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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105645

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105645

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL GERARD DEPLANQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Deplanque, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales en date du 15 octobre 2021 l'assignant à résidence pour une durée de six mois.

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de l'autoriser avec sa famille à poursuivre leur intégration administrative sur le territoire français dans le cadre de leur demande de carte de séjour temporaire et de leur demande de réexamen de leur demande d'asile.

Il soutient que :

- sa requête est recevable car il a respecté les délais de recours contentieux ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure car la mention relative à l'absence de son isolement dans son pays d'origine résulte d'une traduction erronée ;

- la procédure pénale est nulle, en vertu de l'article 706-71 du code de procédure pénale, car les conditions de recours à un interprète ne sont pas réunies ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire, il est isolé en Albanie et les conditions de présentation aux services de la police aux frontières l'empêche, ainsi que sa famille, de poursuivre leur intégration ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant car ses deux enfants sont scolarisés et intégrés en France ;

- il remplit les conditions posées par l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est irrégulière ainsi que l'obligation de quitter le territoire français car elles se fondent sur une mauvaise interprétation de ses propos ;

- il ne pouvait être assigné à résidence car la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas définitive ;

- sa demande de réexamen de sa demande d'asile s'oppose à ce qu'il soit assigné à résidence ;

- la durée maximale d'assignation n'est pas respectée.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 4 juillet 1983 et de nationalité albanaise, déclare être entré en France le 17 février 2017. Par une décision du 22 mai 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 13 octobre 2017. Par un arrêté du 11 janvier 2018, le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit. L'intéressé s'est maintenu de manière irrégulière sur le territoire. Par un arrêté du 10 mars 2021, le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé un pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales. Par arrêtés du 22 mars 2021, du 5 mai 2021 puis du 26 mai 2021 le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé son assignation à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales pour des périodes de 45 jours. Par arrêté du 26 juin 2021, le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé son assignation à résidence pour une période de six mois. Placé en garde à vue pour des faits de soustraction à une mesure d'éloignement il a été placé en rétention du 8 au 10 octobre 2021. Par arrêté du 15 octobre 2021, le préfet a prononcé une nouvelle mesure d'assignation à résidence pour une période de six mois. M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de justice administrative : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 () ".

3. En premier lieu, le préfet a relevé dans la décision en litige que M. A ne démontrait pas ne plus avoir de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine. Si M. A soutient que c'est en raison d'un défaut d'interprétariat que le préfet a estimé qu'il disposait de membres de sa famille dans son pays d'origine, il n'établit pas y être isolé alors qu'il y a vécu la majeure partie de sa vie avec sa femme et ses deux enfants. En tout état de cause, cette observation du préfet ne constitue pas le motif de la décision en litige et la circonstance qu'il puisse être isolé dans son pays d'origine est sans influence sur la légalité de la décision qui n'emporte pas par elle-même éloignement ni désignation du pays de renvoi.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 706-71 du code de procédure pénale : " En cas de nécessité, résultant de l'impossibilité pour un interprète de se déplacer, l'assistance de l'interprète au cours d'une audition, d'un interrogatoire ou d'une confrontation peut également se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunications ". Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".

5. La mesure d'assignation en litige ne constitue pas une mesure pénale mais est une décision administrative qui a pour objet d'autoriser l'étranger à se maintenir sur le territoire dans l'attente d'une perspective raisonnable d'exécution de son obligation de quitter le territoire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 706-71 du code de procédure pénale doit être écartée comme inopérant. En tout état de cause, l'absence de mention sur la décision en litige de l'impossibilité pour l'interprète de se déplacer ne méconnaît pas les dispositions applicables prévues par l'article L. 141-3 précité. Le moyen tiré du vice de procédure dont serait entachée la décision en litige, faute d'un recours régulier à l'interprétariat doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, si M. A soutient qu'en raison d'un défaut d'interprétariat la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise le 10 mars 2021, serait irrégulière car il n'a pas de membres de sa famille présent en Albanie, cette circonstance ne permet pas de conclure qu'il serait isolé dans son pays d'origine alors même que son épouse, ressortissante albanaise, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la décision en litige par voie de conséquence de l'irrégularité de la mesure d'éloignement doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. D'une part, si M. A soutient être isolé dans son pays d'origine, il ne l'établit nullement. En outre, les circonstances que sa famille soit hébergée, que ses enfants soient scolarisés en France et qu'il s'investisse, avec son épouse, dans des activités associatives ou bénévoles, dont la nature est au demeurant imprécise, ne permettent pas de conclure qu'il aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige par voie de conséquence de la méconnaissance, par la mesure d'éloignement prise à son encontre le 10 mars 2021, des stipulations précitées, doit être écarté.

9. D'autre part, bien qu'il soit astreint à se présenter aux services de police de Perpignan trois fois par semaine, à près de 40 minutes de son domicile, il n'est pas établi que cette mesure, justifiée notamment par sa soustraction à de précédentes tentatives d'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle l'empêcherait de poursuivre son intégration ou des activités, dont au demeurant il ne précise pas la nature. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Alors que la décision en litige n'emporte pas, par elle-même, éloignement du requérant ou de ses enfants, le moyen selon lequel l'éloignement de ses enfants méconnaît les stipulations précitées du fait de leur scolarisation et de leur intégration sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

13. Il résulte des éléments développés au point 8 du présent jugement que le requérant n'établit pas avoir transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux ni ne justifie d'une intégration particulière alors qu'il a vécu la majeure partie de sa vie, avec sa famille, en Albanie. Alors même que la décision en litige ne constitue pas un refus de titre de séjour le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

14. En septième lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article () ; 2° Lorsque le demandeur : () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ".

15. Il ressort des pièces du dossier que, par décision du 12 juillet 2021, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a décidé que la demande de réexamen de la demande d'asile de M. A était irrecevable sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 531-32. Dès lors, à supposer même qu'un appel de cette décision soit pendant devant la cour nationale du droit d'asile, le requérant n'est en tout état de cause pas fondé à se prévaloir d'un droit au maintien sur le territoire.

16. En huitième lieu, la seule circonstance que la mesure d'éloignement prise le 10 mars 2021 à l'encontre de M. A fasse l'objet d'un recours pendant devant la cour administrative d'appel de Marseille et ne soit ainsi pas définitive, ne s'oppose pas à ce qu'une mesure d'assignation à résidence soit prise en vue de son exécution dans la mesure où cette première décision demeure exécutoire. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la décision d'assignation compte tenu du caractère non définitif de la mesure d'éloignement doit être écarté.

17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. Toutefois, dans les cas prévus aux 2° et 5° du même article, elle ne peut être renouvelée que tant que l'interdiction de retour ou l'interdiction de circulation sur le territoire français demeure exécutoire ".

18. Il résulte de ces dispositions que la mesure d'assignation en litige, fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 2 du présent jugement, ne peut excéder une durée de six mois et est renouvelable une fois. Or, en l'espèce, le requérant a fait l'objet d'une première mesure d'assignation d'une durée de six mois du 26 juin 2021 au 26 décembre 2021. Compte tenu de l'interruption de cette mesure avant son échéance, le préfet a de nouveau pris une mesure d'assignation valable du 15 octobre 2021 au 14 avril 2022. Dès lors, le préfet n'a pas méconnu la durée maximale d'assignation à résidence de six mois renouvelable une fois. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a assigné à résidence. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Deplanque.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 juillet 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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