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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201854

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201854

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat VERGUET
Avocat requérantKOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2022, M. E C, représenté par Me Koy, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 4 mars 2022 constatant la perte de validité de son permis de conduire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en l'absence de délégation de signature régulière accordée à Mme B, la décision contestée émane d'une autorité incompétente ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- alors que les infractions constatées les 12 mars 2020, 14 avril 2020 et 28 avril 2020 ne lui sont pas imputables, il n'a pu les contester dès lors que les avis de contravention n'ont pas été notifiés à l'adresse de son domicile ;

- le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que l'information préalable requise lui a été délivrée lors de la constatation des infractions qui lui sont reprochées ;

- il n'a pas été mis à même de présenter des observations avant qu'intervienne la décision du 4 mars 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- dès lors qu'il était en situation de compétence liée, les moyens, tirés de l'incompétence du signataire et de l'insuffisante motivation de la décision contestée, sont inopérants ;

- le moyen, tiré de l'absence de notification des décisions portant retrait de points, est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C demande l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 4 mars 2022 constatant la perte de validité de son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 5 août 2020, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 23 août 2020, accessible tant au juge qu'aux parties, l'adjoint au délégué à la sécurité routière a donné à Mme A B, attachée d'administration de l'Etat, adjointe au cheffe du bureau national des droits à conduire, une délégation à l'effet de signer tous actes et décisions. Mme B était ainsi habilité à signer la décision en litige, qui figure au nombre des décisions relevant des attributions de la sous-direction de l'éducation routière et du permis de conduire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision référencée " 48 SI " est établie sur un formulaire type qui comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des retraits de points opérés sur le permis de conduire du contrevenant. En outre, les mentions inscrites dans le relevé intégral d'information, document nominatif dont l'accès est librement accessible au titulaire du titre de conduite, récapitulent la date, le lieu, la qualification de l'infraction, les mentions relatives au caractère définitif de l'infraction par le paiement de l'amende forfaitaire, l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou le prononcé d'une condamnation définitive et le nombre de points retirés. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision " 48 SI " doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ".

5. Il résulte des dispositions du code de la route relatives au retrait de points, et notamment de l'article L. 223-1 et suivants, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative auxquelles sont soumis les retraits de points. D'une part, le retrait de points affectant le permis de conduire n'est prononcé qu'après que la réalité de l'infraction commise a été établie soit du fait de la reconnaissance de cette dernière par le contrevenant lui-même lorsqu'il s'acquitte volontairement du paiement de l'amende forfaitaire, soit par contrainte du fait de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, de l'exécution d'une composition pénale ou d'une condamnation définitive. D'autre part, l'injonction de restitution du permis de conduire n'intervient qu'après notification de l'ensemble des retraits de points. Le législateur a ainsi organisé, au sein du code de la route, les règles de procédure propres à assurer les droits de la défense au sens des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, M. C ne peut utilement contester devant la juridiction administrative l'imputabilité des infractions relevées à son encontre les 12 mars, 14 avril et 28 avril 2020, dès lors qu'il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire, dans le cadre de la procédure pénale, de se prononcer sur les conditions dans lesquelles a été constatée par les services de police une infraction au code de la route. Ainsi la contestation de cette imputabilité ne constitue pas un moyen susceptible d'être soulevé devant le juge administratif à l'encontre des décisions de retrait de points prises par le ministre de l'intérieur.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire, à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

8. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

9. Il résulte des mentions portées sur le procès-verbal électronique relatif à l'infraction relevée le 12 mars 2020 que M. C a apposé sa signature sur la page écran qui lui a été présentée. Dans ces conditions, le ministre rapporte la preuve que l'intéressé a reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable au retrait de points consécutif à cette infraction doit dès lors être écarté.

10. Le procès-verbal électronique relatif à l'infraction relevée le 28 avril 2020 comporte la mention " refus de signer ". Dans ces conditions, eu égard à ce qui a été exposé au point 8, le moyen tiré du défaut d'information délivrée préalablement au retrait de points consécutif à cette infraction doit être écarté.

11. La seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder, n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Si M. C soutient avoir été privé, lors de la constatation des infractions commises les 14 avril et 14 août 2020, de l'information relative à l'existence d'un traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès, il en avait toutefois reçu communication lors de la constatation de l'infraction du 12 mars 2020, commise peu de temps auparavant. Dans ces conditions le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision " 48 SI " du 4 mars 2022.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

H. DLa greffière,

Signé :

L. Salsmann

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juillet 2023.

La greffière,

L. Salsmann

Ls

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