mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2106730 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | S.C.P. CHICHET-HENRY AVOCATS - HG&C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces enregistrées les 20 décembre 2021, 3 janvier, 14 février, 21 avril, 3 juin, 13 juillet et 12 septembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 13 juillet 2021 par lequel le maire de la commune du Barcarès a accordé à la SNC IP1R le permis de construire un ensemble d'habitations comprenant 36 logements.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente dès lors qu'il a été signé par Mme A, 2ème adjointe, qui n'a pas reçu délégation en matière d'urbanisme ; cet arrêté ne pouvait légalement intervenir en application des dispositions de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales, en l'absence d'urgence compte tenu des délais d'instruction de la demande de permis de construire et dès lors qu'à la date de la décision, le maire et son premier adjoint ne pouvaient être regardés comme empêchés au sens de ces dispositions ;
- la commune du Barcarès fait partie du territoire à risque important d'inondation (TRI) de Perpignan-Saint-Cyprien, identifié en 2012 au regard des débordements de cours d'eau, notamment de l'Agly avec possibilité de rupture de digues, et de la submersion marine, ce qui a conduit à la révision du plan de prévention des risques d'inondation (PPRi) de 2004 par arrêté préfectoral du 12 décembre 2012 dont certaines prescriptions ont été rendues immédiatement opposables par arrêté préfectoral du 27 juillet 2021 ;
- le projet, de grande ampleur, n'est pas conforme aux prescriptions du PPRi approuvé le 19 mai 2004 dès lors qu'il a pour effet d'augmenter considérablement le nombre de personnes exposées aux risques sur cette zone et que, par l'imperméabilisation de sols actuellement non artificialisés et les nombreux remblais qu'il prévoit, non autorisés en zone IIa, il va aggraver les aléas et perturber le fonctionnement hydraulique de la zone ; ce projet devait nécessairement faire l'objet d'une étude hydraulique pour déterminer ses conséquences en amont et aval sur l'écoulement des crues et définir les mesures compensatoires à adopter ;
- le permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, au regard de l'état actuel du risque d'inondation, tel que porté à la connaissance de la commune dans le cadre de la révision du PPRi le 3 juin 2019 et par courrier du 12 avril 2021 l'informant de l'intention de rendre opposables dans un bref délai les prescriptions du plan révisé ; les règles relatives à la prise en compte du risque dans l'urbanisation, mises en compatibilité avec le plan de gestion des risques d'inondation (PGRI), approuvé le 7 décembre 2015, et présentées dans le projet de règlement prohibent toute construction nouvelle dans une zone urbanisée exposée à un aléa fort ou très fort, l'inconstructibilité étant ainsi fixée dès une hauteur d'eau supérieure à 0,5 mètre ; l'augmentation de la population soumise à un risque d'inondation couplée aux dangers de déplacement pour les personnes et à l'impossibilité d'accès des services de secours est susceptible de générer une situation à risque avérée pour les personnes et aucune prescription n'est en mesure de permettre de lever cette situation ; compte tenu de la situation du projet vis-à-vis du risque d'inondation, sur plusieurs zones en aléa fort à très fort, résultant des études en matière de risques issues de la carte de synthèse du projet de révision du PPRi de la commune de juin 2019, des dispositions mises en application anticipée le 27 juillet 2021 et du PPRi approuvé en 2004, le maire du Barcarès a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du PPRi en vigueur et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- l'approbation tardive d'un PPR n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision prise ;
- le projet n'est pas conforme aux dispositions mises en application anticipée ; le projet est situé en zone bleue Bu, en zones orange Of et Otf ; or, dans ces deux dernières zones toute construction nouvelle y est interdite ;
- les dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ne sauraient trouver application dès lors que le projet autorisé situé en zone d'aléa fort et très fort expose de nouvelles personnes au risque d'inondation et que la seule prescription d'un niveau de plancher hors d'eau ne permet pas d'assurer la sécurité des personnes sans une remise en cause du projet.
Par des mémoires en défense enregistrés les 25 février, 16 mai et 28 juin 2022, la société en nom collectif (SNC) IP1R, représentée par Me Henry, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le préfet des Pyrénées-Orientales ne sont pas fondés. Subsidiairement, il est demandé au tribunal de surseoir à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme afin de régulariser son projet.
