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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101184

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101184

mardi 30 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101184
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantGELY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2021, la SAS Cuartero, représentée par Me Gely demande au juge des référés :

1°) de condamner, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la communauté de communes du Lodévois et Larzac à lui verser, à titre de provision, la somme de 123 092,86 euros :

- à titre principal, en exécution du décompte général et définitif notifié le 7 mai 2018 et en vertu du principe d'unicité et d'intangibilité du décompte, assortie des intérêts moratoires à compter du 7 mai 2018 ;

- à titre subsidiaire, en exécution du décompte général et définitif notifié le 7 mai 2018 et en vertu du principe d'unicité et d'intangibilité du décompte, assortie des intérêts moratoire à compter du 13 mars 2020 ;

- à titre infiniment subsidiaire, en exécution du solde du marché ainsi qu'en vertu du caractère indispensable des travaux supplémentaires, assortie des intérêts moratoires à compter du 7 mai 2018 ou du 13 mars 2020.

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Lodévois et Larzac la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- par acte d'engagement notifié le 15 janvier 2015, la communauté de communes Lodévois et Larzac lui a attribué le lot n°11 " cloisons, doublages, faux plafonds " du marché public d'extension et de restauration du musée de Lodève ;

- malgré les demandes répétées, de nombreux travaux supplémentaires ont été imposés par le maitre d'œuvre et le maitre de l'ouvrage, sans être régularisés par avenants ; tous les travaux sollicités et réalisés ont fait l'objet de devis validés par la maitrise d'œuvre, l'ensemble des travaux supplémentaire s'élèvent à 56 733,22 euros HT ;

- elle a informé le maitre d'œuvre, par courrier du 21 novembre 2017, de son refus de signer le procès-verbal des opérations préalables à la réception au motif qu'il y est fait mention d'une liste de réserves qui ne concernent pas les travaux prévus au marché ; aucun nouvel EXE 4 comportant une liste conforme des réserves ne lui a été transmis ;

- se basant sur les opérations préalables à la réception, elle a réalisé les travaux de finition afin de lever les réserves au procès-verbal des opérations préalables à la réception, ce qui permet de fixer la fin des travaux au 9 février 2018 ;

- la communauté de communes n'a pas adressé de décision de réception expresse dans les 30 jours suivant la date du procès-verbal des opérations préalables à la réception ; elle a pris possession de l'ouvrage, a minima le 7 juillet 2018, date d'inauguration du musée de Fleury, conformément aux dispositions de l'article 41.3 du CCAG travaux, il convient donc de considérer que les travaux ont été tacitement réceptionnés le 9 février 2018 ;

- par courrier du 4 mai 2018, elle a adressé au maitre de l'ouvrage ainsi qu'à la maitrise d'œuvre son projet de décompte final ;

- la communauté de communes ne lui ayant pas adressé de décompte général signé dans un délai de 30 jours à compter de la réception de sa demande de paiement finale, elle a notifié le 30 janvier 2020 à la communauté de communes son projet de décompte général et définitif ;

- conformément aux dispositions de l'article 13.4.4 du CCAG Travaux, la communauté de communes disposait d'un délai de 10 jours à compter de la réception du projet de décompte général, pour lui notifier son décompte général ;

- en l'absence de notification, dans le délai de 10 jours visé à l'article 13.4.4 du CCAG travaux, le projet de décompte général notifié par la société est donc devenu le décompte général et définitif du marché le 17 mai 2018, soit 10 jours après la réception du projet de décompte général et définitif, ou, au plus tard, le 13 février 2020 soit 10 jours après la réception du courrier du 30 janvier 2020 ;

- elle détient une créance de 123 092,86 euros TTC, 42 398,65 euros au titre du solde du marché, 68 079,86 euros au titre des travaux supplémentaires et 10 546,20 euros au titre de la révision des prix, non sérieusement contestable sur la Communauté de communes du Lodévois et Larzac.

