, la requérante n'est pas fondée à demander l'indemnisation des préjudices en résultant.
En ce qui concerne l'accident du 27 novembre 2015 :
14. En second lieu, les dispositions qui instituent l'allocation temporaire d'invalidité ou la rente d'invalidité déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre au titre de l'atteinte dans l'intégrité physique dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie imputables au service, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice.
S'agissant de la responsabilité pour faute de la commune de Coubisou :
15. Mme A demande à être indemnisée des conséquences professionnelles résultant de l'accident de service du 27 novembre 2015. Toutefois, elle n'établit pas que l'accident à l'origine des préjudices dont elle demande réparation serait imputable à une faute commise par la commune de Coubisou. Par suite, ce chef de préjudice doit être écarté.
S'agissant de la responsabilité sans faute de la commune de Coubisou :
16. Il résulte de l'instruction que Mme A a été victime, sur son lieu de travail, d'une chute lui ayant occasionné des blessures au dos le 27 novembre 2015 dont le caractère imputable au service a été reconnu par la commune par un arrêté du 29 mars 2016. Mme A est donc fondée à demander à son employeur, même en l'absence de faute de celui-ci, la réparation des préjudices personnels subis tels que les souffrances physiques ou morales, le préjudice d'agrément ou les troubles dans les conditions d'existence en lien direct et certain avec cet accident.
S'agissant des préjudices :
17. Il résulte tout d'abord du rapport du docteur B du 1er septembre 2017 que Mme A a souffert d'un déficit fonctionnel permanent de 9 % dont 6 % sont imputable au service. Mme A état âgée de 50 ans à la date de consolidation, le 16 décembre 2016, il sera fait une juste appréciation du préjudice lié à ce déficit en l'indemnisant à hauteur de la somme de 6 000 euros.
18. Au titre des souffrances physiques endurées, mentionnées par le docteur B dans le rapport du 1er septembre 2017, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à Mme A la somme de 3 000 euros. En revanche, si la requérante demande l'indemnisation de souffrances morales, elle n'établit pas la réalité de ce préjudice.
19. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément, retenu par le docteur B, en allouant à Mme A une somme de 1 000 euros.
20. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander la condamnation de la commune de Coubisou à lui verser une somme totale de 10 000 euros au titre de la réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation et condamne la commune à verser une somme de 10 000 euros à la requérante, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
22. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ". Aux termes de l'article R. 621-13 du même code : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. () Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance ".
23. Les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse ont été liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros par l'ordonnance susvisée du 25 février 2020. Il y a lieu de mettre ces frais à la charge définitive de la commune de Coubisou.
24. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
25. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Coubisou le versement à Mme A d'une somme réclamée par cette dernière au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
26. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme que demande la commune de Coubisou à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Coubisou est condamnée à verser Mme A la somme de 10 000 euros.
Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros sont mis à la charge définitive de la commune de Coubisou.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A et à la commune de Coubisou.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Bossi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.
La rapporteure,
A. C Le président,
J.P. Gayrard
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 septembre 2022.
La greffière,
B. Flaesch
N° 2001637il
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026