Par des mémoires en défense enregistrés les 1er mars, 13 mai et 13 juillet 2022, la commune du Barcarès, représentée par Me Enckell, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que les moyens invoqués à l'appui du déféré préfectoral ne sont pas fondés. Subsidiairement, elle demande à ce que le tribunal fasse usage des dispositions des articles L. 600-5 et L.600-5-1 du code de l'urbanisme.
En application de l'article R. 611-11-1 et du dernier alinéa de l'article R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le décret n° 2019-715 du 5 juillet 2019 relatif aux plans de prévention des risques concernant les " aléas débordement de cours d'eau et submersion marine " ;
- l'arrêté du 5 juillet 2019 relatif à la détermination, qualification et représentation cartographique de l'aléa de référence et de l'aléa à échéance 100 ans s'agissant de la submersion marine, dans le cadre de l'élaboration ou de la révision des plans de prévention des risques concernant les " aléas débordement de cours d'eau et submersion marine " ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,
- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,
- et les observations de Me Amabile, représentant la commune du Barcarès, et de Me Henry, représentant la société en nom collectif IP1R.
Une note en délibéré présentée pour la commune du Barcarès a été enregistrée le 8 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 13 juillet 2021, le maire de la commune du Barcarès a accordé à la société en nom collectif (SNC) IP1R un permis de construire en vue de la réalisation d'un groupe d'habitations de 36 logements sur le terrain sis boulevard de la Salanque, parcelles cadastrées section BA n°43, 7, 131, 129 et AZ n°637 d'une contenance totale de 5.476 m². Le projet autorisé comporte deux bâtiments, un bâtiment comportant 11 logements sociaux en R+2 et un second bâtiment répartit par deux cages d'escaliers A et B comportant 25 logements variant du R+1 au R+3. Le 21 septembre 2021, le préfet des Pyrénées Orientales a formé un recours gracieux à l'encontre de ce permis de construire que la commune du Barcarès a rejeté par une décision du 22 octobre 2021. Par la requête susvisée, le préfet des Pyrénées-Orientales défère à la censure du tribunal ce permis de construire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. L'autorité compétente pour délivrer une autorisation d'urbanisme peut prendre en compte, à titre d'éléments d'information, dans son appréciation des risques au regard des dispositions de l'article R. 111-2 précité, les études et les plans réalisés dans le cadre de l'élaboration ou la révision d'un plan de prévention des risques naturels alors même que celui-ci n'est pas encore entré en vigueur ni n'a fait l'objet d'une application anticipée.
3. Aux termes de l'article L. 562-2 du code de l'environnement : " Lorsqu'un projet de plan de prévention des risques naturels prévisibles contient certaines des dispositions mentionnées au 1° et au 2° du II de l'article L. 562-1 et que l'urgence le justifie, le préfet peut, après consultation des maires concernés, les rendre immédiatement opposables à toute personne publique ou privée par une décision rendue publique./. Ces dispositions cessent d'être opposables si elles ne sont pas reprises dans le plan approuvé. ". Aux termes du II de l'article L. 562-1 du même code : " 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités./. 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1°. (). ". Aux termes de l'article R. 562-11-4 du code précité : " I.-L'aléa de référence est qualifié et représenté de manière cartographique, selon au maximum quatre niveaux : " faible ", " modéré ", " fort " et " très fort ", en fonction de la hauteur d'eau ainsi que de la dynamique liée à la combinaison de la vitesse d'écoulement de l'eau et de la vitesse de montée des eaux.() " et selon l'article R. 562-11-6 du même code : " Le règlement détermine notamment les limitations au droit de construire dans les zones définies par le plan de prévention des risques. Pour ce qui concerne les constructions nouvelles, les limitations au droit de construire prévues au 3° de l'article R. 562-3 sont les suivantes : () II.-Dans les zones urbanisées, en dehors des centres urbains : 1° Dans les zones d'aléa de référence faible et modéré, le règlement du plan de prévention des risques impose des prescriptions aux constructions nouvelles ; 2° Dans les zones d'aléa de référence fort et très fort, le règlement du plan de prévention des risques impose des prescriptions aux constructions réalisées dans le cadre d'une opération de renouvellement urbain ayant pour effet de réduire la vulnérabilité sur le périmètre de l'opération. Toute autre construction nouvelle est interdite. ".
4. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 5 juillet 2019 susvisé : " La dynamique liée à la combinaison de la vitesse d'écoulement de l'eau et de la vitesse de montée des eaux prévue à l'article R. 562-11-4 du code de l'environnement est qualifiée suivant au moins deux classes : " lente " et " rapide ". Une classe intermédiaire " moyenne " peut être ajoutée si nécessaire. " Les modalités de qualification des niveaux de l'aléa de référence synthétisées au tableau figurant à cet article définissent comme modéré l'aléa pour une hauteur d'eau comprise entre 0,50 et 1 mètre dès lors que la dynamique liée à la combinaison de la vitesse d'écoulement de l'eau et de la vitesse de montée des eaux est qualifiée de lente ou de moyenne et définissent pour une hauteur d'eau comprise entre 1 mètre et 2 mètres un aléa fort dans le cas d'une dynamique lente ou moyenne et un niveau de l'aléa très fort dans le cas d'une dynamique rapide.
5. Selon le règlement de la zone II du PPR du Barcarès, " le secteur II a est composé de trois secteurs non urbanisé en voie de l'être et accueillant actuellement les structures de loisir des arènes au sud et à l'ouest rattache deux dents creuses (lieudit " les salobres ") au reste du village ". L'article 2.2 de ce règlement admet les constructions à usage d'habitation ou d'hébergement et dispose que " Dans les zones II et IIa uniquement et sous réserve que les planchers habitables nouvellement créés soient situés au-dessus de la cote de référence (selon la zone d'aléa à laquelle ils appartiennent) et au minimum à l'altitude 2,00m NGF (IGN 69), Ou, que le premier plancher habitable soit situé : Au-dessus de TN + 0,70m (niveau potentiellement submersible pour l'événement de référence) dans les zones où les hauteurs d'eau sont comprises entre 0,50 et 1,00m. Au-dessus de TN + 1,00m (niveau potentiellement submersible pour l'événement de référence) dans les zones où les hauteurs d'eau sont supérieures à 1,00m. Avec dans les deux cas un refuge au-dessus de la cote de référence donnant accès à l'extérieur (fenêtre en façade ou sur le toit, balcon, etc.) d'une superficie au moins à 15 m² de surface habitable. Sont admis : a. Les aménagements des bâtiments existants dans la limite du CES affiché pour les constructions neuves à l'article 2.2-b ci-dessous. b. Les constructions neuves dans la limite : d'un CES de 0.30 et d'un COS de 0.35 dans la zone II. d'un CES de 0.20 et d'un COS de 0,35 dans le secteur Iia Dans la zone II uniquement et dans le cas d'unités foncières inférieures à 600-m², non issues de divisions postérieures à la date d'approbation du PPR : la SHON admissible est de 200 m² et plus si le COS de 0,35 le permet, le CES maximum est porté à 0,50 dans la limite d'une emprise au sol totale de 180 m². Dans la zone IIa, la superficie des parcelles (ou lots) sera au minimum de 700m². c. L'extension des constructions implantées antérieurement à la date d'approbation du PPR, au-delà des limites de CES et de COS autorisés pour les constructions neuves en 2.2 b. Au-delà de ces limites de CES et de COS est admise une extension unique entraînant au maximum une augmentation de la SHON et de l'emprise au sol de 10 %. Dans le cas de vérandas d'une superficie limitée ou d'extension mesurée d'une pièce existante d'une habitation, le niveau de plancher pourra être adapté à celui de l'existant. d. Les garages et annexes non habitables sont autorisés aux mêmes conditions que celles exprimées aux paragraphes a, b et c du présent article. De plus, les planchers peuvent être placés en dessous de la cote de référence mais ils devront être situés dans tous les cas au minimum à 0,20m au-dessus du terrain naturel. Dans la zone IIb, sont admis : Tous types de construction sous réserve que tous les premiers niveaux de planchers nouvellement créés soient placés au minimum à 3,00m NGF (IGN 69). Ce niveau peut être abaissé, sous réserve de l'accord du service gestionnaire de la servitude PPR pour les établissements recevant du public (ERP) pour tenir compte d'une éventuelle impossibilité de réalisation d'un accès handicapé ou d'une plates-forme de chargement et déchargement sur une petite unité foncière. " Ledit règlement proscrit " Dans les secteurs autres que IIb et IIc, tout remblaiement nouveau à l'extérieur des emprises bâties autre que ceux réduits au strict minimum, indispensables pour assurer les accès des véhicules aux garages et les accès piétons et handicapés aux bâtiments. ".
