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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104384

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104384

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président CHARVIN
Avocat requérantSCP ARTAUD - BELFIORE - CASTILLON - GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 août 2021, Mme N'Deye A, représentée par la SCP d'avocats Artaud, Belfiore, Castillon, Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI du 7 juin 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire, ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 10 janvier, 22 février et 29 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer le nombre de points adéquat sur son permis de conduire dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande est recevable dès lors notamment que les retraits de points successifs ne lui ont pas été notifiés ;

- elle n'a pas bénéficié des informations préalables aux retraits de points prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire enregistré le 28 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, M. Charvin, vice-président, pour statuer sur les litiges visés audit article.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Charvin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision référencée 48SI du 7 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informée de la perte de validité de son titre de conduite pour solde de points nul, ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 10 janvier, 22 février et 29 octobre 2020.

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire, à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

3. En premier lieu, le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet.

4. Il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral de Mme A que les infractions relevées les 10 janvier et 22 février 2020 par l'intermédiaire d'un radar automatique ont fait l'objet de l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit les attestations du comptable de la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes selon lesquelles les sommes correspondant au montant des amendes forfaitaires majorées ont été versées en règlement des amendes dues à raison de chacune de ces deux infractions. Dès lors que Mme A n'établit pas qu'elle aurait reçu des avis inexacts ou incomplets, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers elle de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement des amendes, les informations requises. Le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable prévue par les dispositions précitées doit donc être écarté. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de quatre points consécutives aux infractions commises les 10 janvier et 22 février 2020 doivent être rejetées.

5. En second lieu, il résulte des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévues par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à soutenir qu'il conteste être l'auteur d'une infraction mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document intitulé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'infraction relevée à l'encontre de Mme A le 29 octobre 2020 a donné lieu à l'émission, le 25 janvier 2021, d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si le paiement de cette amende n'a pas été acquitté par la requérante, le ministre de l'intérieur verse à l'instance une copie de la contestation de l'infraction présentée par Mme A auprès de l'officier du ministère public à laquelle a été joint l'avis de contravention sur lequel figure l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Mme A ne se prévaut pas de cette contestation et n'établit donc pas que cette réclamation aurait été regardée comme recevable et aurait entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable prévue par les dispositions précitées doit dès lors être écarté et les conclusions tendant à ce que la décision de retrait de quatre points consécutif à cette infraction soit annulée ne peuvent qu'être rejetées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 7 juin 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme N'Deye A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

J. CharvinLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 octobre 2022,

La greffière,

M. B

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