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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101807

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101807

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantS.C.P. CHICHET-HENRY AVOCATS - HG&C

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 avril 2021 et 6 février 2022, la commune de Saint-Cyprien, représentée par Me Chichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire d'Elne du 30 septembre 2020 instaurant un sens interdit sauf riverains et réglementant la circulation des poids lourds de plus de 3,5 tonnes sur le chemin de Charlemagne, ensemble la décision du 4 mars 2021 par laquelle le maire d'Elne a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Elne la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en l'absence d'une publicité suffisante de l'arrêté contesté, le recours gracieux formé par lettre du 22 février 2021 n'était pas tardif ;

- en interdisant l'accès à une voie de circulation pour un motif autre que ceux prévus à l'article L. 2213-4 du code général des collectivités territoriales, le maire d'Elne a commis une erreur de droit ;

- cette interdiction procède d'un détournement de procédure, l'objectif réel poursuivi par le maire d'Elne étant d'échapper à l'obligation d'entretenir la voie en cause ;

- cette interdiction totale n'est pas justifiée par la nécessité de protéger la tranquillité publique ou l'environnement et porte une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et de venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2021, la commune d'Elne, représentée par Me Bonnet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le recours gracieux ayant été formé après l'expiration du délai de recours contentieux, la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Bonnet, représentant la commune d'Elne.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 septembre 2020, le maire d'Elne a pris un " arrêté de circulation permanent instaurant un sens interdit sauf riverains et réglementant la circulation des poids lourds de plus de 3,5 tonnes " sur le chemin de Charlemagne. Par une lettre du 22 février 2021, le maire de Saint-Cyprien a demandé le retrait de cet arrêté. Le maire d'Elne lui a opposé un refus par une lettre du 4 mars 2021. La commune de Saint-Cyprien demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du 30 septembre 2020, ensemble la décision du 4 mars 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort de la motivation de l'arrêté contesté que celui-ci a été pris sur le fondement des dispositions des articles L. 2213-1 à L. 2213-4 du code général des collectivités territoriales.

3. En vertu de l'article L. 2213-1 de ce code, le maire exerce la police de la circulation sur l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que le chemin de Charlemagne est un chemin rural, ouvert à la circulation publique, situé en partie sur le territoire de la commune d'Elne. Il est constant que la largeur de sa chaussée, dépourvue d'accotement et de surcroît dégradée par endroits, est limitée 3 mètres sur certaines portions, ce qui rend difficile le croisement entre véhicules, alors que cette voie est fréquentée par de nombreux poids lourds desservant un site riverain, situé entre la route départementale n° 612 et la voie dénommée " Camp de la Foun ", où s'exercent des activités industrielles. En outre, sa faible largeur rend dangereux le passage des piétons. Il suit de là que le maire d'Elne pouvait à bon droit, au titre de ses pouvoirs en matière de police de la circulation, instaurer un sens interdit en vertu des dispositions précitées de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales, quand bien même l'arrêté vise également, de façon surabondante, l'article L. 2213-4 du même code.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la commune de Saint-Cyprien, d'une part, l'instauration d'un sens interdit est en l'espèce justifiée par la nécessité de limiter la circulation sur le chemin de Charlemagne dans l'intérêt de la sécurité publique, compte tenu notamment de son étroitesse et de l'état de sa chaussée. D'autre part, cette mesure ne s'applique pas à l'ensemble des véhicules. Ainsi dans le sens de circulation depuis l'échangeur de la route départementale n° 612 en direction du sud de la parcelle cadastrée AL 57, soit en direction de Saint-Cyprien, elle ne concerne par les riverains et ayants-droit, les services de la commune d'Elne et de tous établissements publics de coopération intercommunale, les véhicules de secours et de lutte contre l'incendie, les services de police et de gendarmerie et les véhicules de plus de 3,5 tonnes desservant les activités industrielles riveraines. Dans le sens inverse de circulation, elle ne concerne pas les riverains et ayants-droit, les services de la commune d'Elne et de tous établissements publics de coopération intercommunale, les véhicules de secours et de lutte contre l'incendie, les services de police et de gendarmerie. Ainsi, l'interdiction de la circulation litigieuse n'est pas générale et absolue, tant dans un sens que dans l'autre. Compte tenu des exceptions ainsi prévues et de la possibilité d'emprunter, à partir de l'échangeur à l'ouest, la route départementale n° 914 pour desservir l'agglomération de Saint-Cyprien, l'instauration d'un sens interdit ne présente pas un caractère disproportionné et ne porte pas une atteinte excessive à la liberté d'aller et de venir.

6. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit, l'instauration d'un sens interdit répond à la finalité d'assurer la sécurité de la circulation sur le chemin de Charlemagne. Dès lors, la commune de Saint-Cyprien n'est pas fondée à soutenir que le maire d'Elne a pris l'arrêté contesté dans le seul but de permettre à sa commune de se soustraire à son obligation d'entretenir un chemin rural. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Elne, que la commune de Saint-Cyprien n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2020 et de la décision du 4 mars 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Elne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par la commune de Saint-Cyprien et non compris dans les dépens.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Cyprien la somme de 1 500 euros, à verser à la commune d'Elne, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Saint-Cyprien est rejetée.

Article 2 : La commune de Saint-Cyprien versera la somme de 1 500 euros à la commune d'Elne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Cyprien et à la commune d'Elne.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Charvin, président,

M. Verguet, premier conseiller,

Mme Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le rapporteur,

H. A

Le président,

J. Charvin La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 18 avril 2023

La greffière,

M. B

mf

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