6. Il se déduit de ces dispositions que les prescriptions d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles, élaboré par l'Etat conformément aux articles L. 562-1 et suivants du code de l'environnement, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés à certains risques naturels et valant servitude d'utilité publique, s'imposent directement aux autorisations de construire, sans que l'autorité administrative ne soit tenue de reprendre ces prescriptions dans le cadre de la délivrance du permis de construire. Il appartient toutefois à l'autorité compétente pour délivrer une autorisation d'urbanisme, si les particularités de la situation l'exigent, de préciser dans l'autorisation, le cas échéant, les conditions d'application d'une prescription générale contenue dans le plan ou de subordonner, en application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, la délivrance du permis de construire sollicité à d'autres prescriptions spéciales, si elles lui apparaissent nécessaires, que celles qui résultent du plan de prévention des risques naturels prévisibles. L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme peut aussi, si elle estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation d'espèce qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation de construire est sollicitée, y compris d'éléments déjà connus lors de l'élaboration du plan de prévention des risques naturels, que les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique le justifient, refuser, sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de délivrer un permis de construire, alors même que le plan n'aurait pas classé le terrain d'assiette du projet en zone à risques ni prévu de prescriptions particulières qui lui soient applicables.
7. La commune du Barcarès, qui appartient au territoire à risque d'inondation important de Perpignan-Saint-Cyprien, est exposée principalement à un risque d'inondation fluviale par débordement de l'Agly et à un risque d'inondation liés aux aléas littoraux dont la submersion marine, le déferlement et l'érosion côtière. Au plan local d'urbanisme communal, le projet autorisé, proche du lit de l'Agly, est situé en zone UBa, secteur de renouvellement urbain quartier des écoles, et en zone UBar, secteur de renouvellement urbain (Arènes nord) soumis à étude hydraulique avant urbanisation. Il est par ailleurs inclus en zone Ila du plan de prévention des risques inondation approuvé le 19 mai 2004, correspondant à des hauteurs d'eaux comprises entre 0,50 et 1,00 mètre. La cote inondable de référence sur le terrain d'assiette du projet autorisé, telle qu'elle résulte du modèle mathématique utilisé par la préfecture pour établir ses nouvelles cartographies, issue de la " directive inondation ", réalisée huit ans après l'approbation du PPRi est de 2,52 mètres NGF et correspond au niveau maximum atteint par l'eau pour une crue de référence. En application du règlement du PPRi de 2004, une surcote de + 0,2 mètre a été appliquée à la cote de référence, ce qui aboutit à +2,72 mètres NGF et ce, quel que soit le niveau altimétrique du terrain naturel dans la mesure où le niveau de l'eau est horizontal. A l'examen de la cartographie du PPRi de 2004 alors en vigueur, le terrain d'assiette du projet, situé en sa partie la plus à l'Ouest à environ 600 mètres du lit de l'Agly, est soumis à des hauteurs d'eau oscillant entre 0.5 mètre et 1 mètre de sorte qu'en application des prescriptions du PPRi qui imposent que le plancher habitable soit fixé à une cote NGF d'au moins 2,00 mètres, le pétitionnaire a calé une cote de plancher à +0,7 mètre avec une cote refuge à +1,2 mètre correspondant aux parties communes permettant d'accéder aux étages. Il ressort des pièces du dossier, notamment des plans de coupe que les planchers habitables des logements sont situés à +0,70 mètre au-dessus du terrain naturel pour être à la cote 2,75 NGF pour un terrain naturel à 2,05 NGF et à +2,70 NGF lorsque le terrain naturel est à 2,00 mètres NGF, soit en conformité avec le règlement du PPRi de 2004 précité.
