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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200998

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200998

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200998
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantCHNINIF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2022, Mme E B, représentée par Me Chninif, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 605,41 euros pour la période du 1er août 2016 au 31 juillet 2019 ;

2°) à titre subsidiaire, de constater que la prétendue dette est prescrite ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de lui accorder une remise de sa dette ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le département a pris sa décision sans étudier sa situation alors qu'elle remplissait les conditions afin de pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active ;

- elle est de bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que la décision attaquée n'a qu'une portée informative et ne constitue pas un acte décisoire susceptible de recours et, d'autre part, qu'elle n'a pas été précédée du recours administratif préalable obligatoire ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est allocataire du revenu de solidarité active dans le département des Pyrénées-Orientales depuis février 2014. Elle a déclaré sur ses déclarations trimestrielles de ressources du mois d'août 2016 au mois de juillet 2019 ne percevoir aucune ressource. Le 28 septembre 2018, cette dernière a averti le département de la cession de son activité d'agent immobilier auto-entrepreneur. A la suite d'un contrôle de sa situation, le département a également constaté des omissions déclaratives de l'intéressée concernant son statut d'associée gérante de deux sociétés civiles immobilières. Par une décision du 6 août 2019, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales lui a notifié un indu de 6 875, 26 euros au titre de diverses prestations familiales. Par un jugement du 22 avril 2021, le tribunal administratif de Montpellier a annulé la décision du 6 décembre 2019 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. En application de ce jugement, le département a procédé à une révision des droits de Mme B au revenu de solidarité active pour la période du 1er août 2016 au 31 juillet 2019 et lui a, en conséquence, notifié, par décision du 19 janvier 2022, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 605,41 euros au titre de cette période. Mme B demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité :

2. En premier lieu, la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a donné délégation, par un arrêté n° 2193/2021 du 5 février 2022 à M. D C, responsable du service " accès aux droits ", à l'effet de signer les décisions individuelles prises sur les recours en matière de revenu de solidarité active. Par suite, la décision du 19 janvier 2022, signée par M. D C, n'est pas entachée d'incompétence et le moyen ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

4. Il résulte des termes de la décision du 19 janvier 2022 que celle-ci comporte l'ensemble des mentions requises, citées au point précédent, tenant à la nature de la prestation, au montant réclamé, au motif et à la période sur laquelle porte la récupération. Par suite, sans que Mme B puisse utilement se prévaloir de l'absence de mention des bases de calcul, la décision attaquée est suffisamment motivée et le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bienfondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

6. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active () / Le revenu garanti est calculé, pour chaque foyer, en faisant la somme : 1° D'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer ; 2° D'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". En outre, aux termes de l'article R. 262-23 du même code : " Selon les modalités prévues aux articles R. 262-18 à R. 262-22, le président du conseil départemental arrête l'évaluation des revenus professionnels non salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active. A cet effet, il tient compte, soit à son initiative, soit à la demande de l'intéressé, des éléments de toute nature relatifs aux revenus professionnels de l'intéressé ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments () ". L'article L. 262-46 du même code dispose que : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () ".

7. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que pour les travailleurs indépendants prétendant à l'allocation du revenu de solidarité active, sont prises en compte toutes les ressources ayant le caractère de revenus professionnels tirés d'une activité salariée ou non salariée ou qui en tiennent lieu, de quelque nature qu'elles soient. La détermination des ressources ayant le caractère de revenus professionnels et les modalités d'évaluation de ces ressources ont été fixés par voie réglementaire. En ce qui concerne l'évaluation des revenus professionnels des travailleurs indépendants, celle-ci est réalisée au vu du dernier chiffre d'affaires annuel connu qui ne doit pas excéder un niveau fixé aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts. C'est sur la base de ce chiffre d'affaires et des éléments de toute nature relatifs aux revenus professionnels de l'intéressé que le président du conseil général doit arrêter l'évaluation des revenus professionnels non-salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active.

8. En second lieu, pour l'application des dispositions de l'article R. 262-6 précité du code de l'action sociale et des familles, lorsque l'allocataire du revenu de solidarité active dispose de revenus fonciers d'un bien immobilier dont il est propriétaire, les revenus à prendre en compte au titre des ressources sont constitués du montant des loyers, duquel il convient de déduire les charges supportées par le propriétaire à l'exception de celles qui contribuent directement à la conservation ou à l'augmentation du patrimoine, telles que, le cas échéant, les remboursements du capital de l'emprunt ayant permis son acquisition. Le propriétaire de parts de société civile immobilière ne perçoit pas directement les loyers résultant de la location de l'immeuble qui est propriété de cette société mais uniquement une quote-part de ses bénéfices correspondant à sa participation à son capital. Par suite, lorsqu'un allocataire du revenu de solidarité active est propriétaire de parts sociales d'une société civile immobilière, il y a lieu, pour déterminer le montant de ses ressources, de ne tenir compte que de la quote-part des revenus de la société correspondant à sa participation à son capital desquels il convient de déduire les charges supportées par la société, à l'exception de celles qui contribuent directement à la conservation ou à l'augmentation du patrimoine.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme B a pour origine l'absence de déclaration de son activité de travailleur indépendant ainsi que de ses revenus locatifs. Suite au jugement du tribunal administratif de Montpellier du 22 avril 2021, les droits de Mme B au revenu de solidarité active ont été recalculés pour la période d'août 2016 à juillet 2019. D'une part, au titre de l'activité de travailleur non salarié de la requérante, le département des Pyrénées-Orientales a ainsi demandé à ce que seules soient prises en compte les ressources déclarées par la requérante sans qu'il soit procédé à une évaluation forfaitaire de ses revenus professionnels non-salariés. D'autre part, au titre des revenus fonciers de la requérante, il résulte de l'instruction que le département a uniquement pris en compte la quote-part des revenus des sociétés correspondant à sa participation à leur capital.

Sur la demande de remise de dette :

10. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. (). ".

11. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise

12. En l'espèce, Mme B n'apporte au soutien de sa demande de remise de dette aucun justificatif relatif à ses charges et à ses ressources actuelles. Dans ces conditions, et en supposant même qu'elle soit de bonne foi, l'intéressée n'établit pas se trouver, à la date du présent jugement, dans une situation de précarité telle qu'elle ne puisse faire face au remboursement de sa dette.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 janvier 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 605,41 euros pour la période du 1er août 2016 au 31 juillet 2019, ni à solliciter une remise de sa dette.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, au département des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 juin 2023.

La greffière,

F. Roman

No 2200998

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