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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202358

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202358

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202358
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, M. C B, représenté par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte si nécessaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

Sur le refus de séjour :

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il entre dans le champ d'application ;

- il est dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine eu égard aux liens personnels et familiaux qu'il a tissés en France ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ce refus méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale ;

Sur la décision fixant le Maroc comme pays de destination :

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 22 avril 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation du jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre, Présidente-rapporteure,

- les observations de Me Berry substituant Me Rosé, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1984, a déclaré être entré en France le 1er mars 2018 en provenance des Pays-Bas où il s'est rendu le 24 février 2018, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités néerlandaises, valable du 31 janvier 2018 au 31 janvier 2019. Il a fait l'objet d'un premier refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire par un arrêté du 8 octobre 2018, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Montpellier le 11 février 2019 et la cour administrative d'appel de Marseille le 12 avril 2021 et d'un deuxième refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français par arrêté du 2 décembre 2019, confirmé par le tribunal administration de Montpellier le 18 juin 2020 et la cour administrative d'appel de Marseille le 12 avril 2021. L'épouse du requérant, ressortissante marocaine titulaire d'une carte de résident, a déposé une demande de regroupement familial au profit du requérant, qui a été rejetée au motif qu'il demeurait en situation irrégulière sur le territoire national. Le 14 février 2022, M. B a sollicité son admission au séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 2 mars 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté attaqué visent les textes dont il est fait application, mentionnent les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de M. B et indiquent avec précision les raisons pour lesquelles le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, a ainsi suffisamment motivé les décisions querellées, dont la rédaction ne présente pas un caractère stéréotypé. Par ailleurs, si l'arrêté ne fait pas état des problèmes de santé de l'épouse de M. B, du programme de procréation médicalement assistée suivi par le couple et du rejet de la demande de regroupement familial présentée le 2 juillet 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et approfondi de la situation du requérant pour apprécier son droit au séjour, le délai de 15 jours au terme duquel il a pris les décisions attaquées étant, en outre, suffisant pour lui permettre de se livrer à un tel examen. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation des décisions contestées et du défaut d'examen réel et complet de la situation de M. B doivent être écartés.

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423- 7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

4. M. B soutient que, la demande de regroupement familial présentée par son épouse à son profit ayant été rejetée, il n'entre pas dans la catégorie des étrangers qui ouvre droit au regroupement familial et peut, par suite, se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault a, à bon droit, rejeté la demande de regroupement familial présentée le 2 juillet 2021 au motif que M. B était présent, en situation irrégulière, sur le territoire français et le requérant ne démontre pas qu'il serait seul susceptible d'apporter l'assistance requise par son épouse, qui a la qualité de travailleur handicapé et souffre de dépression, dans les actes de la vie quotidienne, cette aide pouvant être recherchée, le cas échéant, auprès des services compétents. En outre, il n'est pas allégué que l'épouse du requérant, qui est sans emploi, ne pourrait pas accompagner ou le rejoindre au Maroc le temps de l'instruction de la demande de regroupement familial ni que la prise en charge d'assistance médicale à la procréation du couple en cours ne pourrait être différée ou poursuivie au Maroc. Ainsi, M. B ne démontre pas être dans l'impossibilité de se rendre au Maroc le temps pour son épouse de demander le regroupement familial à son profit et dès lors qu'il remplit les conditions pour prétendre au bénéfice de cette procédure, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoient que : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. B se prévaut d'une présence en France depuis 2018 et de sa vie commune avec son épouse, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence. Ainsi qu'il a été indiqué au point 1, le requérant a fait l'objet d'un premier refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire par un arrêté du 8 octobre 2018, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Montpellier le 11 février 2019 et la cour administrative d'appel de Marseille le 12 avril 2021 et d'un deuxième refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français par arrêté du 2 décembre 2019, dont la légalité a également été confirmée par le tribunal administratif de Montpellier le 18 juin 2020 et la cour administrative d'appel de Marseille le 12 avril 2021. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a déféré à aucune des obligations qui lui ont ainsi faites de quitter le territoire français. Par ailleurs, au regard de ce qui a été dit au point 4., M. B ne démontre pas qu'il serait seul à assurer l'assistance quotidienne requise par son épouse et, s'il s'occupe du fils de cette dernière né d'une précédente union, il ne justifie pas davantage que sa présence serait indispensable à ses côtés, eu égard notamment à l'âge de l'enfant, né le 12 juin 2004. Eu égard à l'ensemble des éléments du dossier, et dès lors que le requérant ne démontre pas être dans l'impossibilité de retourner, temporairement, dans son pays d'origine en vue de régulariser sa situation administrative, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.

7. M. B n'établissant pas l'illégalité du refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Ainsi qu'indiqué aux points précédents, l'arrêté attaqué n'implique pas une séparation durable du couple dès lors que M. B peut prétendre au bénéfice de la procédure du regroupement familial et que la nécessité de sa présence auprès de l'enfant de son épouse, né le 12 juin 2004, n'est pas démontrée. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention précitée peut être écarté.

10. M. B n'établissant ni l'illégalité du refus de titre de séjour, ni celle de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision désignant le Maroc comme pays de renvoi.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 2 mars 2022 du préfet de l'Hérault. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la requête ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction

12. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au bénéfice de M. B au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de l'Hérault et à Me Rosé.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

S. ENCONTRE

L'assesseur le plus ancien,

M. A

La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 juillet 2022.

La greffière,

C. ARCE

cb

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