Par un mémoire enregistré le 3 février 2022, la communauté de communes du Lodévois et Larzac, représentée par Me Bézard, conclut au rejet de la requête et à ce que la SAS Cuerto soit condamnée à lui verser la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

- qu'en application des dispositions combinées des article 41.1 et 41.3 du CCAG Travaux applicable dès lors, d'une part, que le maître d'œuvre a proposé, le 18 novembre 2017, au maître d'ouvrage de prononcer la réception avec réserves en précisant que la société Cuartero devait remédier aux imperfections et malfaçons relevées avant le 30 novembre 2017, ce qui fixait la date des opérations préalables à la réception, d'autre part, que le maître d'ouvrage a décidé de réceptionner les travaux avec réserves le 18 avril 2018, les travaux n'ont pas été réceptionnés tacitement ;

- la communauté de communes ayant décidé de réceptionner les travaux avec réserves, le 18 avril 2018, ce dont a été informée la société Cuartero puisqu'elle a participé aux opérations de levée des réserves en présence du maître d'œuvre le 3 mai 2018 et a signé le procès-verbal et cette dernière ayant notifié son projet de décompte général à la communauté de communes et au maître d'œuvre le 4 mai 2018, laquelle n'a pas notifié le décompte général du marché dans un délai de 30 jours à compter du 4 mai 2018 en application de l'article 13.4.2 du CCAG Travaux, il appartenait à la SAS Cuartero, conformément à l'article 13.4.4 du CCAG Travaux, de notifier au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, composé du projet de décompte final et du projet d'état du solde hors révision de prix définitive et du projet de récapitulation des acomptes mensuels et du solde, ce qu'elle n'a pas fait, ce qui fait obstacle à l'existence d'un décompte général tacite ;

- le au montant des sommes dues, à raison des travaux supplémentaires allégués n'est pas établi, le devis 8921 relatif à la pose de panneaux bois CTBX, n'ayant pas été accepté au motif que ces panneaux ont été proposés par la société elle-même pour venir en remplacement d'une prestation prévue à son marché, et il lui a toujours été indiqué que cette modification ne pourrait générer aucune demande de rémunération complémentaire ;

- enfin, l'application de pénalités de retard rend sérieusement contestable la créance constituée par des acomptes non réglés.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président du tribunal a désigné M. Souteyrand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- le code des marchés publics,

- l'arrêté du 8 septembre 2009, modifié par l'arrêté du 3 mars 2014, portant approbation du cahier des clauses administratives générales relatif aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement du 15 janvier 2015, la communauté de Communes Lodévois et Larzac (CCLL) a attribué à la SAS Cuartero le lot n°11 " cloisons, doublages, faux plafonds " dans le cadre du marché public d'extension et de restructuration de restauration du musée de Lodève. La SAS Cuartero estimant pouvoir se prévaloir d'un décompte général et définitif, intervenu tacitement, demande au juge des référés de condamner la Communauté de Communes du Lodévois et Larzac à lui payer, à titre de provision, la somme de 123 092,86 euros correspondant au solde du marché, 68 079,86 euros au titre des travaux supplémentaires et 10 546,20 euros au titre de la révision des prix.

Sur le principe de la provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 du CCAG, auquel le CCAP du marché ne déroge pas : " 41.1. Le titulaire avise, à la fois, le maître de l'ouvrage et le maître d'œuvre, par écrit, de la date à laquelle il estime que les travaux ont été achevés ou le seront. / Le maître d'œuvre procède, le titulaire ayant été convoqué, aux opérations préalables à la réception des ouvrages dans un délai qui est de vingt jours à compter de la date de réception de l'avis mentionné ci-dessus ou de la date indiquée dans cet avis pour l'achèvement des travaux, si cette dernière date est postérieure ". 41.2. " Les opérations préalables à la décision de réception . font l'objet d'un procès-verbal dressé sur-le-champ par le maître d'œuvre et signé par lui et par le titulaire. Si le titulaire refuse de signer le procès-verbal, il en est fait mention. Un exemplaire est remis au titulaire. / Dans le délai de cinq jours suivant la date du procès-verbal, le maître d'œuvre fait connaître au titulaire s'il a ou non proposé au représentant du pouvoir adjudicateur de prononcer la réception des ouvrages et, dans l'affirmative, la date d'achèvement des travaux qu'il a proposé de retenir, ainsi que les réserves dont il a éventuellement proposé d'assortir la réception. / Dans le cas où le maître d'œuvre ne respecte pas le délai de cinq jours mentionné à l'alinéa précédent, le titulaire peut transmettre un exemplaire du procès-verbal au représentant du pouvoir adjudicateur, afin de lui permettre de prononcer la réception des travaux, le cas échéant ". 41.3. Au vu du procès-verbal des opérations préalables à la réception et des propositions du maître d'œuvre, le maître de l'ouvrage décide si la réception est ou non prononcée ou si elle est prononcée avec réserves. S'il prononce la réception, il fixe la date qu'il retient pour l'achèvement des travaux. La décision ainsi prise est notifiée au titulaire dans les trente jours suivant la date du procès-verbal. / La réception prend effet à la date fixée pour l'achèvement des travaux. Sauf le cas prévu à l'article 41.1.3, à défaut de décision du maître de l'ouvrage notifiée dans le délai précisé ci-dessus, les propositions du maître d'œuvre s'imposent au maître de l'ouvrage et au titulaire ".