8. Le point 1.2.3 " incidence sur les écoulements en crue " de la notice hydraulique de faisabilité de mars 2021, jointe à l'appui du dossier de demande de permis de construire, ne peut être regardé comme comportant des données objectives concernant la hauteur d'eau dès lors qu'elle procède d'un postulat de départ erroné. Elle énonce que le terrain d'assiette présente une cote moyenne du terrain naturel comprise entre 1,80 mètre NGF et 2 mètres NGF et que la hauteur d'eau est de 0,72 à 0,52 mètre, ce qui correspond à la classe d'aléa identifiée au PPRi de 2004 alors que sur l'ensemble des mesures figurant au plan de géomètre la cote moyenne du terrain naturel du projet est comprise entre 1,48 mètre NGF et 1,67 mètre NGF avec pour certaine des valeurs inférieures de sorte que la hauteur d'eau susceptible d'être atteinte est comprise entre 1,04 mètre et 0,85 mètre. En outre ladite notice expose qu'" une notice hydraulique d'assainissement pluvial a toutefois été réalisée pour connaître l'incidence des constructions sur les écoulements en crue, ainsi que les conditions d'évacuation des eaux en situation actuelle et future et de déterminer l'incidence de l'aménagement prévu " de sorte qu'elle n'aborde pas de manière globale et complète l'aléa inondation par débordement de l'Agly et du phénomène de submersion marine, se contentant d'analyser l'incidence de la construction sur les écoulements en crue.
9. Il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'apprécier, en l'état des données scientifiques disponibles, le risque de débordement d'un cours d'eau et de submersion marine en prenant en compte notamment la situation de la zone du projet au regard de sa proximité avec un fleuve côtier. La révision du PPRi de 2004 a été prescrite par un arrêté du préfet du 12 novembre 2012 afin d'intégrer les nouvelles connaissances de l'aléa par débordement de l'Agly et du risque de submersion marine et, par un arrêté du préfet du 28 août 2015, le délai d'approbation de la révision du PPRi du Barcarès a été prorogé. Si la société pétitionnaire fait valoir que l'arrêté du préfet du 27 juillet 2021 rendant immédiatement opposable certaines prescriptions du projet de PPRi n'était pas opposable à la date à laquelle a été accordé le permis de construire, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'une réunion de présentation du projet de PPRi aux personnes publiques associées a été organisée le 3 juin 2019 portant à la connaissance de la commune du Barcarès l'état actuel du risque d'inondation à l'issue de laquelle ont été remis le projet de rapport de présentation, le projet de règlement, le projet de cartographie du zonage réglementaire, les cartes d'aléas, de synthèse (deux cartes, zones nord et sud), des aléas littoraux (deux cartes, zones nord et sud) et de débordement fluvial (une carte, zone sud). Sur la base de ce support de présentation, il est soutenu par la SNC IP1R que le terrain d'assiette est au maximum concerné par des hauteurs d'eaux comprises entre 0,50 mètre et 1 mètre avec des vitesses d'écoulement inférieures à 0,50 mètre/seconde en ce qui concerne les aléas littoraux. A la carte de l'aléa fluvial élaborée au mois de mai 2019, présentée en page 14, dont le degré de précision est suffisant pour localiser le terrain et les futures constructions à usage d'habitation, le tènement foncier, sur la base d'un débit centennal de l'Agly de 2.300 m3/s, est, dans sa très grande majorité, soumis à un aléa très fort correspondant à des hauteurs d'eau supérieures à 1 mètre ou à des vitesses d'écoulement supérieures à 0,50 m/s, que dans une moindre part il reste soumis à un aléa fort correspondant à des hauteurs d'eau comprises entre 0,5 mètre et 1 mètre et des vitesses d'écoulement inférieures à 0,5/s et que seule une infime partie est classée en aléa modéré.
10. Toutefois, la réévaluation du risque, qui certes tient compte des effets prévisibles du réchauffement climatique n'est, pour partie, pas conforme, dans son classement, aux modalités de qualification des niveaux de l'aléa de référence tels qu'ils sont répertoriés dans le tableau figurant à l'article 2 de l'arrêté du 5 juillet 2019 dans la mesure où aucun document n'établit sur la zone du projet l'existence d'une dynamique liée à la combinaison de la vitesse d'écoulement de l'eau et de la vitesse de montée des eaux qualifiée de rapide, seule de nature à définir l'aléa comme fort ou très fort. En l'état des données scientifiques combinées avec les modalités de qualification des niveaux d'aléa de référence telle que déterminées par l'arrêté du 5 juillet 2019 précité, il peut être tenu pour établi, dans la mesure où une grande partie du terrain d'assiette est soumis à des hauteurs d'eau supérieures à un mètre, que le niveau d'aléa reste fort même en retenant le scénario d'une dynamique lente de montée des eaux comme il a été rappelé à l'audience et que, dans ses autres parties, le terrain d'assiette est, tenant la dynamique lente de montée des eaux, concerné par un aléa modéré voire faible, notamment sur la frange Sud-Est, sans qu'il soit possible, à ce stade, de déterminer la superficie précise. Il résulte néanmoins de l'examen comparé du plan de masse des constructions à édifier et de la carte de l'aléa de synthèse secteur Sud de la commune du Barcarès précitée que seule l'implantation du bâtiment C et une partie du bâtiment B, situés dans la frange Sud Est du terrain d'assiette en zones d'aléa modéré ou faible, peut y être autorisée. Dans ces conditions, dans la mesure qui vient d'être précisée, le préfet des Pyrénées-Orientales est fondé à soutenir qu'eu égard aux caractéristiques du projet immobilier autorisé, compte tenu des éléments rappelés qui sont de nature à démontrer que le projet sera au moins pour partie susceptible de comporter des risques graves en cas de crues centennales, de par le relèvement du niveau des eaux susceptible d'être atteint, supérieur à celui qu'identifiait le PPRi de 2004 ayant pour effet de renforcer le risque d'atteinte à la sécurité publique, le maire du Barcarès, en délivrant l'autorisation en litige, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. En outre et compte tenu des dispositions précitées du 2° du II de l'article R. 562-11-6 du code de l'environnement, eu égard à l'implantation du projet en zone d'aléa fort, les parties ainsi identifiées ne peuvent faire l'objet d'aucune construction nouvelle.
11. Il résulte de ce qui précède que le préfet des Pyrénées est fondé à demander l'annulation de l'arrêté de permis de construire qu'il défère au tribunal dans la mesure qui vient d'être précisée au point 10.
12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme les autres moyens invoqués, susvisés, ne sont pas susceptibles de fonder l'annulation du permis de construire attaqué.
Sur les conséquences du vice affectant la décision délivrant le permis de construire :
13. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
14. Il résulte de ces dispositions que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
15. Le vice relevé au point 10 du présent jugement, n'affecte que des parties identifiables du projet et, bien qu'il nécessite de revoir l'économie générale du projet en cause, peut être régularisé par la délivrance d'un permis de construire modificatif pour autant qu'aucune implantation de bâtiments à usage d'habitation ne soit réalisée en zone d'aléa fort. La révision du projet nécessite donc pour le pétitionnaire, le cas échéant en concertation avec les services de l'Etat, de modifier l'implantation des bâtiments cités au point 10 en l'affinant par rapport à la carte de l'aléa de synthèse secteur Sud de la commune du Barcarès élaborée au mois de mai 2019. Dans ces conditions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir à la SNC IP1R un délai de cinq mois à compter de la notification du présent jugement aux fins d'obtenir la régularisation du permis de construire.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité du permis de construire, jusqu'à l'expiration du délai fixé à l'article 2 du présent jugement.
Article 2 : Le délai dans lequel la régularisation du permis de construire doit être notifiée au tribunal est fixé à cinq mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : La présente décision sera notifiée au préfet des Pyrénées Orientales, à la commune du Barcarès et à la société en nom collectif IP1R.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
Le rapporteur,
M. B
La présidente,
S. ENCONTRE La greffière,
C. ARCE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 22 novembre 202La greffière,
C. ARCE
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026