4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du procès-verbal, dressé le 9 novembre 2017, des opérations préalables à la réception des travaux, le maître d'œuvre avait proposé, le 18 novembre 2017, au maître de l'ouvrage de prononcer la réception avec réserves en précisant que la société Cuartero devait remédier aux imperfections et malfaçons relevées avant le 30 novembre 2017. Toutefois, le maître de l'ouvrage n'ayant notifié sa décision du 18 avril 2018 de réception les travaux avec réserve que postérieurement au délai de 30 jours visé à l'article 41.3 précité du CCAG, les propositions du maître d'œuvre s'imposaient tant au maître de l'ouvrage qu'au titulaire du marché et, à cet égard, la société Cuartero a signé le 3 mai 2018 le procès-verbal de levée des réserves et notifié son projet de décompte général. De sorte que, contrairement à ce que soutient la requérante, aucune réception tacite n'a pu naître, le 9 février 2018, du seul fait que la SAS Cuartero avait informé, le 21 novembre 2017, le maître d'œuvre de son refus de signer le procès-verbal des opérations préalables à la réception des travaux, dans la mesure ou les réserves listées dans ce cadre ne concernaient pas, selon elle, les travaux prévus au marché dont elle était titulaire et, qu'en l'absence d'une nouvelle liste de réserves plus conforme, et d'une décision expresse de réception avec réserves, elle a achevé, le 9 février 2018, les travaux de finition qu'elle estimait à sa charge afin de lever les réserves.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) des marchés de travaux, dans sa version du 3 mars 2014, applicable au marché : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier. () ". Aux termes de l'article 13.3.2 du même texte : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux telle qu'elle est prévue à l'article 41.3 ou, en l'absence d'une telle notification, à la fin de l'un des délais de trente jours fixés aux articles 41.1.3 et 41.3. ". Aux termes de l'article 13.4.2 : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. () ". Et, aux termes de l'article 13.4.3 : " Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. () " Enfin, aux termes de l'article 13.4.4 : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, composé : - du projet de décompte final tel que transmis en application de l'article 13.3.1 ; - du projet d'état du solde hors révision de prix définitive, établi à partir du projet de décompte final et du dernier projet de décompte mensuel, faisant ressortir les éléments définis à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; - du projet de récapitulation des acomptes mensuels et du solde hors révision de prix définitive. Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. Le décompte général et définitif est alors établi dans les conditions fixées à l'article 13.4.3. Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif. () Le décompte général et définitif lie définitivement les parties ".

6. Comme il l'a été dit au point 4., la société Cuartero a signé le 3 mai 2018 le procès-verbal de levée des réserves en présence du maître d'œuvre et notifié son projet de décompte général le 4 mai suivant. Toutefois la communauté de communes du Lodévois et Larzac n'ayant pas notifié le décompte général du marché dans un délai de 30 jours à compter du 4 mai 2018 en application de l'article 13.4.2 du CCAG Travaux, il appartenait à la SAS Cuartero, conformément à l'article 13.4.4 du même CCAG, de notifier au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, composé du projet de décompte final et du projet d'état du solde hors révision de prix définitive et du projet de récapitulation des acomptes mensuels et du solde, ce qu'elle n'a pas fait. Cette carence fait obstacle à l'existence d'un décompte général tacite dont la requérante entend se prévaloir à l'appui de ses présentes conclusions.

7. En troisième et dernier lieu, il ne résulte, en tout état de cause pas, de l'instruction que les travaux supplémentaires dont la SAS Cuartero demande la prise en compte correspondent à des travaux non compris dans le marché initial, qui n'auraient pas fait l'objet d'avenants et seraient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'existence de l'obligation, dont la SAS Cuartero se prévaut, présente un caractère sérieusement contestable. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête dans toute ses conclusions et, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions de la communauté de communes du Lodévois et Larzac en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la SAS Cuartero est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes Lodévois et Larzac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Cuartero, et à la communauté de communes Lodévois et Larzac

Fait à Montpellier, le 30 août 202Le juge des référés,

E. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

A Montpellier, le 30 août 202La greffière,

M. A

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